October 12, 2018 / 6:29 AM / 7 days ago

La BCE ne peut secourir l'Italie sans sauvetage de l'UE-sources

NUSA DUA, Indonésie, 12 octobre (Reuters) - L’Italie devrait accepter de négocier un plan de sauvetage avec l’Union européenne en cas de crise de liquidités de l’Etat ou de son secteur bancaire pour que la Banque centrale européenne (BCE) puisse lui venir en aide, ont dit à Reuters cinq sources haut placées au fait de la réflexion de la BCE.

La volonté de la coalition gouvernementale de creuser le déficit pour financer son programme économique et social a fait monter ces dernières semaines les rendements de la dette italienne, l’une des plus importantes de l’Union européenne, augmentant d’autant les coûts d’emprunt du gouvernement.

Les sources, présentes en Indonésie en marge des assemblées générales du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, ont indiqué que Rome pouvait encore éviter une crise de la dette si son gouvernement modifiait son projet de budget, mais qu’il ne fallait pas compter sur la banque centrale pour rassurer les investisseurs ou soutenir ses banques.

Les règles de l’UE ne permettent pas en effet à la BCE de venir en aide à un pays à moins que celui-ci bénéficie d’un programme de sauvetage de l’UE - généralement en contrepartie d’une politique d’austérité et de réformes douloureuses, comme la Grèce en a fait l’expérience. Le gouvernement italien rejette fermement cette option.

Toute tentative de contourner ces règles nuirait gravement à la crédibilité de la BCE et saperait le consentement à l’union monétaire de pays comme l’Allemagne, ont ajouté les sources.

“C’est un cas d’école pour montrer que l’Europe et ses mécanismes fonctionnent”, a dit l’une des sources.

Si l’Italie demande et obtient un plan de sauvetage, la BCE pourrait alors acheter ses obligations sur le marché via des Opérations monétaires sur titres (OMT, en anglais Outright Monetary Transactions), un outil créé en 2012 par la BCE pour mettre un terme aux spéculations sur un éclatement de la zone euro mais non encore utilisé à ce jour.

Un porte-parole de la banque centrale s’est refusé à tout commentaire.

LES BANQUES EN PREMIÈRE LIGNE

Particulièrement sensible est la situation des banques italiennes, exposées à hauteur de 375 milliards d’euros à la dette souveraine et qui utilisent ces obligations d’Etat comme collatéral pour emprunter à la BCE, dont environ 250 milliards d’euros de crédits à long terme.

Si la dette de l’Italie, comme la Grèce, venait à sortir de la catégorie d’investissement, les obligations utilisées comme collatéral deviendraient inéligibles pour les financements réguliers de la BCE, ainsi que pour son programme d’achat d’actifs destiné à soutenir l’activité dans la zone euro.

Les banques, privées de ce levier, seraient alors obligées de solliciter la liquidité d’urgence (Emergency Liquidity Assistance, ELA), fournie par la Banque d’Italie.

“Certaines banques se portent plutôt bien et donc ce ne serait pas la totalité (qui auraient besoin de l’ELA)”, a fait remarquer une autre source.

L’ELA ne pouvant être accordée qu’à des banques solvables, le conseil des gouverneurs de la BCE serait en droit de réclamer la mise en place d’un programme économique en Italie avant de donner son feu vert à l’octroi de sommes importantes, comme cela a été le cas en Grèce.

La BCE avait gelé le montant de l’ELA attribué aux banques grecques à l’été 2015 quand le gouvernement du Premier ministre Alexis Tsipras avait refusé les termes d’un plan de sauvetage, ne lui laissant d’autre choix que de fermer les banques.

“On ne voulait pas donner du cash aux banques pour le voir filer à l’étranger”, a dit une troisième source.

Avant d’en arriver là, les épargnants et créanciers auront probablement coupé leurs liens avec les banques italiennes dans l’anticipation de la dégradation de la note italienne, déclenchant ainsi une crise de liquidité, selon les sources.

La dette souveraine italienne est notée deux crans au-dessus de la catégorie spéculative (“junk”) par trois des quatre agences de rating reconnues par la BCE, et trois crans au-dessus par la quatrième, DBRS.

Moody’s et S&P Global annonceront à la fin octobre la revue de leurs notes de l’Italie et la plupart des observateurs s’attendent à ce qu’elles soient abaissées d’un cran. (Véronique Tison pour le service français, édité par Juliette Rouillon)

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