May 11, 2018 / 11:39 AM / 3 months ago

POINT HEBDO-Les marchés d'actions résistent mais les menaces se précisent

* Donald Trump entretient les tensions géopolitiques

* Les pressions inflationnistes toujours présentes

* La divergence monétaire plus que jamais d’actualité

* Les actions résistent plutôt bien pour l’instant

* Les marchés émergents commencent à souffrir

par Patrick Vignal

PARIS, 11 mai (Reuters) - Les actions gardent la tête hors de l’eau malgré le dernier coup d’éclat en date de Donald Trump mais pourraient souffrir dans un avenir proche de la montée des tensions géopolitiques ainsi que du survol des marchés par deux spectres familiers: les pressions inflationnistes et la divergence entre les politiques monétaires des grandes banques centrales.

Le choix de Donald Trump de retirer les Etats-Unis de l’accord sur le programme nucléaire iranien et de rétablir les sanctions américaines contre Téhéran n’a eu pour l’instant que peu d’effet sur les indices boursiers.

Il a en revanche fait grimper les prix du pétrole, qui ont renoué avec leur niveaux de fin 2014 avec un baril de Brent au-dessus de 77 dollars.

Les cours du brut ont soutenu globalement les actions, permettant à l’indice MSCI des Bourses mondiales de repasser jeudi en territoire positif pour 2018.

La hausse des prix du pétrole réveille aussi la crainte d’une accélération de l’inflation au moment où les effets de la normalisation monétaire en cours aux Etats-Unis commencent à se faire sentir avec la remontée du dollar et des rendements obligataires, même si elle subit des pauses, comme après les derniers chiffres de l’inflation, jugés rassurants.

Le rendement à dix ans américain a ainsi touché à nouveau mercredi 3%, un seuil symbolique qu’il avait déjà franchi le 24 avril dernier pour la première fois depuis janvier 2014, avant un reflux sans doute temporaire.

Les prix n’accélérant pas trop brutalement aux Etats-Unis et les salaires refusant toujours de décoller malgré un marché du travail qui se tend, la Réserve fédérale devrait rester prudente sur la voie du resserrement, pensent les observateurs, qui reconnaissent toutefois que la situation pourrait évoluer rapidement.

LA BCE FREINÉE DANS SES ARDEURS

“La Réserve fédérale a tous les arguments pour poursuivre son resserrement monétaire graduel mais la persistance d’une hausse des prix du pétrole ou un changement dans les anticipations d’inflation des agents économiques pourrait changer la donne”, écrit ainsi Alain Henriot dans la dernière lettre hebdomadaire de LBPAM.

En Europe, où le cycle économique est moins avancé qu’aux Etats-Unis, les signes d’un tassement de la croissance se multiplient, alimentant les doutes sur la capacité de la BCE à commencer la normalisation de sa politique monétaire dès cette année.

Dans ce contexte, la première estimation de la croissance dans la zone euro au premier trimestre, mardi, puis les chiffres définitifs de l’inflation dans l’union monétaire sur les trois premiers mois de l’année, le lendemain, seront très suivis sur les marchés.

Selon des analystes, le marché n’anticipe désormais qu’un relèvement de dix points de base du taux de dépôt de la BCE, actuellement à -0,4%, d’ici à juin 2019, alors que la Fed devrait relever le taux des Fed funds d’au moins trois quarts de point avant fin 2018.

Le thème de la divergence monétaire, la Réserve fédérale poursuivant son resserrement alors que la BCE semble réticente à lui emboîter le pas, est donc bel et bien de retour dans l’actualité. Il vient d’être alimenté en outre par la Banque d’Angleterre, qui a dit jeudi vouloir attendre avant de relever ses taux.

La divergence entre les cycles des deux grands banques centrales fait l’objet de débats souvent contradictoires entre les analystes, qui s’accordent toutefois à lui prêter des effets significatifs sur les flux de capitaux et la valorisation des actifs à l’échelle mondiale, avec les marchés émergents en première ligne.

Pour en revenir aux prix, leur dynamique évolue, s’éloignant de la reflation vers la reprise de l’inflation, avec un effet négatif à craindre sur le cycle économique, soulignent les experts de Morgan Stanley dans une note sur les perspectives pour le marché actions américain.

Les indices des prix à la production et à la consommation aux Etats-Unis pour le mois d’avril publiés respectivement mercredi et jeudi n’ont pourtant pas montré de surchauffe, apaisant pour un temps ces inquiétudes.

À tort, selon les stratégistes de LBPAM Hervé Goulletquer et Stéphane Déo.

“Le marché a pris ces chiffres comme une déception, certes mineure, et la tendance à la baisse des taux longs depuis mercredi s’est accentuée”, constatent-ils. “Nous avons une lecture différente. Les effets de base restent importants et les chiffres les plus récents montrent une nette accélération de l’inflation.”

“Il est donc probable que l’inflation atteigne les 3% cet été, ce qui ne semble pas être anticipé par les marchés.”

COMME UN PARFUM DE FIN DE CYCLE

Le pessimisme des deux hommes est partagé par leurs homologues de Morgan Stanley, pour lesquels il flotte déjà comme un parfum de fin de cycle sur le marché actions américains, avec la perspective d’une volatilité accrue et de performances en baisse.

“Les marchés vont commencer à envisager un pic pour la croissance des bénéfices et une détérioration des conditions financières”, écrivent-t-ils dans une note.

Les signaux d’une contraction des ratios cours/bénéfices, d’une hausse des taux, de la remontée de la volatilité sur les changes comme les actions et d’un resserrement des spreads de crédit sont déjà présents, écrivent-ils avant de prédire une fin de cycle moins éloignée que ne le pensent la majeure partie des intervenants de marché.

Dans ce contexte, les investisseurs éplucheront soigneusement dans les jours qui viennent une série de résultats trimestriels d’entreprises, américaines comme Home Depot, Walmart et Cisco Systems, et européennes avec notamment au menu Allianz, Commerzbank, Crédit agricole, Thyssenkrupp, Engie , Vodafone, Vivendi et Telecom Italia .

Si les marchés développés bénéficient encore d’un sursis avant un ralentissement attendu pour 2019 par de plus en plus d’analystes pour 2019, les économies émergentes, très exposées à la hausse des taux et du dollar, sont déjà, pour certaines d’entre elles, frappées de plein fouet, comme l’Argentine, qui vient de faire appel au Fonds monétaire international pour stabiliser ses finances, et la Turquie, où la livre a touché un plus bas historique face au dollar.

La divergence entre les deux rives de l’Atlantique n’est pas que monétaire mais aussi diplomatique puisque l’Union européenne a affirmé qu’elle continuerait à respecter l’accord sur le programme nucléaire iranien et qu’aucune des sanctions européennes levées depuis son entrée en vigueur ne serait rétablie.

En ce qui concerne le rétablissement des sanctions américaines, les secteurs de l’énergie mais aussi de l’aéronautique et de l’automobile pourraient bientôt en ressentir les effets et les tensions pourraient s’aggraver encore entre l’Iran et Israël, le tout menaçant d’affecter dans un futur proche les marchés d’actions, commente Norihiro Fujito, responsable de la stratégie d’investissement pour Mitsubishi UFJ Morgan Stanley Securities.

“A très court terme, l’impact de la montée des tensions géopolitiques paraît se limiter au marché pétrolier mais ce n’est pas la fin de l’histoire”, dit-il.

Voir aussi:

*La hausse du dollar change la donne pour les émergents-IIF

édité par Marc Angrand

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