June 27, 2018 / 10:25 AM / 3 months ago

ENTRETIEN MARCHÉS-La volatilité n'arrêtera pas les ETF, assure BlackRock

* Les ETF affrontent un environnement de marché plus complexe

* Leur comportement dans un marché baissier pose question

* La croissance devrait se poursuivre sur le long terme

* BlackRock prédit un encours de $12.000 milliards en 2023

par Patrick Vignal

PARIS, 27 juin (Reuters) - Les fonds indiciels cotés (exchange-traded funds/ETF) ont ralenti leur envol dans des conditions de marché plus difficiles mais BlackRock, leader mondial de la gestion d’actifs et numéro un sur ces produits, assure que rien n’arrêtera la progression de ces nouvelles stars de la finance.

“Le premier trimestre a été solide mais le deuxième trimestre a été plus lent en termes de flux nets, notamment parce que beaucoup d’investisseurs, en particulier en Europe, ont opté pour le cash, ce qui n’est pas propre aux ETF”, déclare à Reuters Stephen Cohen, le responsable d’iShares (les ETF de BlackRock) pour la région EMEA.

Simples, abordables, transparents et gérés de manière passive, c’est-à-dire automatisée, les ETF, des fonds cotés en Bourse et adossés à un indice dont ils ont pour objectif de répliquer la performance, agacent certains tenants de la gestion active qui les accusent de perturber les marchés, voire de tuer l’investissement.

Portés l’an dernier par un climat idéal marqué par la progression de toutes les classes d’actifs dans des niveaux de volatilité à des creux historiques, les ETF souffrent un peu plus cette année, comme tous les produits concurrents, reconnaît Stephen Cohen.

“Nous voyons davantage de volatilité et de dispersion des actifs mais en même temps, 2017 a été une année exceptionnelle, certainement l’une des meilleures que nous ayons eues depuis des décennies”, dit-il. “Nous devons nous habituer à avoir une année 2018 un peu plus normale”.

Le contexte actuel favorise a priori la sélection de titres par les gérants actifs en fonction de leurs convictions dans le but de battre un indice de référence, soit, dans le jargon de la finance, de générer de l’alpha, admet-il.

“Est-ce que cela crée des opportunités pour les gérants qui sélectionnent les actions et les obligations de générer de l’alpha ? Oui, il pourrait y avoir davantage d’opportunités pour eux et s’ils offrent plus d’alpha, les gens paieront pour cela”, dit-il.

“UNE TENDANCE LOURDE”

Mais davantage de volatilité signifie également davantage de dispersion et de rotation au sein des différentes classes d’actifs, toutes choses pour lesquelles les ETF ont leur utilité, tempère Stephen Cohen.

“L’idée selon laquelle s’il y a davantage de volatilité, plus personne n’utilisera les ETF, est fausse”, dit-il. “Leur croissance est une tendance lourde alimentée par l’évolution de la pensée vers l’allocation d’actifs plutôt que l’opposition entre gestion active et passive.”

Si la gestion dite active conserve une longueur d’avance, un net mouvement de collecte sur les fonds indiciels et de décollecte sur les fonds actifs suggère que les premiers devraient bientôt rejoindre les seconds, voire les dépasser.

L’encours total des “trackers”, comme on appelle encore les ETF, devrait atteindre 5.000 milliards de dollars cette année et 12.000 milliards de dollars en 2023, selon les prévisions de BlackRock.

Ces fonds continuent cependant de faire débat, leurs adversaires les accusant d’amplifier les mouvements de marché, des critiques visant en particulier certaines versions exotiques, notamment les fonds indiciels avec effet de levier, dont plusieurs ont coulé à pic lors de la correction de février.

“Nous avons toujours dit que les ETF à effet de levier, à plus forte raison inversé, sont des choses que nous ne faisons pas et n’avons pas l’intention de le faire”, dit Stephen Cohen. “Nous ne voulons pas voir des produits risqués dégrader l’image des ETF. Nous pensons, et les gens sont de plus en plus d’accord avec nous, que les ETF sont de bons produits qui sont de plus en plus utiles aux investisseurs pour construire des portefeuilles plus efficaces et à moindre coût”.

PAS ENCORE D’EFFET MIFID II

L’un des atouts majeurs des ETF est en effet la modération et la transparence de leurs coûts, un aspect au coeur de la directive européenne MiFID II, entrée en vigueur en janvier, sans effet majeur pour l’instant sur la croissance des produits indiciels, selon Stephen Cohen.

“MiFID II marque un tournant pour une prise de conscience en matière de coûts et de transparence ainsi que pour la nécessité pour chacun de revoir ses modèles mais les vrais effets en termes de flux ne se feront sentir que dans un an ou deux”, dit-il.

Parfaitement adaptés à un marché haussier, les ETF auront peut-être plus de mal à gérer la phase baissière qui paraît se profiler.

“Il est très difficile de dire ce qu’il va se passer en cas de correction ou de marché baissier”, dit Stephen Cohen, qui rappelle que les fonds indiciels, alors tout jeunes, avaient été plébiscités dans le sillage de la crise financière de 2007-2008.

“S’il y avait une forte baisse du marché et une forte poussée de la volatilité, on pourrait voir une forte augmentation pour les ETF et on pourrait voir le contraire”, ajoute-t-il.

“C’est très dur à dire mais je pense que quel soit le mouvement du marché, tout impact serait temporaire et ne changerait pas la tendance de long terme en faveur de la croissance des ETF.”

édité par Blandine Hénault

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