September 20, 2018 / 8:08 AM / 3 months ago

LEAD 2-Suisse-La BNS est loin de rompre avec sa politique expansionniste

* La BNS abaisse ses prévisions d’inflation 2019 et 2020

* Les tensions commerciales et l’Italie ont dopé le franc suisse

* Aucune chance que la BNS relève ses taux avant la BCE-économiste (Actualisé avec commentaires du président de la BNS)

par John Revill

ZURICH, 20 septembre (Reuters) - La Banque nationale suisse (BNS) a abaissé ses prévisions d’inflation jeudi et déclaré qu’elle n’envisageait pas pour l’instant de rompre avec sa politique monétaire ultra-accommodante, évoquant une situation “fragile” sur le marché des changes dans un contexte de montée des tensions commerciales internationales qui ont dopé le franc.

De nombreux économistes s’attendaient jusqu’à présent à ce que la banque centrale suisse commence à relever son taux directeur au moment où la Banque centrale européenne (BCE) enclenchera la normalisation de sa propre politique monétaire, ce qui est anticipé pendant ou peu après l’été 2019.

Mais face à l’appréciation du franc suisse de près de 7% vis-à-vis de l’euro depuis le mois d’avril, la BNS prévoit désormais que l’inflation restera faible en 2019 et 2020, ce qui justifie le maintien de la politique actuelle.

“Il est clair que nous sommes loin de la normalité”, a dit son président, Thomas Jordan, à la chaîne de télévision suisse SRF jeudi, après la réunion du comité de politique monétaire de la BNS. “Nous avons des taux d’intérêt négatifs et nous restons disposés à intervenir sur le marché des changes.”

“Le franc s’est apprécié, ce qui a conduit à un durcissement des conditions monétaires. C’est également la raison principale pour laquelle notre (...) politique doit rester expansionniste.”

Le franc a cédé du terrain face à l’euro après ces annonces, les marchés à terme, qui surveillent l’évolution de l’inflation, ne prévoyant pas de hausse de taux avant un an.

La banque centrale suisse continue d’anticiper une inflation de 0,9% cette année mais elle a abaissé ses prévisions pour la suite, de 0,9% à 0,8% en 2019 et de 1,6% à 1,2% en 2020.

“Nous avons toujours un taux d’inflation qui est très bas, il a même été négatif récemment”, a dit Thomas Jordan. “Cela signifie que nous devons rester prudents parce qu’il ne faudrait pas grand chose pour qu’une rechute ait lieu, ce qui pourrait avoir un impact négatif sur l’inflation et toute l’économie.”

PROCHAINE HAUSSE DE TAUX REPORTÉE À 2020?

Pour Maxime Botteron, économiste chez Credit Suisse, la révision en baisse des prévisions d’inflation de la BNS suggère que la banque centrale “envisage à peine de relever son taux directeur dans les trois années à venir”.

Pour Charlotte de Montpellier, économiste chez ING Bank, ces révisions signifient qu’”il n’y a absolument aucune chance pour que la BNS commence à relever ses taux d’intérêt avant que la BCE ne commence à relever son propre taux.”

“Il est possible que la première hausse de taux (suisse) soit reportée vers 2020”, ajoute-t-elle.

Lors de sa réunion de politique monétaire, la Banque nationale suisse a décidé de maintenir le taux des dépôts à vue à -0,75%, ainsi que la marge de fluctuation du taux Libor à trois mois entre –1,25% et –0,25%, comme le prévoyaient les 36 économistes interrogés par Reuters.

Statu quo monétaire et intervention sur le marché des changes sont deux moyens qu’emploie la BNS depuis trois ans et demi pour endiguer les achats de franc suisse.

“Le taux d’intérêt négatif et la disposition de la Banque nationale suisse à intervenir au besoin sur le marché des changes restent nécessaires pour (...) réduire les pressions à la hausse sur le franc”, a expliqué la BNS dans un communiqué.

Elle considère toujours que la devise nationale “s’inscrit à un niveau élevé” et observe que sa récente appréciation souligne à quel point la situation du marché des changes est “fragile”.

Le franc suisse a atteint ces dernières semaines sont niveau le plus élevé depuis juillet 2017, retrouvant son statut de monnaie refuge face aux inquiétudes suscitées par les tensions commerciales internationales et le programme budgétaire du nouveau gouvernement italien. L’institut d’émission n’est pas pour autant intervenu sur le marché des changes.

La BNS anticipe une croissance 2018 de 2,5% à 3% alors qu’elle projetait en juin une croissance “de l’ordre de 2%”. (Wilfrid Exbrayat et Juliette Rouillon pour le service français, édité par Marc Angrand)

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