September 3, 2018 / 12:49 PM / 21 days ago

L'Italie joue l'affrontement avec Bruxelles sur le déficit

* Fitch abaisse la perspective de la note italienne

* La coalition au pouvoir défend sa politique dépensière

* Le ministre de l’Economie tente d’apaiser les débats

* Les taux souverains italiens extrêmement volatils

par Steve Scherer

ROME, 3 septembre (Reuters) - Les dirigeants de la coalition au pouvoir en Italie se prononcent toujours en faveur d’une marge de manoeuvre pour les dépenses budgétaires l’an prochain, au risque de contrarier l’Union européenne mais aussi les investisseurs.

Depuis que Fitch a abaissé vendredi à “négative” la perspective de la note souveraine de l’Italie, ni le dirigeant de la Ligue, Matteo Salvini, ni son homologue du Mouvement 5 Etoiles (M5S), Luigi di Maio, n’ont renoncé à leurs promesses de campagne de réduire les impôts et d’augmenter les dépenses de protection sociale.

Matteo Salvini s’est prononcé lundi en faveur d’une augmentation des dépenses, même s’il a dit vouloir maintenir le déficit sous le seuil de 3% de produit intérieur brut (PIB), soit la limite imposée par Bruxelles.

Quant à l’autre vice-président du Conseil, Luigi di Maio, il a réaffirmé dimanche la promesse de son mouvement d’instaurer l’an prochain un revenu universel pour les plus pauvres.

Le gouvernement italien fera le “choix historique” de privilégier ses citoyens aux dépens de ce que préconisent les agences de notation, a déclaré le chef de file du M5S.

“Il n’est pas question d’écouter les agences de notation et de rassurer les marchés et ensuite de poignarder les Italiens dans le dos”, a-t-il dit. “Nous devons faire passer les Italiens en premier”.

Dans le rôle du modérateur, le ministre de l’Economie, Giovanni Tria, qui n’appartient à aucune des deux formations au pouvoir, a demandé aux deux hommes forts du gouvernement de baisser le ton dans leurs commentaires sur le prochain projet de budget.

L’Italie doit dévoiler ses objectifs en matière de croissance et de budget d’ici au 27 septembre. Le projet de budget 2019, sur lequel la Commission européenne aura à se prononcer, est attendu d’ici à la fin octobre.

UN RALENTISSEMENT ÉCONOMIQUE SE PROFILE

En plus du revenu universel, le gouvernement de coalition en place depuis le mois de juin a l’intention d’abaisser les impôts, de revenir pour partie sur la réforme des retraites de 2011, de renoncer à la hausse automatique de la TVA l’année prochaine et d’accroître les investissements dans les travaux publics.

Les derniers indicateurs laissent toutefois penser que l’économie italienne, la troisième de la zone euro, connaît un certain ralentissement cette année, ce qui complique encore la tâche du gouvernement. Et la dette publique italienne - de l’ordre de 2.300 milliards d’euros, soit plus de 130% du PIB du pays - rend la Péninsule d’autant plus vulnérable à l’évolution du sentiment des investisseurs.

En témoigne l’écart de rendement entre les emprunts italiens à 10 ans et leur homologues allemands de même échéance, , qui a plus que doublé la mi-mai pour dépasser 286 points de base.

Très volatils ces derniers temps, les rendements de la dette souveraine italienne ont perdu lundi jusqu’à près de 7 points de base à 3,173% pour les emprunts à 10 ans et près de 8 points de base à 1,414% pour ceux à deux ans avant de s’apaiser un peu.

Ce mouvement fait suite à la décision de Fitch, qui a maintenu la note souveraine de l’Italie à ‘BBB’, se contentant d’en abaisser la perspective.

“L’Italie bénéficie du fait que seule la perspective a été abaissée, ce qui était déjà intégré dans les cours, alors que certains investisseurs s’attendaient à voir la note abaissée d’un cran”, explique Daniel Lenz, en charge de la stratégie de taux chez DZ Bank.

Après deux mois de reflux, les rendements des emprunts d’Etat italiens étaient repartis à la hausse ces dernières semaines en raison des inquiétudes suscitées par la politique économique et budgétaire du gouvernement de coalition, composé de deux partis très critiques envers l’Union européenne.

Les taux italiens devraient demeurer volatils avec la poursuite attendue des déclarations contradictoires des dirigeants du pays concernant la volonté de l’Italie de se plier aux exigences de Bruxelles en matière de discipline budgétaire, préviennent les analystes.

Patrick Vignal pour le service français, édité par Véronique Tison

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