November 26, 2018 / 6:00 AM / 23 days ago

RPT-ECLAIRAGE-Le bitcoin fête ses 10 ans dans la tourmente

(Répétition sans changement de notre dépêche diffusée vendredi)

* La pionnière des cryptomonnaies a 10 ans

* Cet actif d’un nouveau genre déchaîne les passions

* Ses courbes affolantes donnent le tournis

* Certains le diabolisent, d’autres le vénèrent

* Un casse-tête pour les régulateurs

par Patrick Vignal

PARIS, 26 novembre (Reuters) - Le bitcoin a 10 ans, mais a-t-il un avenir ?

Elevée sur les cendres de la crise financière, la pionnière des cryptomonnaies déchaîne les passions, certains vantant les mérites d’un actif d’un nouveau genre, corrélé à rien et affranchi de tout, tandis que d’autres, courbes à l’appui, dénoncent une “bulle” spéculative, avec quelques arguments.

Le bitcoin a ainsi vu son cours multiplié par 20 en moins d’un an en 2017 et tutoyer les 20.000 dollars avant de se stabiliser puis de piquer du nez ces dernières semaines pour passer sous le seuil de 4.500 dollars, contre près de 8.000 dollars début août.

“Ce à quoi nous assistons sur les crypto-actifs est la conséquence de l’ascension sans précédent de l’an dernier”, avance Mati Greenspan, analyste de marché pour la plate-forme spécialisée e-Toro.

“Les crypto-actifs sont encore très jeunes et voir de la volatilité est logique à ce stade de leur existence”, ajoute-t-il. “Et s’ils ne sont pas corrélés au marché actions au jour le jour, il s’agit d’un actif risqué affecté en tant que tel par l’aversion au risque. On ne peut pas s’empêcher de comparer ce que l’on voit sur les cryptos en ce moment à la correction actuelle sur les valeurs technologiques”.

Le récent regain de volatilité sur les crypto-actifs pourrait s’expliquer en outre par les sanctions que vient de prendre le gendarme boursier américain contre des acteurs du secteur accusés de contourner la réglementation.

Les régulateurs s’intéressent en effet de près à cet univers étrange, voire opaque, qui laisse pour le moins perplexes les acteurs de la finance traditionnelle.

“ÉMANATION MALÉFIQUE”

Certains sont carrément hostiles, à l’image de Warren Buffet, contempteur le plus illustre du bitcoin, qu’il a qualifié de “mort-au-rat au carré”.

Pour le multimilliardaire américain, qui compare l’engouement récent pour le bitcoin à la bulle des bulbes de tulipe en Hollande au XVIIe siècle, les acheteurs de la plus connue des cryptomonnaies spéculent sur le seul espoir de trouver quelqu’un d’autre prêt à payer plus cher qu’eux.

Benoît Coeuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne, s’est clairement rangé lui aussi dans le camp des adversaires du bitcoin en le qualifiant, lors d’une conférence la semaine dernière à Bâle, d’”émanation maléfique” de la crise financière et en faisant valoir que toutes les idées intelligentes n’étaient pas de bonnes idées.

“Certains banquiers centraux sont sur la défensive mais pas tous”, corrige Mati Greenspan. “La Réserve fédérale de St. Louis, par exemple, a fait pas mal de recherches sur le sujet et ils sont très positifs, estimant même qu’un système monétaire non corrélé pourrait contribuer à stabiliser l’économie mondiale.”

Dix ans après le document inaugural de Satoshi Nakamoto lançant la technologie “blockchain” et son fameux bébé, les crypto-actifs n’ont cessé de se multiplier et d’alimenter les fantasmes.

Au début du mois de novembre 2018, plus de 2.000 crypto-actifs différents se sont échangés et plus de 900 n’existeraient déjà plus, selon des chiffres rapportés par l’Autorité des marchés financier (AMF).

Parmi les survivants figurent notamment, outre le bitcoin, l’ether et le XRP, développés respectivement par les plates-formes Ethereum et Ripple.

RÉGLEMENTER OU PAS ?

L’objectif de Satoshi Nakamoto, qui se présente comme un Japonais né en 1975 usant d’un pseudonyme mais pourrait n’être que la signature d’un mystérieux collectif, était de créer une nouvelle forme de monnaie d’échange sans l’appui d’un tiers de confiance, ce que permet la “blockchain”, système sécurisé de stockage et de transmission de données appelé par ailleurs à se développer dans le monde de la finance comme dans celui de l’entreprise.

“Tous ceux qui s’intéressent aux crypto-actifs ressentent le même engouement pour ce mélange de technologie, de monnaie et de finance, dans une période de transformation profonde des instruments financiers”, explique Jean-Pierre Landau, ancien sous-gouverneur de la Banque de France et auteur d’un rapport sur le sujet à la demande du gouvernement.

Les régulateurs ont de bonnes raisons de se pencher sur ces actifs pas encore adolescents.

L’AMF dit ainsi avoir constaté une multiplication de recours au sujet de fraudes sur crypto-actifs depuis 2017. Sur les 10 premiers mois de 2018, son service d’aide aux épargnants, Epargne Info Services, a recensé 2.261 demandes liées aux crypto-actifs, correspondant à un montant cumulé déclaré perdu par les épargnant d’environ 45 millions d’euros, en raison principalement de propositions d’investissement frauduleuses.

Le rapport Landau souligne en outre que le grand degré d’anonymat des transactions en crypto-actifs peut permettre d’en faire des véhicules privilégiés de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme.

D’autres risques liés à la nouveauté de la technologie, comme une cyber-attaque sur une plate-forme d’échanges ou une fraude sur l’identité de l’émetteur, peuvent également entraîner un risque significatif de pertes, selon l’AMF.

LA CANNELLE DE LA FINANCE

Pas question, cependant, de diaboliser un phénomène appelé à prendre de l’ampleur, estime Jean-Pierre Landau, qui se prononce contre une réglementation stricte qui “obligerait à définir, à classer et donc à rigidifier des objets essentiellement mouvants et encore non identifiés.”

Les encours de cryptomonnaies restent peu élevés dans l’absolu et le risque de contagion aux autres actifs de leurs accès de fièvre est nul, fait-il valoir.

En vrai passionné, Mati Greenspan ne doute pas pour sa part que les crypto-actifs et leur technologie sous-jacente vont bouleverser la finance. Il évoque notamment les “jetons”, ou “tokens”, soit le fait d’injecter la valeur d’un actif dans un “jeton” numérique manipulable dans le cadre d’un système “blockchain”.

En attendant de changer le monde, l’analyste d’e-Toro rêve de révolutionner la gestion d’actifs.

“Le bitcoin est parfait pour diversifier un portefeuille”, dit-il. “Mais c’est un peu comme la cannelle, qui est un ingrédient très volatil avec une structure moléculaire extrêmement complexe. Il faut respecter les doses. Si c’est une cuillère à café, ce n’est pas quatre”.

Voir aussi :

BLOCKCHAIN-La France propose un pacte faustien aux émetteurs de cryptoactifs

édité par Marc Joanny

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