November 13, 2018 / 2:27 PM / a month ago

GRAPHES-Le bilan de la BoJ dépasse désormais le PIB japonais

* L’équivalent de €4.300 mds d’euros, plus que le PIB nippon

* Une première pour une banque centrale du G7

* La Banque nationale suisse était seule dans ce cas jusqu’ici

par Hideyuki Sano et Tomo Uetake

TOKYO, 13 novembre (Reuters) - La valeur des actifs de la Banque du Japon dépasse désormais le produit intérieur brut du pays, une situation inédite au sein du G7, à la suite de cinq ans d’achats tous azimuts destinés à relancer l’inflation.

Les 553.600 milliards de yens (4.310 milliards d’euros) d’actifs détenus par la BoJ représentent un peu moins de cinq fois la première capitalisation boursière du monde - celle d’Apple - et 25 fois celle de Toyota, le plus grand groupe japonais coté.

Ce montant est aussi supérieur à la somme des PIB de la Turquie, de l’Argentine, de l’Afrique du Sud, de l’Inde et de l’Indonésie.

Jusqu’ici la Banque nationale suisse (BNS) était la seule banque centrale du monde à avoir un bilan supérieur au PIB de son pays. La BoJ est première dans ce cas au sein du Groupe des Sept nations les plus industrialisées.

Les données publiées mardi par la BoJ montrent comment elle a amassé des obligations en cinq années et demi de politique dite d’assouplissement qualitatif et quantitatif.

Le produit national brut japonais pour la période avril-juin, dernière donnée disponible, a atteint 552.821 milliards de yens. La statistique du troisième trimestre, attendue mercredi, devrait montrer une contraction en raison de catastrophes naturelles qui ont perturbé l’activité économique.

Si la politique de la BoJ a permis à l’archipel de sortir de 20 ans de déflation, elle n’a pas suffi à lui permettre d’atteindre l’objectif d’inflation de 2% ni à stimuler durablement la demande et la croissance.

Nombre d’investisseurs jugent l’objectif d’inflation trop ambitieux, d’autant qu’il oblige la BoJ à poursuivre ses rachats d’actifs alors que les autres grandes banques centrales ont commencé ou se préparent à engager la normalisation leur politique monétaire.

Avec ses rachats agressifs, la BoJ détient désormais environ 45% du marché des obligations d’Etat japonaises.

“Cette politique n’est clairement pas tenable. La BoJ subirait des pertes si elle devait relever ses taux à, disons, 2%”, observe Hidenori Suezawa, analyste chez SMBC Nikko Securities. “Par ailleurs, en situation d’urgence comme une catastrophe naturelle ou une guerre, la BoJ ne serait plus en capacité de financer des emprunts d’Etat.”

Le bilan de la BoJ a commencé à gonfler en 2013 avec l’entrée en fonction du gouverneur actuel, Haruhiko Kuroda, qui a aussitôt prôné des mesures non conventionnelles pour, disait-il à l’époque, parvenir en deux ans à un taux d’inflation de 2%.

Cet objectif n'a jamais été atteint, hormis pendant une brève période en 2014 après une hausse de la TVA. (Graphique interactif sur la bataille contre la déflation: tmsnrt.rs/28KmQnX)

Depuis 2013, le PIB nominal japonais a crû au total de 11%, soit de 0,5% par trimestre en moyenne, l’un des rythmes les plus soutenus de l’histoire moderne du pays.

Mais la croissance réelle est moins impressionnante à seulement 6,7% depuis l’entrée en fonctions de Haruhiko Kuroda, soit une moyenne de 0,31% en moyenne par trimestre.

Des chiffres inférieurs à ceux enregistrés pendant le mandat de Toshihiko Fukui à la tête de la BoJ entre 2003 et 2008 (8,75% de croissance réelle au total et 0,44% par trimestre), une période marquée il est vrai par la dynamique positive liée à l’essor des pays émergents.

Pour de nombreux observateurs, la stratégie offensive de Haruhiko Kuroda n’est plus très loin d’atteindre ses limites.

La BoJ a d’ailleurs ralenti ses achats, désormais inférieurs à l’objectif officieux d’une augmentation de 80.000 milliards de yens par an de ses avoirs en obligations d’Etat japonaises.

Parallèlement, l’impact de la politique de la BoJ sur les valorisations boursières tend à diminuer: pendant la première année, durant laquelle la banque centrale a acheté pour 1.000 milliards de yens d’actions, l’indice Nikkei de la Bourse de Tokyo a gagné environ 20%.

Mais alors que ses achats ont augmenté pour atteindre 6.000 milliards de yens annuels en juillet 2016, les actions nippones ont sous-performé de nombreux autres grands marchés et l’indice MSCI mondial, qui regroupe 47 places boursières développées et émergentes.

L’influence de la banque centrale est controversée et sévèrement critiquée par des acteurs du marché boursier, qui lui reprochent d’avoir asséché la liquidité sur certains segments secondaires du marché, notamment celui des obligations d’Etat.

Pour répondre à ces critiques, la BoJ a infléchi les modalités de mise en oeuvre de sa politique pour permettre ce qu’elle appelle “un assouplissement soutenable”.

Fin octobre, elle a notamment annoncé qu’elle allait réduire la fréquence de ses achats d’obligations à partir de ce mois-ci.

Véronique Tison et Marc Angrand pour le service français, édité par Blandine Hénault

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