July 12, 2018 / 4:14 PM / 4 months ago

GB-Un Français condamné dans le procès des taux d'intérêt Euribor

* Condamnation par contumace du trader Philippe Moryoussef

* Achim Krämer acquitté, pas de verdict sur trois autres

* Peines de prison attendues à la fin de la semaine prochaine

par Kirstin Ridley

LONDRES, 12 juillet (Reuters) - Philippe Moryoussef, un ancien trader français de Barclays, a été reconnu coupable en Grande-Bretagne de fraude en bande organisée en vue de manipuler le taux de référence interbancaire Euribor entre janvier 2005 et décembre 2009.

Agé de 50 ans, Philippe Moryoussef a été reconnu coupable au terme d’un procès de 11 semaines. Il a été jugé par contumace car il est reparti en France lorsqu’un autre accusé, le Français Christian Bittar, a décidé de plaider coupable.

Il risque 10 ans de prison. La peine devrait être prononcée le 20 juillet.

Le jury de la Southwark Crown Court à Londres a en revanche acquitté Achim Krämer, un cadre de Deutsche Bank toujours salarié par la banque allemande. Le jury n’a pas pu rendre de verdict sur trois autres traders également poursuivis.

L’interdiction de diffuser des informations concernant ce verdict a été levée jeudi faute d’accord au sein du jury concernant l’Italien Carlo Palombo, la Danoise Sisse Bohart, tous deux anciens traders de Barclays, et l’ancien patron de cette dernière, Colin Bermingham.

Un procureur du Serious Fraud Office (SFO), l’équivalent britannique du Parquet national financier, a déclaré qu’une décision serait prise d’ici une semaine quant à l’organisation d’un nouveau procès pour ces trois personnes.

Un sixième accusé, le Français Christian Bittar, qui, selon les enquêteurs, fut chez Deutsche Bank l’un des traders les mieux payés au monde, a plaidé coupable avant le début du procès. Il est déjà en détention.

L’Euribor est un taux interbancaire qui sert de référence pour fixer les taux pour environ 150.000 à 180.000 milliards de dollars de contrats financiers et de prêts à la consommation dans le monde entier.

UNE PREMIÈRE

François De Casto, l’avocat parisien de Philippe Moryoussef, a déclaré en avril que son client était sous la protection de la loi française.

“Philippe Moryoussef finira par porter cette affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme”, avait-il dit.

Les autorités à travers le monde ont déjà infligé des amendes de près de neuf milliards de dollars à des banques et des sociétés de courtage et elles ont poursuivi une trentaine de personnes pour des soupçons de manipulation de taux. Les poursuites lancées par le SFO sont les premières à porter sur l’Euribor.

L’accusation considère Christian Bittar et Philippe Moryoussef, deux amis qui ont fait leurs armes dans le secteur bancaire à la Société Générale, comme les organisateurs d’un réseau international de traders manipulant légèrement à la hausse ou à la baisse leurs annonces de taux dans un “jeu à somme nulle” afin de gonfler artificiellement leurs résultats d’activité.

Une variation d’un point de base des taux Euribor, fixés sur différents créneaux horaires, peut générer d’importants bénéfices sur dérivés.

“BONNE CHANCE”

Dans l’un des courriels lus au tribunal, Philippe Moryoussef écrit le 1er octobre 2006 à Carlo Palombo: “Mon téléphone portable ne sera pas connecté lundi. Deux choses, demandez à Sisse de mettre un (Euribor) à six mois haut (...) et Christian également (...) nous avons deux milliards à cette date, nous devons absolument faire un BP (point de base-NDLR) sur cette fixation. Bonne chance, au revoir”.

Les accusés démentent avoir agi par malhonnêteté. Ils affirment avoir appris leur métier sur le tas et pensaient ne pas mal agir en organisant ainsi des opérations à leur avantage.

Les demandes sur les taux été faites ouvertement et se situaient dans une fourchette de taux tout aussi valable, ont-ils fait valoir.

Les avocats de la défense ont également souligné l’absence de preuve sur un quelconque enrichissement personnel.

Dans une déclaration lue au jury lors du procès, Philippe Moryoussef affirme que les demandes de traders étaient une pratique établie chez Barclays lorsqu’il y est entré en 2005 et qu’il pensait que ses interlocuteurs choisiraient un taux correct dans une fourchette autorisée d’estimations. (Kirstin Ridley Claude Chendjou pour le service français, édité par Bertrand Boucey)

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