September 28, 2018 / 12:49 PM / 2 months ago

LEAD 1-France-Chômage-Le débat sur la dégressivité horripile les syndicats

* Le gouvernement continue d’évoquer la dégressivité

* Les syndicats refusent cette piste qu’ils jugent toxique

* Ils dénoncent une manipulation visant à biaiser le débat (Actualisé avec réactions des syndicats)

PARIS, 28 septembre (Reuters) - L’insistance de l’exécutif à débattre de la dégressivité des allocations chômage horripile les syndicats qui dénoncent une manipulation politique ostracisant les cadres et occultant des questions difficiles comme la pénalisation des contrats courts.

Les cinq principaux syndicats ont dit leur opposition à cette idée, remise sur la table avant l’ouverture d’une négociation sur l’assurance chômage exigée par le gouvernement.

Inquiet de la persistance d’un chômage élevé et de déficits massifs, ce dernier veut pousser à la reprise d’emploi et économiser plus d’un milliard d’euros par an pendant trois ans.

La piste de la dégressivité, réaffirmée la veille par le Premier ministre, Edouard Philippe, sera soumise à la discussion, a confirmé vendredi Christophe Castaner, délégué général de La République en marche et secrétaire d’Etat aux Relations avec le parlement.

“Dans certains cas, elle peut être envisagée”, a dit Edouard Philippe jeudi. “Pour ceux qui ont une très forte employabilité, qui ont des salaires qui sont très élevés, créer une forme de dégressivité de l’assurance chômage peut avoir du sens.”

Face à cette volonté, “les cinq organisations sont sur la même ligne” et refusent toute dégressivité, a assuré vendredi à Reuters le président du syndicat des cadres, la CFE-CGC, François Hommeril.

“A priori, les numéros un des cinq organisations syndicales sont d’accord”, a déclaré à Reuters Michel Beaugas, secrétaire confédéral de Force ouvrière, et les négociateurs syndicaux devraient le confirmer lundi lors d’une rencontre.

“DÉGUEULASSE” ET INEFFICACE ?

Le député (La République en Marche) Aurélien Taché a suggéré en août de réinstaurer une dégressivité - des formes ont existé en France jusqu’en 2002 - à partir de six mois ou une forfaitisation pour les cadres qui touchent plus de 5.000 euros par mois d’allocation. Une cible évoquée depuis par l’exécutif.

Discriminer les cadres, “c’est du populisme, c’est purement scandaleux, j’oserais même dire : c’est presque dégueulasse”, a ajouté François Hommeril. Selon lui, les cadres financent 42% de l’assurance chômage et n’en consomment que 15%.

Denis Gravouil, de la CGT, juge lui aussi “absurde” de discriminer les cadres car les économies seraient négligeables.

Selon François Hommeril, “c’est une opération d’affichage politique, c’est ce que les gens du gouvernement imaginent être une intervention ‘de gauche’”. “C’est de la com’, de l’instrumentalisation, de la manipulation pure et simple.”

De la CFE-CGC à la CGT, les responsables syndicaux mettent en avant des travaux montrant que la dégressivité est toxique, notamment ceux de l’économiste Bruno Coquet.

Dans une note publiée en janvier par Sciences Po et l’OFCE, ce spécialiste conclut que “les travaux empiriques montrent que la dégressivité ralentirait les sorties du chômage et que cette taxe sur le chômage de longue durée a au mieux de faibles effets agrégés sur les dépenses de l’assurance chômage”.

Selon des syndicalistes, parler de la dégressivité permet d’éviter un débat sur le bonus-malus sur les emplois courts, dont le patronat ne veut pas entendre parler et qui ne figure finalement pas dans la lettre de cadrage envoyée aux partenaires sociaux pour servir de base à la négociation.

“On parle de la dégressivité pour occulter tout le reste du débat”, a dit Michel Beaugas (FO). “C’est une bonne vieille méthode politique : pendant qu’on parle de ça, on ne parle pas d’autre chose – on ne parle pas du bonus-malus et de comment lutter contre la prolifération des contrats courts.”

La CFDT et la CFTC ont également dit leur opposition à la dégressivité.

Quant au Medef, son président, Geoffroy Roux de Bézieux, a estimé qu’elle pouvait être une piste mais ne devait pas être “l’alpha et l’oméga” de la réforme.

La lettre de cadrage n’invite pas explicitement à réfléchir à limiter les indemnités des cadres mais à étudier la piste d’une indemnisation différenciée tenant compte de la “capacité” des demandeurs d’emploi à retrouver un travail. (Jean-Baptiste Vey, avec Sophie Louet, édité par Yann Le Guernigou)

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