May 4, 2018 / 11:11 AM / 2 months ago

BILAN-Un an après son élection, Macron a encore tout à prouver

* Des réformes tous azimuts dont les Français attendent les fruits

* Une forte ambition européenne, contrariée et contestée

* Un activisme diplomatique en manque de résultats

par Jean-Baptiste Vey

PARIS, 4 mai (Reuters) - Emmanuel Macron a voulu reléguer ses prédécesseurs dans les livres d’Histoire lors d’une première année bouillonnante à l’Elysée mais l’outsider de 2017 a encore tout à prouver en France, en Europe et à l’international.

Le plus jeune président de la Ve République a lancé une rafale de réformes économiques et sociales, dont les fruits n’apparaissent pas clairement et qui ont braqué une partie de la population contre lui.

Il a promis de “refonder l’Europe” mais ses propositions se heurtent aux réticences de plusieurs Etats membres, des conservateurs allemands et des institutions européennes, et il a essuyé plusieurs revers.

Il a noué des liens forts avec Donald Trump et Vladimir Poutine mais les tensions mondiales n’ont pas baissé et les assurances qu’il a obtenues en Chine ou en Inde doivent encore se traduire en actes.

Un an après son élection, le vainqueur de Marine Le Pen conserve le soutien des trois quarts de ses électeurs du premier tour mais deux tiers des Français se disent déçus par son action, selon un sondage Ipsos diffusé mercredi.

Sa majorité reste soudée, même si des fissures sont apparues lors de l’examen du projet de loi asile et immigration, et l’horizon est vierge de scrutin important jusqu’aux élections européennes de mai 2019.

Ce premier anniversaire intervient dans un climat tendu : la grève des cheminots entre dans son deuxième mois, l’occupation de sites universitaires se poursuit, la manifestation du 1er-Mai a donné lieu à des violences à Paris et les personnels de santé continuent d’alerter sur leurs conditions de travail.

Celui qui se dit enfant “d’une forme de brutalité de l’Histoire, d’une effraction parce que la France était malheureuse et inquiète” a promis de continuer à réformer au même rythme, persuadé que seuls des résultats concrets permettraient de convaincre des Français rétifs au changement.

LES FRANÇAIS ATTENDENT DES RÉSULTATS

Une batterie d'indicateurs analysés par Reuters au tournant de cette première année montre des effets positifs de l'action de l'exécutif sur l'entrepreunariat et le marché du travail. La compétitivité de la France ou le revenu disponible des travailleurs sont en revanche quasiment inchangés. tmsnrt.rs/2JH3um9

Les économistes soulignent parallèlement que l’accélération de l’économie française et le recul du taux de chômage depuis un an s’expliquent avant tout par la conjoncture mondiale favorable.

Emmanuel Macron et ses proches ont prévenu que les réformes engagées pour redresser l’économie mettraient au moins 18 mois à produire leurs effets et ses équipes assurent ne viser aucun objectif de court terme, aucune échéance électorale.

Il s’agit, explique-t-on à l’Elysée, de corriger les problèmes profonds de l’économie française, d’améliorer son potentiel de croissance en jouant sur tous les leviers, l’attractivité, la souplesse ou la formation.

“Le diagnostic du président n’a pas changé : l’économie française souffre de faiblesses structurelles”, ajoute-t-on. “C’est tout le modèle économique et social des 50 dernières années qu’il s’agit d’ajuster aux réalités d’aujourd’hui.”

En l’absence d’amélioration spectaculaire de la situation des Français - le nombre de demandeurs d’emploi dépasse toujours largement 3 millions et la baisse annoncée des prélèvements a été freinée par les contraintes budgétaires - certaines mesures ont avivé les tensions.

La hausse de la CSG payée par les retraités a provoqué la colère d’une partie d’entre eux et le recentrage de l’ISF sur l’immobilier a été perçu par de nombreux Français comme un cadeau de plusieurs milliards d’euros aux plus riches.

Selon un sondage BVA diffusé vendredi, 84% des Français ont le sentiment de ne pas bénéficier de la politique menée par Emmanuel Macron et Edouard Philippe.

Et pour près des trois quarts, cette politique est socialement injuste, selon un sondage Odoxa publié jeudi.

Avec des syndicats échaudés par l’intransigeance du couple exécutif lors des ordonnances travail et par les projets de réformes de l’assurance chômage et de la formation professionnelle, le terrain s’annonce compliqué pour le prochain très grand chantier du quinquennat : la réforme systémique des retraites annoncée pour 2019.

