September 21, 2018 / 11:16 AM / a month ago

POINT HEBDO-Les marchés relativisent sur le commerce, mais d'autres risques planent

* Les nouveaux tarifs douaniers USA-Chine entrent en vigueur lundi

* Contre toute attente, les marchés ont très bien réagi

* La politique de la Fed ne devrait pas être perturbée

* Rome présentera jeudi son budget très attendu pour 2019

* Les discussions sur le Brexit restent dans l’ornière

par Blandine Henault

PARIS, 21 septembre (Reuters) - “Vendez la rumeur, achetez la nouvelle” : cet adage boursier résume en partie la réaction surprenante des investisseurs à l’annonce récente de nouveaux tarifs douaniers entre la Chine et les Etats-Unis. Mais il n’est pas sûr que leur assurance se maintienne face aux échéances attendues sur d’autres dossiers, notamment celui de l’Italie.

Les principaux indices boursiers s’acheminent vers une progression hebdomadaire de plus de 1,5% pour le Stoxx 600 et le Dow Jones, ce qui a permis à l’indice américain de signer un record, et même l’indice MSCI de référence pour les marchés émergents a regagné 2% sur la semaine.

Pourtant, les observateurs sont unanimes: la dernière offensive commerciale des Etats-Unis contre la Chine, suivie d’une riposte immédiate de Pékin, marque bien un durcissement du conflit entre les deux premières puissances économiques mondiales.

A partir de lundi, Washington va imposer sur 200 milliards de dollars de produits chinois des droits de douane de 10%, qui pourront être portés à 25% d’ici la fin de l’année. En représailles, la Chine mettra en oeuvre le même jour des tarifs allant de 5% à 10% sur 60 milliards d’importations en provenance des Etats-Unis.

La menace d’une nouvelle action de Washington planait déjà depuis plusieurs semaines sur les marchés. Son annonce officielle, lundi soir, a provoqué une hausse inattendue des Bourses mondiales.

Le risque matérialisé, les marchés ont pu repartir de l’avant après avoir été très pessimistes, expliquent plusieurs observateurs. Le taux moins élevé que prévu des derniers droits de douane - 10% contre 25% envisagés auparavant de chaque côté - explique aussi le soulagement relatif des investisseurs, en limitant l’impact prévisible sur l’économie.

Surtout, cet aménagement du taux de taxation a été interprété comme le signe de la volonté des deux camps de ne pas fermer définitivement la porte à des négociations.

“Les annonces ont été perçues comme éloignant le risque de nouveaux droits de douane dans l’immédiat et permettant l’ouverture d’une période durant laquelle les Etats-Unis et la Chine peuvent négocier”, indiquent les stratèges de Bank of America-Merrill Lynch (BAML).

“Il sera important de voir si le vice-premier ministre Liu He ira à Washington pour rencontrer le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, comme prévu, les 26 et 27 septembre”, ajoutent-ils.

QUEL IMPACT SUR L’ÉCONOMIE ?

L’apaisement des tensions commerciales s’explique aussi par le sentiment - étayé par les déclarations de dirigeants chinois - que la Chine agira pour soutenir son économie face aux tarifs douaniers américains, notamment en prenant de nouvelles mesures d’assouplissement sur le crédit et en augmentant ses investissements dans les infrastructures.

Selon les économistes de BAML, de telles mesures permettraient de limiter le ralentissement de l’économie chinoise en 2019, année pour laquelle ils attendent une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 6,1%.

Du côté des Etats-Unis, l’impact direct des derniers tarifs douaniers est jugé minime sur la croissance. Mais un relèvement des tarifs à 25% contre 10% serait bien plus dommageable pour les entreprises américaines, prévient BAML.

“L’effet négatif proviendra d’un choc de confiance qui verrait les entreprises réduire leurs investissements et les marchés financiers réagir négativement”, indiquent les stratèges de la banque américaine.

Les investisseurs devraient ainsi suivre avec attention l’indice de confiance du consommateur aux Etats-Unis en septembre, attendu mardi, ainsi que celui qui sera publié par l’Université de Michigan vendredi.

Sont aussi attendus dans les prochains jours des indicateurs sur le climat des affaires et le moral des ménages en Allemagne et plus largement en zone euro.

PAS DE SURPRISE DU CÔTÉ DE LA FED

“Si les marchés continuent de faire fi des annonces sur les tarifs douaniers et si les entreprises absorbent les coûts additionnels, cela aura peu d’effets sur la trajectoire de la politique monétaire”, estiment les stratèges de BAML.

