November 20, 2018 / 12:43 PM / a month ago

GRAPHES-Techs américaines: le début de la fin ?

PARIS, 20 novembre (Reuters) - La lourde rechute des valeurs technologiques américaines lundi a relancé les interrogations sur l’ampleur du marché baissier dans lequel le secteur est entré en dépit de valorisations qui n’apparaissent pourtant pas excessives.

Au lendemain d’une chute de plus de 3,2%, le Nasdaq, retombé à 7.028,47 points, affiche un recul de 13,6% par rapport à un pic en séance à 8.133,30 atteint le 30 août.

L’indice, au sein duquel les valeurs technologiques sont très représentées, est sorti de son canal haussier à la mi-octobre et a retracé plus des deux tiers des gains enregistrés entre son point bas du 9 février à 6.630,67 en séance et le plus haut record de fin août, ouvrant la voie à un retour au creux de l’année.

Apple, que ses rachats massifs d’actions ne protège plus, a encore cédé lundi près de 4%, portant ses pertes à plus de 20% par rapport à son plus haut historique à 233,47 dollars atteint en séance le 3 octobre et enfonçant plus encore sa moyenne mobile à 200 jours.

L’indice des FANG, ces géants d’internet aussi désignés sous l’acronyme GAFA pour Google, Apple, Facebook et Amazon, qui ont joué un rôle moteur dans l’une des plus longues séquences de hausse de l’histoire boursière américaine, a lui aussi perdu près de 4% lundi et plonge de 22,4% par rapport à son pic de l’année atteint le 21 juin à 3.062,88 points en séance. Jacques-Aurélien Marcireau, directeur adjoint des gestions actions de Edmond de Rothschild Asset Management (Edram), ne conteste pas que les grandes valeurs technologiques, victimes de prises profits, aient été chahutées ces dernières semaines, mais il rappelle qu’Apple affiche encore une performance positive sur l’année, “ce qui est plus qu’honorable par rapport aux marchés que l’on connaît”.

“Amazon gagne encore plus de 36%, soit plus que la croissance de son chiffre d’affaires ou de ses profits qu’il ne dégage toujours pas vraiment si l’on retraite les comptes des distributions d’actions” aux salariés.

Google cède moins de 2,5% par rapport à son niveau de fin 2017 alors que la société a accru ses profits, poursuit-il.

“Facebook s’est effondré de plus de 25% et en élargissant le cercle, Tesla est encore en hausse de 13,5% et Netflix gagne plus de 40%”, relève-t-il.

“On parle toujours des GAFA mais l’homogénéité du groupe a explosé”, résume Jacques-Aurélien Marcireau qui ajoute : “la correction de la tech n’a pas vraiment commencé et si elle a commencé, elle n’a concerné que certains segments”.

Le Nasdaq est d’ailleurs encore en hausse de près de 2% par rapport à son niveau de fin 2017 et l’indice FANG de 6,8%.

Patrick Moonen, stratégiste multi-actifs de NN Investment Partners, souligne que la rentabilité élevée du secteur technologique américain continue de justifier des valorisations tendues.

“Le secteur des technologies de l’information américain se traite actuellement avec une prime de 13% par rapport au reste du marché en termes de ratio de capitalisation des bénéfices (PER)”, rappelle-t-il.

“Cela n’est pas exceptionnel d’un point de vue historique. Avant 2008 (et la grande crise financière), le secteur se traitait avec une prime d’au moins 20% par rapport au reste du marché alors que le même temps sa rentabilité, exprimée en termes de rendement des fonds propres, est supérieure de près de 80% à celle du marché dans son ensemble”, poursuit-il.

“Aussi, il semble que la faiblesse du secteur n’est pas dû à sa valorisation ou à sa rentabilité, c’est plus une question de réduction par les investisseurs d’un positionnement sur le secteur qui était élevé”, estime-t-il.

Les fonds d’investissement collectifs dédiés aux valeurs technologiques ont enregistré une décollecte d’environ 3 milliards de dollars sur les cinq dernières semaines mais ils avaient bénéficié d’entrées nettes de 41,3 milliards de dollars entre janvier 2017 et septembre dernier, selon des données d’EPFR Global, société de recherche spécialisée dans le suivi des flux de souscription des grandes sociétés internationales de gestion, publiées par BofA Merrill Lynch.

“Le segment de l’internet est aussi confronté au risque d’un renforcement de la réglementation et à une hausse des impôts ; tandis que celui des semi-conducteurs souffre du ralentissement de l’économie chinoise, des inquiétudes sur le commerce et des pressions sur les prix”, note Patrick Moonen, en référence aux compartiments des valeurs technologiques qui ont le plus baissé.

Pour Jacques-Aurélien Marcireau, certains segments du secteur sont aussi vulnérables en raison du décalage entre les attentes des investisseurs en termes de rapidité de déploiement de certaines nouvelles technologies et la réalité. Il évoque à cet égard les valeurs liées à l’intelligence artificielle.

NNIP, qui est actuellement neutre sur le secteur technologique dans son ensemble, estime que ses perspectives de croissance à long terme exceptionnelles, des bilans sains et sans endettement pourrait le rendre intéressant dans une phase de consolidation globale des marchés.

“Mais le court terme pourrait rester plus difficile”, prévient Patrick Moonen.

Sur le même thème :

*ENTRETIEN MARCHÉS-Les actions américaines victimes de l’”effet élastique”-M&G

*GESTION-Est-il trop tard pour investir sur les valeurs techs US ?

Sources :

* Bear, Flash, Panic. The Flow Show. Merrill Lynch. 16 novembre 2018.

*High Profitability of US IT sector justifies valuation. Equity Strategy. House View. NN Investment Partners. 14 novembre 2018

*Big Data, il n’y a pas que les Gafa. Edmond de Rothschild Asset Management. 13 novembre 2018.

Marc Joanny, édité par Blandine Hénault

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