December 4, 2018 / 12:21 PM / 11 days ago

ECLAIRAGE-Gilets jaunes-Macron fragilisé sur tous les plans

(Actualisé avec source à l’Elysée, député LaRem, estimation financière des annonces)

* Doutes sur la capacité à poursuivre les réformes

* Le moratoire fragilise la trajectoire budgétaire

* L’Elysée nie tout recul sur le fond

par Jean-Baptiste Vey

PARIS, 4 décembre (Reuters) - Forcé de céder face à la révolte des “Gilets jaunes” et son cortège de violences, Emmanuel Macron est fragilisé politiquement, sa capacité à réformer et sa trajectoire budgétaire sont menacées et son poids à l’international affecté.

Sourd à des appels de sa propre majorité, le chef de l’Etat excluait encore ce week-end “des reculs”, accentuant l’impression de rigidité et de déconnexion d’avec les Français soulignée depuis des mois par les instituts de sondages.

Alors qu’ils avaient juré de ne pas répéter le recul de François Hollande devant les “Bonnets rouges”, Emmanuel Macron et Edouard Philippe s’exposent à la même peine : renoncer à une mesure écologique en créant un trou de plusieurs centaines de millions d’euros tout en instillant le doute sur leur autorité.

Le moratoire sur l’augmentation des taxes sur les carburants fragilise une trajectoire budgétaire déjà très tendue, alors que la France vient à peine de sortir de la procédure de déficit excessif en passant sous les 3%, retrouvant ainsi de la crédibilité et une capacité à porter des réformes en Europe.

A ce manque à gagner s’ajouteront le coût des mesures d’accompagnement décidées en urgence mi-novembre, chiffrées à 500 millions d’euros, tout éventuel autre geste supplémentaire décidé pour dissiper la colère des “Gilets jaunes” et l’impact déjà important de cette crise pour l’économie française.

CAPACITÉ À RÉFORMER ÉBRÉCHÉE

Moins de deux ans après son élection, ce recul met en doute la capacité d’Emmanuel Macron à mener les difficiles réformes économiques qu’il a annoncées, en particulier celle de l’assurance chômage, engagée sur fond de bras de fer avec les syndicats, et celle potentiellement explosive des retraites.

“Je nous souhaite bon courage pour la réforme des retraites, le prélèvement à la source, la PMA (procréation médicalement assistée-NDLR)...”, résume un député La République en marche.

La suspension pour six mois des trois mesures relevant de la fiscalité écologique annoncée mardi amputera les recettes de l’Etat de deux milliards d’euros en 2019, qui devront être financés par des économies, a précisé une source gouvernementale, ce qui annonce de nouvelles tensions.

Sur le front politique intérieur, la fragilisation d’Emmanuel Macron, qui s’est accentuée dans l’opinion depuis le début de la crise des “Gilets jaunes”, et la tribune médiatique offerte à toutes les forces d’opposition annoncent une campagne pour les européennes de mai encore plus difficile qu’anticipé.

La réforme constitutionnelle, source de fortes tensions avec le Sénat majoritairement à droite et dont l’examen doit reprendre en janvier à l’Assemblée nationale, pourrait quant à elle faire les frais de cette rupture d’équilibre politique.

PAS DE RECUL SUR LE FOND, ASSURE L’ÉLYSÉE

L’entourage d’Emmanuel Macron nie quant à lui tout recul sur le fond. “On n’est pas là pour faire de la fiscalité, on est là pour faire de la transformation”, dit une source à l’Elysée.

“Si, à un moment, une taxe s’invite dans le débat et coince, on n’a aucune raison de faire de la résistance à l’infini. La vraie question, c’est : comment on continue une politique de réformes avec les Français, pas contre les Français. C’est ça notre obsession”, ajoute-t-elle.

Toute fragilisation d’Emmanuel Macron en France affaiblit la voix de son pays à l’étranger, au moment où ses alliances sont affectées par l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, les revers électoraux d’Angela Merkel en Allemagne, l’arrivée au pouvoir en Italie du M5S et de la Ligue et le Brexit.

Le président américain a lui-même souligné les difficultés de son homologue, estimant le mois dernier que “le problème est qu’Emmanuel souffre d’un taux de popularité très faible en France, 26%, et d’un taux de chômage de presque 10%”, une critique inédite de sa part à l’égard d’Emmanuel Macron.

Alors que la France parlait avec force dans la foulée de l’élection présidentielle, les interlocuteurs soulignent désormais fréquemment les revers d’Emmanuel Macron en France quand les négociations se tendent, confirme un diplomate français en poste dans une capitale européenne. (Avec Elizabeth Pineau, Marine Pennetier et Myriam Rivet, édité par Yves Clarisse)

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