July 4, 2018 / 9:07 AM / 3 months ago

La Chine interviendra moins qu'en 2015 pour soutenir le yuan-sources

* La situation n’est pas comparable à celle de 2015-sources

* La baisse du yuan atténue l’impact des tensions commerciales

* Les leçons de la phase de baisse de 2015 ont été tirées

par Kevin Yao

PEKIN, 4 juillet (Reuters) - La Chine n’est pas préoccupée outre-mesure par la dépréciation du yuan et n’interviendra que pour empêcher une baisse trop rapide ou déstabilisante et pour prévenir une perte de confiance durable des marchés, a-t-on appris de trois sources proches des autorités politiques et monétaires.

Le yuan a perdu plus de 3,3% de sa valeur face au dollar en juin, sa plus mauvaise performance mensuelle, une baisse qui rappelle l’épisode de dépréciation marquée traversé en 2015, qui avait forcé la Banque populaire de Chine (BPC) à dépenser plus de 800 milliards de dollars (687 milliards d’euros) pour freiner sa chute.

Après avoir enfoncé mardi le seuil de 6,7 pour un dollar, le yuan a repris quelques couleurs mercredi après des déclarations de la BPC visant à apaiser les marchés, mais les Bourses chinoises ont poursuivi leur repli.

Des traders ont expliqué que des banques publiques, qui agissent parfois pour le compte de la banque centrale, avaient soutenu la monnaie.

Les autorités sont confiantes et pensent qu’elle n’auront pas besoin d’avoir recours massivement aux réserves de change pour défendre le yuan et freiner les sorties de capitaux, ont expliqué les trois sources à Reuters.

Pékin estime avoir tiré les leçons des tensions de 2015 et avoir mis en oeuvre les politiques nécessaires pour prévenir toute déstabilisation du yuan, ont-elles ajouté.

Si l’intervention de la BPC mardi illustre la volonté de redonner un peu de confiance à des marchés préoccupés par les tensions commerciales, les sources expliquent que les autorités sont disposées à tolérer une baisse du yuan qui a l’avantage d’amortir l’impact économique de ces tensions.

“Les responsables politiques et monétaires estiment qu’une certaine dépréciation du yuan est acceptable mais ne veulent pas le voir passer 6,9 (pour un dollar-ndlr). Une dépréciation appropriée de la devise est nécessaire au vu des pressions baissières auxquelles est confrontée l’économie”, a dit l’une des personnes interrogées.

Une autre a estimé qu’il n’y avait “pas de gros problème lié à la dépréciation du yuan”. “Cela pourrait être bénéfique au moment où l’économie ralentit. Nous sommes capables de contrôler les sorties de capitaux. Il n’y a pas besoin d’intervention offensive”, a-t-elle ajouté.

LE CONTRÔLE DES CAPITAUX PLUS STRICT QU’EN 2015

La BPC n’a pas répondu dans l’immédiat aux sollicitations de Reuters sur le sujet.

Les personnes citées, qui ont requis l’anonymat, participent aux débats internes sur la politique monétaire, économique et de changes mais ne prennent pas part aux décisions finales.

Pour freiner la baisse du yuan, Pékin peut notamment recourir aux instruments et mécanismes mis en oeuvre depuis 2015, parmi lesquels figure le “facteur contracyclique” intégré depuis mai 2017 dans la formule servant au calcul quotidien du cours pivot du yuan face au dollar.

Ce facteur a été conçu dans le but de freiner la spéculation et la volatilité de la monnaie.

“Les autorités ont acquis de l’expérience en matière de pilotage de la monnaie”, a assuré une troisième personne, qui conseille le gouvernement. Elle a ajouté s’attendre à une intervention entre 6,7 et 6,8 yuans pour un dollar.

“Pour le moment, la pression n’est pas aussi forte qu’en 2015”, a-t-elle ajouté. “Si la tendance à la dépréciation se poursuit, elles pourraient prendre certaines mesures, y compris en utilisant de nouveau le facteur contracyclique, plutôt que de puiser largement dans les réserves de change.”

Les mesures d’assainissement du secteur financier mises en oeuvre ces dernières années contribuent par ailleurs à limiter les risques d’un emballement des marchés comparable à celui observé en 2015, notent plusieurs observateurs.

Pour Mahamoud Islam, économiste senior d’Euler Hermes en charge de la région Asie-Pacifique et basé à Hong Kong, les autorités chinoises “peuvent réintroduire le facteur contracyclique, elles peuvent resserrer le contrôle des flux de capitaux, au final elles peuvent même utiliser une petite partie des réserves de change (...) mais cette fois-ci, c’est différent parce qu’il y a déjà une régulation stricte des sorties de capitaux”. (Avec Marius Zaharia; Marc Angrand pour le service français, édité par Bertrand Boucey)

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