November 26, 2018 / 11:23 AM / 19 days ago

AVANT-PAPIER-Macron dévoile sa PPE: fin d'un feuilleton, début d'une ère

PARIS, 26 novembre (Reuters) - Après des mois de préparatifs, de calculs savants et de luttes d’influence en coulisse, après plusieurs reports et la démission retentissante de Nicolas Hulot, Emmanuel Macron dévoilera mardi sa programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), un plan de vol de l’Etat pour les dix prochaines années qui a toutes les chances d’être clémente pour l’industrie nucléaire.

C’est un feuilleton qui s’achève pour toutes les filières de l’énergie, suspendues aux arbitrages de l’exécutif, et le début de deux périodes successives de cinq ans, avec un double horizon : doper les renouvelables et ramener à terme la part du nucléaire à 50% de la production d’électricité.

Ce dernier point concentre une grande partie de l’attention, tant il est lourd d’enjeux industriels, financiers, politiques et quasi existentiels dans un pays qui a fait de l’atome le coeur de sa stratégie énergétique dans les années 1960-1970.

Passage en revue des principales questions à la veille de la présentation :

QU’EST-CE QUE LA PPE ?

Rendue obligatoire par la loi de transition énergétique de 2015, la Programmation pluriannuelle de l’énergie doit préciser la trajectoire énergétique de la France au cours des cycles 2019-2023 et 2024-2028.

Elle doit redéfinir le mix électrique du pays, c’est-à-dire l’apport de chaque filière dans la production, mais pas seulement : elle est censée par exemple permettre d’assurer la sécurité des approvisionnements, maîtriser les dépenses des consommateurs et améliorer l’efficacité énergétique, conformément aux objectifs inscrits dans le code de l’énergie.

Dans le domaine du nucléaire, le gouvernement est attendu sur l’objectif des 50%, un cap donné sous le précédent quinquennat puis repris à son compte par Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle de 2017.

Une fois à l’Elysée, le chef de l’Etat a repoussé la date-butoir de 2025, mentionnée dans la loi de transition énergétique.

Si l’on en croit le Premier ministre, Edouard Philippe, et le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, la PPE retiendra l’horizon de 2035. Le gouvernement doit maintenant expliquer comment il compte s’y prendre pour y parvenir.

POURQUOI LE DOSSIER EST-IL SI DÉLICAT ?

A l’origine, le gouvernement avait prévu de dévoiler ses premiers arbitrages à l’été 2018 mais l’ampleur du sujet l’a conduit à reporter l’échéance à plusieurs reprises.

Au-delà de sa complexité technique, la PPE fait depuis plusieurs mois l’objet de manoeuvres politiques entre le ministère de la Transition écologique, où se sont succédé deux anti-nucléaires en la personne de Nicolas Hulot puis de François de Rugy, et, de dans le camp opposé, Bercy et EDF.

Le groupe public veut attendre 2029 pour commencer à fermer des réacteurs, en plus des deux de Fessenheim (Haut-Rhin).

Il milite aussi pour la construction de centrales de nouvelle génération, dits EPR, en vertu de la théorie formulée par son PDG, Jean-Bernard Lévy, selon laquelle un cycliste doit continuer à pédaler pour ne pas tomber.

Au ministère de l’Economie, Bruno Le Maire ne fait pas mystère de ses convictions pronucléaires, un “atout pour la France” qui, a-t-il encore vanté en août, offre “un coût compétitif pour les entreprises et les ménages” et “n’émet pas de CO2”. {nL8N1VL15D]

“Bercy est même plus conservateur qu’EDF”, observe un connaisseur du dossier.

Ce jeu d’influences place Emmanuel Macron, qui a souvent défendu la filière lorsqu’il était lui-même ministre de l’Economie, dans un rôle d’arbitre.

Le chef de l’Etat doit aussi composer avec la frange écologiste de sa majorité, politiquement précieuse dans la perspective des élections européennes de l’an prochain mais sur ses gardes depuis le départ de Nicolas Hulot à la fin août.

Le député Matthieu Orphelin, proche de l’ex-ministre et principale figure de l’écologie militante dans les rangs de La République en marche (LaRem), plaide, avec Barbara Pompili et Bérangère Abba, pour la mise à l’arrêt d’un réacteur par an à partir de 2022 et deux par an “dès que possible”.

“La semaine la plus importante du quinquennat ?”, s’interroge le député dans un communiqué publié lundi.

Les enjeux climatiques compliquent encore l’équation.

En condamnant la filière nucléaire, le gouvernement se priverait d’une énergie quasiment neutre pour le climat au moment même où la France manque à ses engagements pris dans le cadre de sa “stratégie bas carbone”.

Depuis 2015, les émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse et dépassent les plafonds théoriques.

FAUT-IL S’ATTENDRE À LA FERMETURE DE RÉACTEURS NUCLÉAIRES ?

Jusqu’à la dernière minute, l’exécutif aura balancé entre trois scénarios, dont aucun ne prévoit de fermeture de réacteurs d’ici à la fin du quinquennat - autres que ceux, vieillissants, de Fessenheim, appelés à cesser leur activité avant 2022.

L’option la plus volontariste voudrait qu’EDF débranche six réacteurs d’ici à 2028 puis six autres d’ici à 2035. Dans le second scénario, l’opérateur maintiendrait ses 58 réacteurs en activité jusqu’à la fin de la période couverte par la PPE - 2028 - puis en arrêterait 12 d’ici à 2035. Et, dans le dernier, EDF mettrait à l’arrêt neuf réacteurs entre 2028 et 2035.

Il n’est pas exclu qu’Emmanuel Macron tranche en faveur d’une option intermédiaire, “un scénario un bis ou deux bis”, selon un conseiller ministériel.

En janvier, Nicolas Hulot avait assuré que le texte serait “très précis” sur les centrales concernées mais rien ne garantit qu’il ait eu définitivement gain de cause.

LE GOUVERNEMENT VA-T-IL LANCER DE NOUVELLES CENTRALES ?

C’est l’autre sujet sensible pour la filière.

Parmi les scénarios sur la table, le plus favorable à l’industrie prévoit la mise en chantier de quatre réacteurs EPR à long terme. Et un rapport commandé au printemps par Bruno Le Maire et Nicolas Hulot prônait la construction de six EPR à un rythme d’un tous les deux ans à compter de 2025.

Mais, selon François de Rugy, EDF doit encore démontrer que la technologie expérimentée à Flamanville (Manche) a de l’avenir.

“Je ne vois pas comment on pourrait décider aujourd’hui de commander de nouveaux EPR alors que la fiabilité technologique n’est pas démontrée et la compétitivité économique non plus”, a-t-il prévenu le 18 novembre.

QUID DES ÉNERGIES RENOUVELABLES ?

Dans la future trajectoire, la part des énergies renouvelables sera portée à 40% de la production d’électricité d’ici à 2030, a annoncé François de Rugy dans un entretien à Libération paru la semaine dernière.

“Par ailleurs, nous prévoyons 38% de chaleur renouvelable. Et 15% de carburants non fossiles dans la consommation finale de carburant”, a-t-il précisé.

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Le texte sur l’énergie s’annonce clément pour le nucléaire (Edité par Yves Clarisse)

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