November 30, 2018 / 9:45 AM / 11 days ago

Dernière ligne droite pour les candidats à la succession de Merkel

DÜSSELDORF, Allemagne, 30 novembre (Reuters) - La course à la succession d’Angela Merkel à la tête de l’Union chrétienne démocrate (CDU), dont le vainqueur sera en pole position pour la remplacer à Berlin, touche à sa fin et deux personnalités aux projets opposés se sont largement détachées.

La chancelière âgée de 64 ans a renoncé le mois dernier à briguer à nouveau la présidence du parti après le revers électoral subi en Hesse, mais souhaite achever son quatrième mandat à la tête du gouvernement.

Sa protégée Annegret Kramp-Karrenbauer, considérée comme la candidate de la continuité, fait face à Friedrich Merz, rival de longue date de Merkel, qui promet un changement plus radical.

Les 1.001 délégués de la CDU les départageront lors du congrès annuel du parti, qui aura lieu les 7 et 8 décembre à Hambourg, dans le cadre d’un scrutin dont les enjeux vont bien au-delà du parti conservateur puisque le vainqueur sera probablement candidat à la chancellerie lors des élections fédérales de 2021.

Annegret Kramp-Karrenbauer est en tête des intentions de vote, mais Friedrich Merz, qui renoue avec la politique après une décennie dans les affaires, a l’appui des opposants à la politique consensuelle d’Angela Merkel, qui ont le vent en poupe.

Lors du sixième des huit débats organisés avant le congrès de la CDU, c’est lui qui a conquis les 4.000 personnes venues y assister cette semaine à Düsseldorf, capitale de la Rhénanie du Nord, dont il est originaire.

“Nous n’avons pas adopté de position claire”, leur a-t-il lancé, déplorant le recul de la CDU dans les sondages. “Nous devons résister à cette tendance. Nous devons l’enrayer et l’inverser”, a-t-il poursuivi.

Annegret Kramp-Karrenbauer, qui est âgée de 56 ans, n’a été que poliment applaudie, mais elle avait déjà marqué des points en se montrant plus proche des préoccupations de ses concitoyens que son riche adversaire, qui s’est attiré les sarcasmes d’une partie de la presse en affirmant appartenir à la “classe moyenne supérieure”.

“Je ne suis pas sûre que devenir millionnaire soit le seul but dans la vie”, a-t-elle déclaré la semaine dernière. La protégée de Merkel a par ailleurs confié qu’elle écoutait souvent “Highway to Hell”, l’un des tubes d’AC/DC, à plein volume dans sa voiture, sur le chemin du Bundestag.

NOUVELLE ÈRE

L’autorité de la chancelière, qui domine la scène politique européenne depuis son arrivée aux affaires en 2005, a été mise à mal par les revers électoraux subi le mois dernier en Hesse et en Bavière. Sa décision d’accueillir les réfugiés en 2015 lui a par ailleurs coûté cher en terme de popularité.

Le ministre de la Santé, Jens Spahn, brigue également sa succession, mais il est à la traîne dans les sondages.

Annegret Kramp-Karrenbauer a promis début novembre de faire entrer l’Allemagne dans une nouvelle ère afin que “les gens s’y sentent chez eux”. Elle a l’avantage d’avoir dirigé le Land de Sarre entre 2011 et 2018, une expérience dont ses adversaires ne peuvent se prévaloir.

Sur le plan économique, elle appartient à l’aile gauche de la CDU et a plaidé pour l’instauration d’un salaire minimum, ainsi que pour la taxation à 53% des plus hauts revenus.

Sur les questions de société, ses positions sont plus conservatrices. Elle s’est notamment opposée à la publicité sur l’avortement et a suscité une polémique en 2015 en jugeant que le mariage homosexuel risquait de favoriser l’inceste et la polygamie.

Friedrich Merz a dirigé le groupe parlementaire CDU de 2000 à 2002, mais a été devancé cette année-là par Angela Merkel dans la course à la présidence du Parti et ne siège plus au Bundestag depuis 2009.

Il préside depuis 2016 le conseil de surveillance de BlackRock Deutschland. Une perquisition a été menée récemment au siège de la société à Munich, dans le cadre d’une enquête pour évasion fiscale, mais il n’est lui-même soupçonné d’aucune malversation, selon le parquet de Cologne.

Il est partisan de la “Leitkultur” (culture principale), c’est à dire l’assimilation des étrangers par l’adoption des valeurs et traditions allemandes. Le président du Bundestag et ancien ministre des Finances Wolfgang Schäuble s’est rangé derrière sa candidature.

L’homme d’affaires a soulevé un tollé la semaine dernière en proposant de remettre en cause l’accueil des étrangers “persécutés politiquement”, qui est inscrit dans la loi fondamentale. Il a par ailleurs reproché à la direction de la CDU de s’être contentée d’un “haussement d’épaule” lorsque le parti anti-immigration Alternative pour l’Allemagne (AfD) a fait son entrée au Bundestag et dans les assemblées régionales.

Annegret Kramp-Karrenbauer a parlé d’une “gifle” infligée à tous les conservateurs qui combattent le mouvement d’extrême droite. Sa carte à elle sera celle de l’expérience acquise dans la Sarre, où elle a gouverné avec les Verts et les libéraux, ce qui pourrait être un atout fort à Berlin, où les coalitions semblent devenir la règle.

Les délégués de la CDU appelés à voter lors du congrès sont pour la plupart des pragmatiques, ce qui jouera probablement en sa faveur. Merz bénéficiera, lui, du fait que 296 d’entre eux, soit près de 30%, sont originaires de sa région. (Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Tangi Salaün)

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