April 9, 2018 / 1:49 PM / 2 months ago

Dette-Le BTP se ménage des opportunités face à la hausse des taux

* Degroof appelle les entreprises à sécuriser leur dette LT

* Vinci veut conserver une part à taux variable et profiter des taux courts toujours très bas

* Eiffage s’est ménagé une marge pour refinancer la dette d’APRR

* Bouygues, moins endetté, veut faire fructifier sa trésorerie

par Gilles Guillaume

PARIS, 9 avril (Reuters) - Les entreprises très endettées réfléchissent aux moyens de sécuriser au mieux leur dette dans un contexte de remontée des taux d’intérêt, mais les groupes français de BTP et de concessions se sont déjà ménagés des opportunités pour y faire face.

Bien que les rendements des emprunts à dix ans consolident depuis leurs plus hauts de février, ils ont entamé à l’été 2016 une remontée qui a semblé jusqu’ici inexorable.

“Les entreprises doivent donner la priorité à la sécurisation de leur endettement”, commente Cyril Kammoun, responsable de l’Investment Banking chez Degroof Petercam France, dans une note d’analyse. “Celle-ci passe par la renégociation de leur dette de long terme aux taux les plus bas possibles.”

Les entreprises européennes cotées les plus endettées ont sous-performé celles qui le sont moins lors de la récente correction boursière, relèvent les analystes de Bank of America Merrill Lynch. “La Bourse est en avance sur le marché du crédit dans l’anticipation de ce mouvement”, soulignent-ils dans une note récente.

* Graphique sur la performance boursière des sociétés les plus et les moins endettées: bit.ly/2H7C0ZA

Vinci et Eiffage, particulièrement endettés du fait de leurs activités concessions, ont chacun une stratégie pour optimiser leur dette - 14 milliards d’euros au 31 décembre dernier pour le premier, 10,4 milliards pour le second.

“On considère qu’il est pertinent de garder une partie de notre dette à taux variable et ce sera toujours le cas, parce que fixer les taux, ça veut dire se caler sur des taux longs qui sont forcément plus coûteux que les taux courts”, a expliqué Christian Labeyrie, directeur financier de Vinci, lors de la publication des derniers résultats du groupe.

Un tiers de la dette de Vinci est ainsi à taux variable, et les deux-tiers restants à taux fixe.

“L’essentiel de notre trésorerie est placée à court terme”, a ajouté Christian Labeyrie. “Si nous voulons équilibrer les risques, il faut qu’une partie de notre dette soit également calée sur des taux courts, qui sont par définition variables.”

Cette politique, constituant à exploiter le niveau très bas, voire négatif, des taux courts sur une partie de la dette, lui a jusqu’ici plutôt bien réussi. Au total, le coût moyen de la dette brute de Vinci était de 2,68% fin 2017, contre 3,16% fin 2016 et 4,06% fin 2012.

* Graphique des échéances de dette de Vinci: bit.ly/2GLRm6E

Eiffage, lui aussi, a une dette flottante pour la partie holding et travaux du groupe, avec des échéances allant d’un mois à trois ans.

“Cela conduit à un équilibre entre l’actif et le passif”, a expliqué à Reuters Xavier Ombrédanne, directeur des Financements et de la trésorerie d’Eiffage. “Quand les taux montent, les charges et produits montent, quand les taux baissent, l’effet inverse se produit, tout baisse et la vie continue.”

Pour l’autre grand acteur français du BTP, Bouygues , l’équation est différente car en l’absence d’une activité concessions de l’ampleur de celle de Vinci ou Eiffage, la dette nette du groupe de BTP, de télécoms et de médias ne se monte qu’à 1,9 milliard d’euros.

Mais il s’estime lui aussi bien positionné dans le climat actuel, car sa dette, essentiellement obligataire à taux fixe, l’immunise globalement contre la remontée des taux.

“De plus, (une telle remontée) pourrait avoir un impact positif pour Bouygues Construction car sa trésorerie serait ainsi mieux rémunérée”, a ajouté un porte-parole du groupe Bouygues.

L’INTÉRÊT DES DENTS CREUSES

Dans le classement Bank of America Merrill Lynch des sociétés européennes pour lesquelles le refinancement est jugé le plus risqué sur la base du free cash flow moyen sur cinq ans et de la dette à rembourser à cette même échéance - établi dans un contexte de doute sur le marché des obligations d’entreprises - Bouygues ne pointe ainsi qu’à la 18e position, mieux loti notamment que de nombreuses utilities - Engie, Suez et Veolia pour les françaises.

* Graphique sur les spread de taux sur la dette corporate européenne : bit.ly/2Hkt3cL

Eiffage, quant à lui, n’a pas attendu la remontée des taux pour réduire de plus de deux milliards en cinq ans - et de 838 millions d’euros sur la seule année 2017 - sa dette. Ou plutôt ses dettes, car l’endettement du groupe revêt des formes très diverses.

Pour tous les PPP (Partenariats public-privé), la dette d’Eiffage est à taux fixe sur des durées très longues - 20 ans pour la ligne de TGV Bretagne Pays-de-Loire; pour le viaduc de Millau, la dette contractée est indexée sur l’inflation française jusqu’en 2040; et pour l’Autoroute A65, Eiffage prévoit d’ici 2020 de refinancer sa dette à taux fixe pour une durée pouvant aller jusqu’à 30 ans.

L’essentiel de l’endettement du groupe - 8,4 milliards d’euros - correspond aux concessions autoroutières d’APRR. Eiffage en refinance environ un milliard d’euros tous les ans, et a laissé par précaution dans son calendrier de remboursements des années blanches - dites “dents creuses” - où ne tombe aucune échéance.

“Ces années-là - 2023, 2028, 2029, 2030 - sont spécifiquement conçues pour accueillir des nouvelles maturités de dette en fonction de l’environnement de taux ou des conditions de marché”, a ajouté Xavier Ombrédanne. “Nous pourrons ainsi, si les taux venaient à remonter de manière importante, lever de la dette un peu plus courte, tout en maintenant notre objectif de contrôle et d’amélioration des frais financiers.”

Avec Blandine Hénault, édité par Jean-Michel Bélot

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