July 5, 2018 / 10:55 AM / 2 months ago

LEAD 2-France-Des préconisations contre les "failles" du parc nucléaire

* Risques liés à la sous-traitance dans les centrales

* Ou à l’hypothèse d’actes malveillants

* Une commission d’enquête fait 33 propositions

* EDF promet d’apporter “des précisions” d’ici à fin juillet (Actualisé avec autre réaction, §§ 23-24)

PARIS, 5 juillet (Reuters) - Une commission d’enquête parlementaire préconise dans un rapport rendu public jeudi de prendre des mesures pour remédier aux “failles” de sûreté des centrales nucléaires en France, notamment en limitant le recours à la sous-traitance et en réexaminant les procédures de gestion des combustibles usés.

Perte de savoir-faire, vieillissement des installations, concentration des déchets, hypothèse d’attaques terroristes ou d’accidents : les facteurs de risque sont en effet nombreux et, pour chacun d’eux, des réponses sont esquissées.

Au total, 33 préconisations figurent dans le document final, fruit de cinq mois de travail et de 83 auditions d’experts, d’acteurs du secteur et de responsables politiques.

Selon les députés, l’accident survenu en 2011 à Fukushima (Japon) à la suite d’un tsunami a démontré qu’il fallait toujours se préparer aux scénarios les plus noirs.

“Ce rapport n’a pas pour objectif d’inquiéter inutilement les citoyens : les grandes entreprises du nucléaire comme EDF ou Orano, de même que les acteurs étatiques (...) disposent d’un savoir-faire unanimement reconnu”, a déclaré le président de la commission, le centriste Paul Christophe, à la presse.

“Pour autant, en matière, l’expérience prouve que le pire est toujours à redouter”, d’autant plus dans un pays aussi nucléarisé que la France, a-t-il ajouté.

“Nous avons détecté un certain nombre de failles et ces failles, il faut les regarder et y apporter des réponses”, a pour sa part jugé la rapporteure de la commission, l’écologiste et ex-secrétaire d’Etat Barbara Pompili.

DÉPERDITION DES COMPÉTENCES

Les députés soulignent notamment les inconvénients liés à la sous-traitance - selon eux, 80% des tâches dans les centrales sont assurées par des prestataires.

Il en résulte, jugent-ils, une déperdition des compétences chez les exploitants, une dépendance vis-à-vis des entreprises sous-traitantes et une dilution des responsabilités.

Par conséquent, les parlementaires proposent de favoriser la réintégration de certains savoir-faire au sein des exploitants ainsi que la formation de jeunes.

Inquiète des effets du vieillissement du parc français, la commission préconise aussi d’établir un calendrier de fermetures de centrales - un scénario auquel réfléchit le gouvernement dans le cadre de sa future programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) - selon des critères de sûreté et de sécurité.

S’appuyant sur les conclusions d’une étude commandée à l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), elle recommande également d’accorder plus de crédit à l’option d’un refroidissement des déchets à sec, une solution potentiellement plus avantageuse que l’entreposage dans des piscines - la règle aujourd’hui.

Cette formule permettrait d’éviter tout risque dû à la fois à l’alimentation en eau et en électricité et à la trop grande concentration des combustibles usés.

DES “ERREURS FACTUELLES”, SELON EDF

Au-delà, la commission d’enquête attire l’attention des autorités sur les risques sécuritaires, comme le fait régulièrement Greenpeace via, notamment, l’intrusion de militants sur le site de centrales.

Mardi, l’ONG de défense de l’environnement a envoyé un drone s’écraser contre le mur d’une piscine d’entreposage de la centrale EDF de Bugey (Ain), une nouvelle preuve à ses yeux de la vulnérabilité des installations françaises.

Ces coups d’éclats médiatiques sont à l’origine de la création de la commission d’enquête parlementaire.

Pour parer à ce risque, les députés proposent de rendre obligatoire le floutage des centrales sur les photos aériennes mises à disposition du grand public, notamment par Google, et de rendre plus aléatoires les dates, horaires et itinéraires des convois de matières radioactives.

Dans un communiqué publié jeudi, Greenpeace salue la “clairvoyance” des députés sur des sujets qui “depuis des années, avaient été confisqués du débat public par l’industrie nucléaire”.

“La synthèse du rapport ne relève aucun manquement aux obligations incombant à l’exploitant”, note de son côté EDF dans un communiqué.

L’électricien dit avoir relevé “un certain nombre d’erreurs factuelles” et promet d’apporter “les précisions nécessaires” au document d’ici à la fin juillet, après un examen en détail.

“La tonalité négative s’explique probablement par le fait que, grosso modo, près de deux tiers des verbatim qui servent à appuyer le rapport sont extraits d’auditions d’organisations ou de personnalités clairement antinucléaires”, a estimé Dominique Minière, directeur exécutif d’EDF chargé de la direction du parc nucléaire et thermique, lors d’une conférence téléphonique.

Selon ce dernier, les sous-traitants d’EDF se trouvent être, pour une large part, des fabricants de composants et, à ce titre, ils assurent une “maintenance de qualité”.

Le document final a reçu l’approbation de 15 membres de la commission d’enquête. Six autres ne l’ont pas validé et deux se sont abstenus lors du vote.

Pour le vice-président de la commission Julien Aubert (Les Républicains), ce rapport “à charge, aux titres choc, et sans nuance” dénote une forme de “malhonnête intellectuellement” car, dénonce-t-il dans un communiqué, il accorde trop d’importance à la parole des anti-nucléaires. (Simon Carraud avec Benjamin Mallet, édité par Yves Clarisse)

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