October 22, 2018 / 2:28 PM / 2 months ago

GRAPHES-Cinq questions pour la BCE jeudi

LONDRES, 22 octobre (Reuters) - Les inquiétudes croissantes sur l’impact économique des tensions commerciales, l’envolée des coûts d’emprunt italiens, les difficiles négociations sur le Brexit et un nouvel accès de volatilité sur les marchés mondiaux fournissent une toile de fond chargée pour la prochaine réunion de politique monétaire de la Banque centrale européenne, jeudi.

La BCE redira probablement que son programme de rachat d’actifs de 2.600 milliards d’euros sera arrêté en fin d’année et les intervenants du marché obligataire espèrent des détails sur les réinvestissements futurs des obligations arrivées à échéance.

Voici cinq questions qui pourraient être soulevées.

1. A quel point la BCE s’inquiète-t-elle des risques croissants pour les perspectives de croissance ?

Dans une récente enquête Reuters, les économistes étaient unanimes à penser que la BCE mettrait fin à son programme d’assouplissement quantitatif (QE, quantitative easing) d’ici la fin de l’année, et ils jugeaient faible la probabilité qu’elle le prolonge en dépit de l’accumulation des risques politiques et commerciaux.

Mais les inquiétudes croissantes autour des perspectives économiques pourraient être difficiles à ignorer alors que les signaux d’alerte se multiplient. Ce mois-ci, le Fonds monétaire international a revu à la baisse ses prévisions de croissance mondiale et l’Allemagne, première puissance économique en Europe, a réduit ses propres projections.

Une enquête Reuters publiée lundi montre aussi que les perspectives de croissance mondiale pour 2019 se sont légèrement assombries pour la première fois.

Le compte rendu de la réunion de septembre de la BCE a montré qu’au moins certains banquiers centraux se sont interrogés sur l’opportunité de revoir en baisse leur évaluation des risques, qui ont finalement été jugés “globalement équilibrés.”

“Les risques mondiaux baissiers, et la possibilité d’un nouvel accroissement de ces risques qui pourrait faire pencher la balance vers des risques baissiers dans le communiqué, sont les principaux éléments à observer”, déclare Frederik Ducrozet, économiste chez Pictet Wealth Management. 2. Quand la BCE commencera-t-elle à débattre d’une hausse des taux ?

La banque centrale tient le même discours depuis juin : les taux d’intérêt resteront inchangés jusqu’à la fin de l’été 2019 (“through the summer”).

Cette constance n’empêchera probablement pas les journalistes de revenir à la charge sur ce sujet lors de la conférence de presse du président Mario Draghi à l’issue de la réunion.

Klaas Knot, le gouverneur de la Banque des Pays-Bas, a affirmé récemment que la BCE devrait commencer dès janvier à débattre du calendrier des hausses de taux.

Draghi lui-même a alimenté le débat fin septembre avec sa référence à une remontée “relativement vigoureuse” de l’inflation sous-jacente - des propos qu’il s’est depuis efforcé d’atténuer.

Dans le même temps, l’envolée des rendements en Italie a quelque peu assagi les anticipations des marchés.. 3. La BCE précisera-t-elle ses intentions en matière de réinvestissements ?

C’est la grande question pour les marchés obligataires, compte tenu du fait que les réinvestissements de dette échue continueront d’avoir un effet amortisseur une fois le QE terminé.

La BCE a assuré qu’elle réinvestirait les fonds provenant des obligations échues mais elle n’en a pas précisé les conditions et les marchés se demandent si elle réorientera cet argent vers des obligations avec des maturités plus longues.

Certains membres de la BCE conseillent même de ne plus réinvestir dans la dette des entreprises et de placer l’argent ailleurs, a rapporté Reuters en septembre.

Des responsables ont toutefois indiqué que tout changement à la politique de réinvestissement de la BCE serait surtout technique, visant à lisser l’impact de la fin du QE.

4. La clé de répartition de la BCE va-t-elle évoluer ?

La BCE doit ajuster au début de l’année prochaine sa clé de répartition, autrement dit la part de capital souscrite par chaque Etat membre, pour refléter l’évolution des 19 économies qui forment la zone euro.

Cet ajustement aura potentiellement des conséquences importantes puisque Mario Draghi avait indiqué que la BCE suivrait sa clé de répartition au moment de décider des conditions du redéploiement des investissements.

Les économistes pensent que l’ajustement à venir augmentera le poids de l’Allemagne et réduira ceux de l’Italie et de l’Espagne, impliquant moins de flux de réinvestissements dans ces deux pays du Sud de l’Europe.

Mais si la pondération de l’Allemagne augmente effectivement, la BCE aura du mal à accroître ses achats de dette germanique faute d’obligations éligibles en nombre suffisant.

“Ce sont des points techniques qui normalement n’intéressent personne, mais en l’occurence c’est important car les réinvestissements seront le principal outil de politique monétaire à la disposition de la BCE dans un avenir prévisible”, souligne Marchel Alexandrovich, économiste Europe senior chez Jefferies.

5. Quelle est la tolérance de la BCE au risque italien ?

Depuis la dernière réunion de politique monétaire de la BCE le 24 septembre, le gouvernement anti-système de l’Italie a présenté un budget expansionniste qui a déclenché l’ire de la Commission européenne et fait monter en flèche les rendements obligataires italiens. Les ventes massives d’obligations ont affecté par ricochet les valeurs bancaires italiennes, très exposées à la dette souveraine, les marchés boursiers internationaux et l’euro.

Mario Draghi a affirmé le 14 octobre que les responsables politiques italiens devaient arrêter de remettre l’euro en cause et “se calmer” sur le débat budgétaire au vu des dommages qu’ils ont déjà provoqué pour les entreprises et les ménages de leur pays.

Certains économistes doutent que le risque italien reste circonscrit à la péninsule. Les inquiétudes croissantes au sujet de l’Italie ont amené Alessio De Longis et Ben Rockmuller, gérants de portefeuille chez Oppenheimer Funds, à réduire récemment leur exposition aux actions européennes au bénéfice des actions américaines.

Dhara Ranasinghe; avec les contributions de Saikat Chatterjee à Londres et de Balazs Koranyi à Francfort; graphiques de Ritvik Carvalho, Véronique Tison pour le service français

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