September 27, 2018 / 10:55 AM / 24 days ago

ENTRETIEN-Le populisme menace la stabilité des marchés-Candriam

* Les guerres commerciales, symptôme d’un mal plus profond

* Les inégalités, terreau de la montée des populismes

* Les banques centrales doivent normaliser leur politique

* Des risques bien présents mais pas de récession imminente

par Patrick Vignal

PARIS, 27 septembre (Reuters) - Les frictions entre les Etats-Unis et leurs partenaires commerciaux ne sont qu’une facette de la montée des populismes, mal plus profond qui menace l’équilibre des marchés financiers, analyse Nicolas Forest, responsable de la gestion obligataire chez Candriam.

Sans négliger l’importance du duel à coup de barrières douanières que se livrent notamment Washington et Pékin, Nicolas Forest n’y voit qu’un aspect d’un phénomène qui prend de l’ampleur.

“Les tarifs et le protectionnisme ne sont que les symptômes d’une maladie plus importante qui est le populisme”, dit-il. “La réalité dans laquelle on est, c’est le retour d’un état du monde à l’état dans lequel il était avant la chute du communisme.”

Si l’impact de la guerre commerciale entre les deux premières puissances économiques mondiales est difficile à mesurer, celui du courant qui la motive s’annonce dévastateur, ajoute-t-il.

“Cette demande de fond, que l’on a vue aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Italie ou au Venezuela, est le résultat de la montée des inégalités et pourrait amener à terme à davantage de volatilité sur les devises, à des taux plus élevés, à davantage d’inflation et peut-être à plus de défauts”, énumère Nicolas Forest.

Ces inégalités se constatent notamment aux Etats-Unis, où la situation économique est pourtant florissante malgré le fort parfum protectionniste de la politique de Donald Trump, dit-il.

“Le monde est plus riche qu’avant, en général, mais avec des inégalités peut-être plus importantes. Si vous comparez l’évolution du S&P à l’évolution de la force de travail aux Etats-Unis, vous voyez que depuis la crise, le chômage a baissé mais avec beaucoup de gens qui sont sortis du marché du travail ou dont la qualité de l’emploi a baissé, alors que le S&P a atteint des plus hauts.”

NORMALISER SANS ATTENDRE

Les grandes banques centrales, qui ont inondé les marchés de leurs liquidités depuis la crise financière et tentent maintenant de resserrer leur politique, portent une part de responsabilité dans cet état de fait, estime l’expert de Candriam.

“Le quantitative easing et les politiques monétaires ont été très favorables pour les actifs financiers, et donc pour les gens les plus riches, et moins favorables pour les gens moins riches”, dit-il.

“Tout cela, de même sans doute que les mouvements de migration, crée un terreau pour le populisme. Il a tendance à venir avec de la relance budgétaire, ce qui n’est pas forcément mauvais, mais encore faut-il la mettre aux bons endroits, et se posera la question de savoir qui va la définancer.”

La Réserve fédérale a entamé un cycle de resserrement et la BCE dispose d’une feuille de route pour lui emboîter le pas, avec des obstacles potentiels à surmonter pour chacune des deux banques centrales, poursuit-il.

“De mon point de vue, même si l’inflation est basse, on est sur des politiques de taux extrêmement accommodantes et il faut normaliser sans trop attendre”, dit-il à l’adresse de la BCE, qui a prévu d’arrêter ses achats d’actifs avant la fin de l’année mais de ne pas toucher à ses taux avant l’été 2019.

L’Italie, qui paraît vouloir apaiser les inquiétudes de l’exécutif européen en matière budgétaire mais reste sous la menace d’une dégradation de sa note souveraine, pourrait compliquer la vie de l’institution de Francfort, prévient Nicolas Forest.

Du côté de la Fed, son président, Jerome Powell, paraît bien mener sa barque face à Donald Trump, qui se mêle de tout et donc de politique monétaire, ajoute-t-il.

“Le baptême du feu sera le jour où les actions américaines perdront 10-15%”, dit-il. “Pour l’instant, nous sommes dans une phase très positive aux Etats-Unis qui devrait continuer en 2019 mais cela ne veut pas dire que des problèmes structurels ne vont pas arriver, avec une pression politique possible de Trump pour baisser les taux. Et là, Jerome Powell devra montrer son indépendance.”

PAS DE RÉCESSION AU COIN DE LA RUE

Malgré la montée des populismes et les écueils qui pourraient se dresser sur la route des banques centrales, Nicolas Forest ne voit pas de récession globale se profiler et ne considère pas que les Etats-Unis représentent la principale menace en la matière.

“Ce qui m’inquiète aujourd’hui, ce ne sont pas les Etats-Unis”, dit-il en soulignant la solidité de la croissance américaine.

“La volatilité et les tensions sur les émergents sont un risque, la Chine fait face à un ralentissement et l’économie développée la plus exposée, c’est l’Europe”, juge-t-il.

“La vraie inquiétude, c’est ce qui va se passer en Europe. L’Italie est un risque, et un Brexit fort en serait un aussi, qui impacterait forcément l’Europe et serait un caillou sur la voie de la normalisation, ce qui n’est pas forcément intégré par les marchés.”

Quant à l’imminence d’une récession, il n’y croit pas du tout.

“Il y a des personnes qui voyaient la récession en 2017 avant de décaler leur prévision sur 2018 puis 2019”, dit-il.

“Les gens ont été traumatisés par la crise financière et pensent que cela va se reproduire. Je ne le pense pas. Il peut y avoir un ralentissement sur un trimestre, et pas forcément tout de suite, mais pas nécessairement de récession. Il n’y aura pas de phase critique de volatilité comme en 2008-2009. Ce ne sera pas la même chose.” (édité par Blandine Hénault)

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