June 26, 2018 / 3:29 PM / 2 months ago

GRAPHES-Tensions sur le crédit, un avertissement pour les actions

par Jamie McGeever

LONDRES, 26 juin (Reuters) - La règle veut que les marchés du crédit devancent les marchés d’actions et si elle reste valide, le second semestre s’annonce agité sur les Bourses mondiales.

Les indices Dow Jones et S&P 500 des valeurs américaines ont repris pied au cours des dernières semaines après la correction du début du mois de février et pratiquement retrouvé leurs pics de la fin janvier. Le Nasdaq composite a de son côté établi de nouveaux records.

Mais la dégradation des marchés du crédit se poursuit sans relâche.

L’endettement des entreprises non-financières américaines est au plus haut aussi bien en montant brut que rapporté au produit intérieur brut. Si les taux de défaut demeurent faibles, la perspective d’une poursuite des relèvements de taux par la Réserve fédérale risque de les pousser à la hausse.

Le marché du crédit est sous pression avec la normalisation de la politique monétaire américaine. Le rendement global de l’indice des obligations d’entreprise en catégorie d’investissement est négatif de 3,4% depuis le début de l’année et pourrait connaître sa plus mauvaise performance annuelle depuis 1996, prévient Morgan Stanley.

La hausse des taux d’intérêt et des rendements obligataires ainsi que l’écartement des spreads de crédit a ramené l’indice au niveau de 100, une première depuis 2009. Les marchés émergents sont aussi vulnérables à la hausse des taux américains et au renforcement du dollar qui en résulte, en particulier les entreprises chinoises, lourdement endettées.

Les rendements des obligations d’entreprises européennes, tirés vers le bas par les achats d’actifs de la Banque centrale européenne, ont atteint ce mois-ci un plus haut de deux ans.

La BCE a annoncé le 14 juin l’arrêt à la fin de l’année de son programme d’achats nets d’actifs.

Les investisseurs continuent de se désengager des marchés du crédit et les fonds d’investissement collectifs dédiés aux obligations en catégorie d’investissement ont enregistré des rachats sur cinq semaines consécutives tandis que ceux investis en obligations spéculatives en sont à leur 32e semaine consécutive de sorties nettes.

“Le pic du cycle du marché du crédit est dépassé et le crédit est en avance sur les actions pour annoncer le mûrissement du cycle”, relèvent les analystes de TS Lombard dans un note récente.

Autant de signaux potentiellement inquiétants à ce stade du cycle économique comme celui des marchés. La phase de reprise actuelle est la plus longue, à défaut d’être la plus vigoureuse, depuis la Seconde guerre mondiale et Wall Street n’est qu’à trois mois du plus long marché haussier que la Bourse américaine ait connu jusqu’à présent.

Avec la maturation du cycle économique, la poursuite de la hausse des marchés d’actions est souvent obtenue par une augmentation de l’endettement, qui se traduit par un écartement des spreads, qui finit par rattraper les actions quand l’économie cale voire entre en récession.

Alors que l’économie américaine entre dans sa dixième année consécutive d’expansion, l’endettement des entreprises croît plus rapidement que leurs revenus.

A la fin 2007, peu avant le déclenchement de la grande crise financière de 2008-2009, l’endettement des entreprises non-financières américaines s’élevait à 3.350 milliards de dollars, soit 23% du PIB, selon des données de la Réserve fédérale de St. Louis.

A la fin 2016, il atteignait 5.800 milliards de dollars et 31% du PIB. Il dépasse actuellement les 6.000 milliards de dollars.

Rien d’étonnant à cela après une phase d’assouplissement quantitatif qui a ramené les taux à des niveaux proches de zéro voire les a fait passer en territoire négatif dans l’espoir de relancer l’activité en encourageant l’endettement.

Mais les ratios d’endettement sont désormais supérieurs à leur moyenne de long terme. A la fin de l’année dernière, la quasi-totalité des secteurs d’activité aux Etats-Unis affichaient des ratios d’endettement supérieurs à la moyenne des 20 dernières années, à l’exception des entreprises industrielles, selon la Société générale.

“C’est un phénomène classique de fin de cycle où les entreprises prennent des initiatives qui sont favorables pour les actionnaires et pas si bonnes pour les investisseurs obligataires”, a dit Matt King, analyste chez Citi.

Avec la maturation du cycle, les dirigeants d’entreprise font des rachats d’actions et des opérations de fusions-acquisitions les moteurs de la hausse des valorisations en Bourse.

Les rachats d’actions et les opérations de fusions-acquisitions sont généralement financés en cash et par endettement, soutenant le cours des actions mais détériorant la qualité de crédit des entreprises.

Le secteur des technologiques fait toutefois exception dans le cycle actuel affichant une trésorerie nette positive grâce aux montagnes de cash accumulées par des géants comme Apple, Microsoft ou Amazon.

Marc Joanny pour le service français, édité par Blandine Hénault

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below