July 18, 2018 / 10:21 AM / 3 months ago

Réforme de l'Euribor-La BCE s'inquiète d'un risque "systémique"

par Marc Jones, Huw Jones et Dhara Ranasinghe

LONDRES, 18 juillet (Reuters) - La banque centrale européenne s’inquiète de potentiels problèmes systémiques si les efforts pour réformer l’Euribor, l’une des références du marché interbancaire plombée par un scandale de manipulation, n’aboutissent pas.

Plusieurs grandes banques centrales se sont attaquées à la réforme des taux de référence sur le marché monétaire pour prévenir de nouvelles manipulations. Mais la masse des instruments financiers pour lesquels ils servent de référence freine l’adoption d’alternatives.

Les échéances se rapprochent en particulier en Europe où Bruxelles souhaite que des alternatives à l’Euribor et au taux au jour le jour Eonia soient en place d’ici le début 2020.

“Nous sommes confrontés à un problème avec une réglementation qui entrera en vigueur en 2020, soit dans moins de dix-huit mois”, prévient Cornelia Holthausen, directrice des opérations de marché de la BCE.

“Donc je crois vraiment qu’il faut espérer le meilleur pour la réforme de l’Euribor afin que nous ne soyons pas confrontés à un problème systémique en janvier 2020”, a-t-elle ajouté.

La question est plus complexe au sein de la zone euro qu’aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, les Européens ayant décidé de réformer également d’ici 2020 le taux de référence au jour le jour Eonia, dont les régulateurs veulent qu’il soit abandonné.

La BCE a été contrainte de proposer sa propre solution de rechange à l’Eonia, baptisée Ester et qui constitue l’une des trois options de remplacement sur lesquelles doit se prononcer un comité réunissant des professionnels des marchés.

Ester ne sera pas prêt à être utilisé avant fin 2019, soit quelques mois au mieux avant que l’Eonia soit désactivé même si le marché espère encore un sursis.

“J’ai le sentiment que beaucoup de banques sont trop confiantes et pensent que les autorités vont régler le problème à leur place”, a dit Cornelia Holthausen.

La faiblesse des volumes sur le marché interbancaire complique encore le problème du remplacement d’un Euribor qui couvre les échéances allant d’une semaine à un an.

L’administrateur de l’Euribor, l’European Money Markets Institute (EMMI), basé à Bruxelles, teste actuellement le recours à des prix de marché pour le calcul des taux de référence plutôt que des estimations transmises par les banques qui les rendaient plus vulnérables à des manipulations.

Une option intermédiaire est aussi envisagée et fondée sur des formules mathématiques destinées à améliorer l’échantillon retenu pour le calcul des taux de référence mais le risque existe que le régulateur belge qui supervise l’EMMI estime qu’elle laisse encore trop de possibilités pour d’éventuelles fraudes.

Même si elle était validée, les banques pourraient aussi être peu enclines à contribuer de crainte de nouveaux litiges.

MISSION “PRESQUE IMPOSSIBLE”

Même en Grande-Bretagne où le basculement des taux Libor vers la nouvelle référence Sonia est a priori plus simple, les autorités de régulation se plaignent du retard pris par le processus.

Cornelia Holthausen estime qu’il sera “presque impossible” de trouver et de mettre en place une alternative à l’Euribor avant 2020 et une désactivation avant qu’une alternative approuvée soit trouvée risque de provoquer un stress majeur sur les marchés.

D’ici la fin 2019, 77% des produits dérivés indexés sur l’Eonia devraient avoir expiré mais la proportion ne sera que de 46% pour ceux liés à l’Euribor.

D’après un rapport publié l’année dernière par la Banque d’Espagne, 85% des prêts hypothécaires au sein de la quatrième économie de la zone euro sont référencés sur l’Euribor.

“En Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, ils ont commencé ce travail il y a deux ans et ils ne se sont toujours pas entendus sur une solution”, rappelle la responsable des opérations de marché de la BCE.

“Il est donc peu probable que nous ayons une alternative à l’Euribor en place pour la zone euro dans les 17 prochains mois, c’est pourquoi je pense qu’il est très important que la réforme réussisse”, a-t-elle ajouté.

La BCE n’est pas seule à s’inquiéter. Les agences de gestion de la dette publique au sein de la zone euro sont aussi préoccupées par la fluidité de la transition vers de nouvelles références pour le marché monétaire.

“Nous avons besoin de voir jusqu’à quel point la transition sera fluide, quelles seront les implications en termes de fixation des prix et dans nos systèmes en termes de valorisation”, a dit Cristina Casalinho, directrice de l’Agence portugaise de la dette en référence aux émissions existantes et à venir.

La faiblesse des transactions et des volumes échangés sur le marché interbancaire constitue un handicap supplémentaire.

Les taux “ibors” sont devenus tellement sulfureux depuis les scandales sur leur manipulation que de nombreuses banques évitent autant que possible d’y être mêlées même si elles ont accepté de continuer à fournir des prix pour le calcul du Libor en Grande-Bretagne jusqu’à la fin 2021.

Banques et courtiers se sont vu infliger environ neuf milliards de dollars d’amendes et une trentaine de professionnels ont été inculpés dans le cadre des procédures engagées dans différents pays pour manipulations présumées des taux de référence du marché monétaire.

Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below