June 29, 2018 / 1:55 PM / 5 months ago

L'accord de Bruxelles sur les migrants, un répit pour Merkel

par Thomas Escritt et Noah Barkin

BERLIN/BRUXELLES, 29 juin (Reuters) - L’accord européen sur les migrants conclu dans la nuit de jeudi à vendredi à Bruxelles, aussi flou soit-il, accorde un répit à la chancelière Angela Merkel confrontée depuis plusieurs semaines à la fronde de ses alliés chrétiens-sociaux bavarois, qui exigent un durcissement de la politique migratoire en Allemagne.

L’accord trouvé au bout de la nuit explore notamment la piste de “plates-formes régionales de débarquement” dans des pays tiers et prévoit sur la base du volontariat la création de “centres contrôlés” sur le sol européen pour étudier au cas par cas les demandes d’asile.

Le président de l’Union chrétienne-sociale (CSU) Horst Seehofer, également ministre allemand de l’Intérieur, et le ministre-président de Bavière, Markus Söder, qui ont jeté le gant à Angela Merkel sur cette question migratoire, n’ont pas pour l’instant réagi au compromis trouvé à Bruxelles.

Un autre responsable de la CSU, le député Hans Michelbach, a souligné que tout dépendrait des conditions de mise en place effective des “plates-formes de débarquement” mais a estimé que cette nuit un pas avait été fait “dans la bonne direction”.

Il a ajouté que son parti voulait poursuivre sa collaboration avec l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière, dans le cadre de la “grande coalition” entre conservateurs et sociaux-démocrates du SPD reconstituée en mars dernier.

“L’alliance avec la CDU est une priorité absolue”, a dit Hans Michelbach à la chaîne de télévision ARD.

Horst Seehofer et Angela Merkel vont s’entretenir du résultat du sommet européen et la direction de la CSU doit se réunir dimanche pour se prononcer officiellement sur l’accord migratoire.

Pour la plupart des analystes, la chancelière a réussi, au moins pour un temps, à désamorcer la crise. Elle a fait “juste ce qu’il fallait” pour calmer ses alliés bavarois et éviter un éventuel éclatement de la coalition, estime Carsten Nickel, analyste à Teneo Intelligence.

“UN PAS DANS LA BONNE DIRECTION”

Mais ce dossier migratoire va certainement rester au centre des discussions jusqu’aux élections régionales bavaroises du 14 octobre, où la CSU craint de voir son influence rognée par le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD).

En commentant cette nuit l’accord trouvé à Bruxelles, Angela Merkel a cependant reconnu qu’il restait “beaucoup à faire” pour rapprocher les points de vue entre les Vingt-Huit.

Vendredi après-midi, à l’issue du Conseil européen, elle a parlé d’”un pas dans la bonne direction”. L’établissement de “plates-formes de débarquement”, a-t-elle ajouté, dépendra toutefois de l’accord des pays tiers hors UE et d’une implication du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Angela Merkel a déclaré que les Grecs et les Espagnols, mais pas les Italiens, s’étaient dits prêts à reprendre des migrants qui s’étaient d’abord enregistrés chez eux, comme l’exige la CSU. Elle a ajouté qu’elle entendait réformer la législation allemande du droit d’asile pour faciliter et accélérer les expulsions des personnes déboutées de leur demande.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a lui aussi admis que la mise en oeuvre de l’accord serait “difficile”.

Selon un sondage Forsa rendu public lundi dernier, la CSU a perdu 2% dans les intentions de vote pour l’élection d’octobre en Bavière, alors que l’AfD en a gagné 3.

La CSU est créditée de 40% des suffrages, son pire résultat depuis sa création. En février dernier, Forsa lui donnait 42% des voix. Le parti AfD est crédité de 13% des voix, contre 10% en février.

Selon ce sondage, les Grünen (Verts) arrivent eu deuxième position derrière la CSU, avec 14% des intentions de vote.

Le Parti social démocrate (SPD), partenaire de la coalition gouvernementale au niveau fédéral avec la CDU et la CSU, est crédité de 13% des voix, comme l’AfD.

Faute d’un arrangement au niveau européen sur les migrants, Horst Seehofer a menacé d’expulser d’Allemagne, à compter de juillet, les migrants déjà enregistrés dans un autre pays de l’UE. (Avec Riham Alkousaa; Guy Kerivel pour le service français)

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