December 7, 2018 / 1:28 PM / 12 days ago

LEAD 1-Merkel tire sa révérence après 18 ans à la tête de CDU

(Actualisé avec discours)

par Paul Carrel et Madeline Chambers

HAMBOURG, 7 décembre (Reuters) - Angela Merkel a prononcé vendredi un émouvant discours d’adieu devant les délégués de l’Union chrétienne démocrate (CDU) réunis à Hambourg pour désigner son successeur à la présidence du mouvement conservateur, qu’elle occupait depuis 18 ans.

“Cela a été pour moi un grand plaisir, un honneur”, leur a-t-elle déclaré au bord des larmes, avant d’être ovationnée pendant près de dix minutes.

La chancelière allemande âgée de 64 ans a renoncé en octobre à briguer à nouveau la présidence du parti après le revers électoral subi en Hesse, mais souhaite achever un quatrième et dernier mandat à la tête du gouvernement, qui s’achèvera théoriquement en octobre 2021.

“La CDU de 2018 ne doit pas se tourner vers le passé mais vers l’avenir, avec de nouvelles personnes (...) mais avec les mêmes valeurs”, a-t-elle poursuivi, sans prendre parti pour l’un ou l’autre des prétendants à sa succession, que les 1.001 délégués de la CDU doivent départager dans la journée.

Annegret Kramp-Karrenbauer, secrétaire générale de la CDU qui est considérée comme la protégée de d’Angela Merkel, semble la mieux placée. L’institut Infratest la créditait jeudi de 47% des intentions de vote, soit dix points de plus que l’homme d’affaires Friedrich Merz, qui fait son retour en politique après dix ans d’absence et promet un changement plus radical. Avec 12%, le ministre de la Santé, Jens Spahn, est quant à lui largement distancé.

L’autorité de la chancelière, qui domine la scène politique européenne depuis son arrivée aux affaires en 2005, a été mise à mal par les revers électoraux subis cet automne en Bavière puis en Hesse. Sa décision d’accueillir les réfugiés en 2015 lui a par ailleurs coûté cher en terme de popularité.

Annegret Kramp-Karrenbauer, qui est âgée de 56 ans, a promis début novembre de faire entrer l’Allemagne dans une nouvelle ère afin que “les gens s’y sentent chez eux”. “AKK” a l’avantage d’avoir dirigé le Land de Sarre entre 2011 et 2018, où elle a dû cohabiter avec les Verts et les libéraux du FDP, une expérience dont ses adversaires ne peuvent se prévaloir et qui pourrait être précieuse à Berlin.

DES DISCOURS DÉCISIFS ?

Membre de l’aile gauche de la CDU, elle a plaidé pour l’instauration d’un salaire minimum, ainsi que pour la taxation à 53% des plus hauts revenus.

Sur les questions de société, ses positions sont plus conservatrices. Elle s’est notamment opposée à la publicité sur l’avortement et a suscité une polémique en 2015 en jugeant que le mariage homosexuel risquait de favoriser l’inceste et la polygamie, mais prône la parité homme-femme dans les conseils d’administration des grandes entreprises.

Le ministre des Finances Peter Altmaier s’est dit “convaincu que la CDU a de meilleures chances de remporter une élection avec Annegret Kramp-Karrenbauer”.

Friedrich Merz a dirigé le groupe parlementaire CDU de 2000 à 2002, mais a été devancé cette année-là par Angela Merkel dans la course à la présidence du Parti et ne siège plus au Bundestag depuis 2009.

Il préside depuis 2016 le conseil de surveillance de BlackRock Deutschland. Une perquisition a été menée récemment au siège de la société à Munich, dans le cadre d’une enquête pour évasion fiscale, mais il n’est lui-même soupçonné d’aucune malversation, selon le parquet de Cologne.

Il est partisan de la “Leitkultur” (culture principale), c’est à dire l’assimilation des étrangers par l’adoption des valeurs et traditions allemandes. Le président du Bundestag et ancien ministre des Finances Wolfgang Schäuble s’est rangé cette semaine derrière sa candidature.

L’homme d’affaires âgé de 63 ans a soulevé un tollé le mois dernier en proposant de remettre en cause l’accueil des étrangers “persécutés politiquement”, qui est inscrit dans la loi fondamentale.

Il a par ailleurs reproché à la direction de la CDU de s’être contentée d’un “haussement d’épaule” lorsque le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) a fait son entrée au Bundestag et dans la totalité des assemblées régionales. Sur le plan européen, il est partisan d’une plus grande contribution de l’Allemagne au budget de l’Union.

Les délégués de la CDU sont pour la plupart des pragmatiques, ce qui pourrait faire les affaires d’Annegret Kramp-Karrenbauer. Friedrich Merz bénéficiera, lui, du fait que 296 d’entre eux, soit près de 30%, sont originaires comme lui de Rhénanie du Nord.

D’après un dirigeant de la CDU ayant requis l’anonymat, beaucoup sont encore indécis et les discours des candidats pourraient être décisifs. (Jean Terzian et Jean-Philippe Lefief pour le service français)

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