EUROPE : UNE ÉPREUVE DE PATIENCE

Sur le front européen, cette première année s’est transformée en épreuve de patience pour Emmanuel Macron.

Pressé de “refonder” une Europe qu’il juge somnolente, pour faire reculer les populismes et traiter d’égal à égal avec les Etats-Unis ou la Chine, le président français s’est heurté à un calendrier politique hostile chez ses principaux partenaires.

Alors qu’il s’était engagé dès juin avec Angela Merkel à présenter une feuille de route de réformes de l’Union et de la zone euro, les négociations pour former un gouvernement à Berlin ont embourbé ces discussions pendant cinq mois. Et c’est désormais à Rome que le gouvernement est aux abonnés absents.

La feuille de route franco-allemande est maintenant attendue pour le Conseil européen de fin juin et son périmètre est nettement plus restreint que les ambitions affichées lors du discours d’Emmanuel Macron à la Sorbonne en septembre.

“Nous croyons dans l’Europe, elle ne change pas du jour au lendemain mais nous avançons sur ce chemin exigeant, ambitieux, pour la rebâtir et lui redonner de l’ambition”, a expliqué le président mercredi devant la communauté française d’Australie.

Retardé par les législatives allemandes, Emmanuel Macron est désormais contraint par l’approche du scrutin européen qui grippera le processus de réformes pendant plusieurs mois.

La feuille de route devrait donc se concentrer sur l’achèvement de chantiers en cours : union bancaire, marché des capitaux et réforme du Mécanisme européen de stabilité (MES).

Le président souhaite cependant qu’un de ses projets phares soit mentionné, une “capacité budgétaire” de la zone euro, chiffon rouge pour une partie de la droite allemande, ainsi que le développement des capacités européennes pour l’innovation.

“Il n’y a aucun espace monétaire au monde qui fonctionne (...) sans une capacité budgétaire qui permette l’investissement, la convergence et la stabilisation en cas de crise”, a-t-il proclamé le mois dernier au Parlement européen.

L’entourage d’Emmanuel Macron assure n’avoir jamais imaginé que son enthousiasme suffirait pour réformer l’Europe en un an. Quant aux obstacles, “c’est le propre d’une négociation : on n’est pas seul à décider”, plaisante-t-on.

Si ses efforts pour voir des listes transnationales aux élections européennes l’an prochain ont échoué, il a obtenu un durcissement des règles du travail détaché qui semblait impossible il y a un an, ajoute-t-on.

Un nouveau défi a surgi mercredi avec la proposition de la Commission de baisser de 5% le budget de la Politique agricole commune (Pac) sur la période 2021-2027, un recul contre lequel le président français avait par avance promis de lutter.

ACTIVISME À L’INTERNATIONAL

Emmanuel Macron a résumé en Australie son ambition à l’international : redonner à la France “une place dans le concert des nations, nous sommes en train de le faire”.

Après avoir convenu avec Angela Merkel, dès son entrée à l’Elysée, d’avancer main dans la main sur tous les sujets vitaux, il a rapidement tenté de nouer une relation de proximité avec Donald Trump. Et semble avoir réussi.

La semaine dernière, Donald Trump lui a fait l’honneur de la première visite d’Etat de son mandat, qui a donné lieu à de nombreux gestes de complicité.

Mais les experts notent qu’Emmanuel Macron n’a pas davantage réussi à faire bouger Donald Trump sur d’importants contentieux - l’accord de Paris sur le climat, le nucléaire iranien ou l’exemption définitive des droits de douane sur l’acier et l’aluminium - qu’Angela Merkel, dont la relation avec le président américain est nettement plus froide.

Deux semaines après son investiture, le président français a eu un premier tête-à-tête musclé avec Vladimir Poutine, inaugurant une relation tendue par le conflit en Ukraine et le soutien russe au président syrien Bachar al Assad.

Un an plus tard, le pouvoir de l’Etat islamique en Syrie a été réduit à presque rien par la coalition militaire à laquelle participe la France. Mais le régime syrien est renforcé et les tentatives de négociations politiques poussées par le président français sont au point mort.

En Chine en janvier, il a obtenu l’assurance que Pékin jouerait un rôle stabilisateur face aux grandes crises mais les preuves de la volonté chinoise d’ouvrir davantage son marché et de rééquilibrer les échanges bilatéraux restent à apporter.

Sur le front des contrats, des autorisations d’exporter, du développement des services financiers ou de la participation au projet de nouvelle route de la Soie, d’importants jalons ont été posés. Une bonne partie de ces avancées reste cependant à acter. (Edité par Yves Clarisse)

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