La Réserve fédérale devrait selon toute vraisemblance relever ses taux pour la troisième fois cette année à l’issue de sa réunion de politique monétaire mercredi.

Les derniers indicateurs très solides sur le front de l’inflation aux Etats-Unis ont encore renforcé ces attentes, même si l’indice des prix PCE, privilégié par la Fed, ne sera publié que vendredi, donc après la réunion de la banque centrale.

Outre le moindre attrait des investisseurs pour les actifs refuges, ces anticipations expliquent la récente remontée des rendements obligataires, d’autant que le marché attend une nouvelle hausse de taux de la Fed en décembre.

Le rendement à 10 ans américain a grimpé jusqu’à 3,096% jeudi, à un plus haut depuis le 18 mai, et celui du Bund allemand de même échéance est brièvement repassé au-delà de 0,5% pour la première fois depuis juin.

“Le fait que Donald Trump soit de plus en plus menaçant sur les questions commerciales est un risque majeur, notamment avec des incertitudes qui pourraient contraindre la Réserve fédérale à renoncer à une hausse de taux en décembre”, pointe toutefois Philippe Müller, responsable des thématiques d’investissement d’UBS.

ROME ATTENDU SUR SON BUDGET

En Europe, l’agenda sera dominé par la présentation, jeudi, du projet de budget 2019 du gouvernement italien qui présentera les objectifs de déficit et de dette pour l’an prochain.

Depuis l’avènement au printemps du gouvernement de coalition entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles (M5S), les investisseurs redoutent une dérive budgétaire qui viendrait fragiliser la troisième économie de la zone euro, déjà lourdement endettée.

La modération affichée ces dernières semaines par le ministre de l’Economie, Giovanni Tria, qui n’appartient à aucun des deux partis de la coalition, a largement rassuré. Les rendements obligataires italiens ont chuté et l’écart de rendement entre le BTP et le Bund allemand à dix ans est revenu autour de 240 points de base, contre plus de 300 au plus fort des tensions fin mai.

Mais quelles sont vraiment les marges de manoeuvre du ministre de l’Economie? Giovanni Tria souhaiterait maintenir le déficit budgétaire sous 2% du PIB, selon une source gouvernementale. Le M5S et la Ligue prônent un déficit un peu supérieur, sous les 2,5%.

La présentation du budget jeudi donnera une idée de la réponse et du rapport de force au sein des principaux responsables du gouvernement.

TOUJORS PAS D’ACCORD EN VUE SUR LE BREXIT

En matière de rapport de force, les négociateurs britanniques et européens qui discutent depuis de longs mois sur les conditions de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE), auraient peut-être des leçons à donner.

En dépit de déclarations de bonnes intentions, les négociations semblent systématiquement achopper sur le même sujet, à savoir la question de la frontière irlandaise.

Les 27 Etats restant dans l’UE veulent que l’accord sur le Brexit comprenne une clause de sauvegarde (“backstop”), dont le principe avait été agréé par les Britanniques en décembre et selon laquelle l’Irlande du Nord resterait dans l’union douanière européenne en l’absence de meilleure solution, ce qui permettrait d’éviter une frontière “dure” entre cette province britannique et l’Irlande, membre de l’UE.

Mais cette solution est rejetée par le gouvernement britannique car elle couperait de fait le Royaume-Uni en deux.

Le sommet européen informel qui s’est tenu mercredi et jeudi n’a pas permis d’avancer sur cette question épineuse. A tel point que certains responsables envisagent déjà d’organiser un autre sommet européen en novembre, suggérant que celui prévu en octobre, qui devait être le dernier, ne sera pas suffisant pour aboutir à un accord.

Pendant ce temps là, l’économie britannique tourne à plein régime: la consommation des ménages a été bien plus forte que prévu cet été en dépit d’une accélération de l’inflation. Et selon les économistes interrogés par Reuters, la croissance du PIB britannique, qui sera dévoilée vendredi, devrait avoir atteint 0,4% au deuxième trimestre par rapport au trimestre précédent. Soit deux fois la croissance française.

VOIR AUSSI:

La Fed doit choisir entre le marché du travail et la courbe des taux

ENCADRE-Accord, pas d’accord, nouveau référendum, quels scénarios pour le Brexit ?

Édité par Marc Angrand

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