November 5, 2018 / 6:24 PM / 8 days ago

La BCE veut limiter les changements liés à la fin du QE-sources

* La BCE ne veut pas perturber les marchés

* L’adaptation de la clé de répartition se fera donc avec prudence

* La sortie de la BoE du capital, problème supplémentaire

par Francesco Canepa et Frank Siebelt

FRANCFORT, 5 novembre (Reuters) - Les dirigeants de la Banque centrale européenne (BCE) penchent en faveur d’une modification limitée de la répartition par pays de ses achats de titres afin de ne pas perturber les marchés obligataires, a-t-on appris de cinq sources proches du dossier.

La BCE est censée arrêter fin décembre ses achats d’obligations dans le cadre du programme d’assouplissement quantitatif (quantitative easing, QE), auquel elle aura consacré plus de 2.600 milliards d’euros depuis 2015.

Mais ses responsables n’ont pas encore fixé les modalités de ce désengagement, ni celles du réinvestissement à venir des montants correspondant aux titres qui arriveront à échéance à partir de janvier.

L’une des principales décisions à prendre est celle d’une nouvelle “clé de répartition”, la part des montants engagés consacrée à chacun des pays de la zone euro, qui correspond pour l’instant à leur participation au capital de la banque centrale.

Cette répartition géographique doit être recalculée cette année pour prendre en compte l’évolution du poids économique et démographique relatif de chaque pays. Un nouveau calcul qui devrait entre autres accroître la part de l’Allemagne, déjà bénéficiaire de la pondération la plus importante, et réduire celle de l’Italie.

Mais alors que le marché de la dette italienne est déjà tendu en raison du différend entre Rome et la Commission européenne sur le budget, les cinq personnes interrogées, qui siègent au Conseil des gouverneurs de la BCE où en sont proches, ont déclaré que le Conseil n’avait aucune intention d’ajouter aux turbulences.

La nouvelle clé de répartition devrait être appliquée uniquement aux achats réalisés dans le cadre des réinvestissements, au moins dans un premier temps, ont-elles ajouté.

“Nous ne voulons pas perturber le marché obligataire”, a dit l’une des sources, qui a requis l’anonymat, les délibérations de la BCE étant confidentielles.

LE CAS ITALIEN DÉLICAT

Une autre source a ajouté que la répartition des réinvestissements serait progressivement adaptée afin que le portefeuille d’obligations détenu par la BCE reflète lui aussi la nouvelle clé.

Un porte-parole de l’institution s’est refusé à tout commentaire.

Toutes les sources ont précisé qu’elles ne faisaient qu’exprimer leur opinion personnelle, les services de la BCE n’ayant pas encore présenté leurs propositions et le sujet n’ayant pas encore été débattu, même de manière informelle, dans le cadre du Conseil des gouverneurs.

Ces débats devraient commencer lors de la réunion du Conseil prévue mercredi.

Le président de la BCE, Mario Draghi, a déclaré par le passé que le respect de la clé de répartition par pays des achats réalisés dans le cadre du programme d’achats d’obligations souveraines (Public Sector Purchase Programme, PSPP) devait être évalué sur l’ensemble du portefeuille et non sur les montants mensuels d’achats.

L’Italie représente 18,8% des obligations achetées dans le cadre du PSPP, soit 361,8 milliards d’euros. Ce pourcentage est supérieur de 4,6 points à celui qu’impliquerait la stricte application de la clé de répartition, Grèce exclue, ce qui fait de l’Italie le pays le plus “suracheté” au sein de la zone euro avec la France selon les calculs de Reuters, qui excluent la Grèce.

Les calculs internes de la BCE tendent à inclure la Grèce alors que celle-ci n’a jamais été concernée par le PSPP, ses notes souveraines étant trop basses.

COMMENT COMPENSER LA SORTIE DE LA BANQUE D’ANGLETERRE ?

Les gouverneurs des 19 banques centrales de la zone euro doivent par ailleurs décider de la réponse à apporter à la diminution du capital de la BCE que provoquera la sortie annoncée de la Banque d’Angleterre (BoE), conséquence du Brexit.

Certains pays sont réticents à compenser ce départ car cela impliquerait de renoncer à une partie des dividendes versés au budget de l’Etat par leur banque centrale nationale, a dit l’une des sources. Ils recommandent donc de ne pas modifier le montant nominal du capital de la BCE, une solution déjà adoptée ailleurs, notamment au Mexique, en arguant du fait que le capital d’une banque centrale relève largement du symbole en raison de sa capacité à émettre de la monnaie.

La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne ne devant pas intervenir avant la fin mars, la décision sur ce point pourrait se faire attendre, a dit une autre source.

Autre point sur lequel les responsables de la BCE doivent prendre une décision: l’opportunité de freiner le “vieillissement” du portefeuille obligataire de la banque centrale en achetant davantage de papier long au fur et à mesure des échéances.

Cette proposition, évoquée au début de l’été et qui rappelle l’”Operation Twist” menée par la Réserve fédérale américaine, se heurte à des contraintes techniques car l’encours à long terme de certains pays est insuffisant, ont dit les sources.

La BCE, qui se veut “neutre” en la matière, s’exposerait à des critiques si elle décidait d’investir dans des échéances plus longues pour certains pays dont la dette publique est importante, comme l’Italie, et pas pour d’autres.

Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below