May 9, 2018 / 12:46 PM / 6 months ago

SYNTHESE-Face à Trump, les autres signataires veulent sauver l'accord de Vienne

* Trump a dénoncé un “abominable accord unilatéral”

* De nouvelles sanctions peut-être dès la semaine prochaine

* La France assure que le pacte de 2015 n’est pas mort

* L’Iran dénonce l’”erreur” et les “mensonges” du président américain

* Satisfaction en Israël et en Arabie saoudite

* L’AIEA réaffirme que Téhéran respecte l’accord de Vienne

* Quelles conséquences économiques pour l’Europe ?

par Yara Bayoumy et Brian Love

WASHINGTON/PARIS, 9 mai (Reuters) - Les pays européens s’efforçaient mercredi d’afficher leur unité et de défendre l’accord international de juillet 2015 sur le nucléaire iranien, dénoncé la veille par le président américain Donald Trump qui a décidé de rétablir les sanctions contre Téhéran.

“Je crois qu’aujourd’hui nous sommes à un moment historique pour l’Europe. L’Europe est en charge de garantir cet ordre multilatéral que nous avons créé à la fin de la Deuxième Guerre mondiale et qui est parfois aujourd’hui bousculé”, a déclaré le président français Emmanuel Macron lors d’un entretien accordé à la chaîne de télévision allemande ARD.

Le chef de l’Etat s’est entretenu dans l’après-midi un entretien avec son homologue iranien Hassan Rohani et les chefs de la diplomatie de France, d’Allemagne et du Royaume-Uni rencontreront lundi des représentants iraniens.

Emmanuel Macron et le président iranien Hassan Rohani sont convenus mercredi, lors d’un entretien téléphonique, de poursuivre leur travail en commun en vue de la mise en oeuvre continue de l’accord sur le nucléaire de 2015 et de la préservation de la stabilité régionale, rapporte l’Elysée.

Hassan Rohani, selon l’agence de presse Isna, a pour sa part prévenu à son homologue français que l’Europe ne disposait que d’une “occasion très limitée” de préserver l’accord de Vienne.

“Dans les circonstances actuelles, l’Europe a une occasion très limitée de préserver l’accord nucléaire et les Européens doivent, aussi vite que possible, clarifier leur position et spécifier et annoncer leurs intentions au sujet de leurs obligations”, a-t-il dit.

Ces efforts diplomatiques n’ont pas troublé la Maison blanche qui a prévenu dans la soirée que de nouvelles sanctions américaines pourraient être annoncées dès la semaine prochaine.

“Nous sommes engagés à 100% pour faire en sorte que l’Iran ne puisse jamais se doter d’armes nucléaires”, a déclaré la porte-parole de la présidence, Sarah Sanders.

“Nous allons continuer d’exercer la pression maximale, (de leur imposer des sanctions énormes. Toutes les sanctions qui étaient en place avant l’accord seront rétablies et nous nous préparons à en ajouter de nouvelles et elles pourraient intervenir dès la semaine prochaine”, a-t-elle ajouté.

Le guide suprême de la Révolution iranienne, l’ayatollah Ali Khamenei, qui n’a jamais caché sa défiance envers les Etats-Unis, a accusé le président américain de mentir. “Monsieur Trump, je vous le dis au nom du peuple iranien: vous avez commis une erreur”, a-t-il lancé dans une déclaration mise en ligne mercredi.

Au Majlis, le Parlement iranien, des députés conservateurs ont symboliquement brûlé un drapeau américain et une copie de l’accord de Vienne, en scandant “Mort à l’Amérique !”.

Hassan Rohani a assuré dès mardi soir dans une allocution télévisée que son pays souhaitait continuer à respecter l’accord.

“J’ai donné pour consigne au ministère des Affaires étrangères de négocier avec les pays européens, la Chine et la Russie dans les semaines à venir. Si, au bout de cette courte période, nous concluons que nous pouvons pleinement bénéficier de l’accord avec la coopération de tous les pays, l’accord restera en vigueur”, a-t-il dit.

Il a cependant ajouté que Téhéran était prêt à reprendre ses activités nucléaires si les intérêts iraniens n’étaient pas garantis.

POUR ISRAËL, UNE DÉCISION “JUSTE ET COURAGEUSE”

Israël, pour sa part, a salué la décision “juste et courageuse” de Donald Trump. L’accord de Vienne était la meilleure “recette pour une catastrophe”, a estimé le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

L’Arabie saoudite, ennemie jurée de l’Iran chiite dans la région, et ses alliés des monarchies du Golfe se sont également réjouis du retrait américain de l’accord de Vienne.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), organe de contrôle de l’Onu, a redit que l’Iran respectait les dispositions du PAGC (Plan d’action global conjoint), la dénomination officielle de l’accord conclu à Vienne le 14 juillet 2015 entre l’Iran et les puissances du P5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne + Allemagne).

L’Union européenne a souligné qu’elle continuerait à respecter l’accord en s’assurant qu’aucune des sanctions européennes levées depuis son entrée en vigueur ne soit rétablie.

Parmi les signataires européens de l’accord, outre la France, l’Allemagne, par la voix de la chancelière Angela Merkel, a dit prendre acte de la décision américaine avec “regret et inquiétude”.

Le chef de la diplomatie britannique, Boris Johnson, a assuré que Londres respecterait l’accord de Vienne tant que Téhéran s’y conformerait et a demandé aux Etats-Unis d’exposer leur vision d’un futur accord négocié avec Téhéran.

CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES

Paris, Berlin et Londres s’inquiètent des conséquences du retrait américain sur leurs relations économiques avec l’Iran. Le nouvel ambassadeur américain à Berlin a estimé que les entreprises allemandes devaient cesser immédiatement leurs activités en Iran.

Les Etats-Unis vont retirer à Airbus et à Boeing les autorisations de vendre des avions de ligne à l’Iran, a déclaré dès mardi le secrétaire américain au Trésor, Steve Mnuchin. et

La France et les Européens vont “tout faire” pour protéger les intérêts de leurs entreprises, ont toutefois assuré des sources à l’Elysée.

Pour le ministre français de l’Economie, Bruno Le Maire, il n’est “pas acceptable” que les Etats-Unis se posent en “gendarme économique de la planète”.

Des groupes européens comme PSA, Airbus et Siemens ont dit suivre de très près la situation.

Le président russe Vladimir Poutine, dont le pays est également signataire de l’accord, s’est dit “profondément préoccupé” par la décision de Donald Trump.

La Chine, septième pays signataire du pacte, a dit qu’elle défendrait l’accord de Vienne et a demandé à toutes les parties d’adopter “une attitude responsable”.

Pour un diplomate occidental, la décision de Trump va surtout pénaliser les alliés européens des Etats-Unis.

En vertu de l’accord de 2015, Téhéran a accepté de réduire ses activités nucléaires et d’ouvrir ses sites aux inspections de l’AIEA en échange d’une levée progressive de la majeure partie des sanctions internationales qui le visaient.

Avec Steve Holland, Tim Ahmann, Makini Brice, Warren Strobel, Jonathan Landay, Arshad Mohammed, Patricia Zengerle, David Lawder, Mohammad Zargham, Ayenat Mersie, Sybille de La Hamaide, John Irish, Tim Hepher, Parisa Hafezi, David Milliken, Bozorgmehr Sharafedin et Andrew; Guy Kerivel, Nicolas Delame et le bureau de Paris pour le service français

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