March 26, 2018 / 5:04 AM / 5 months ago

RPT-POINT HEBDO-La Fed faussement prudente, Trump vraiment inquiétant

(Répétition d’une dépêche diffusée vendredi)

* L’offensive commerciale de Trump fait peur

* Risque d’escalade protectionniste à l’échelle mondiale

* La Fed mesurée mais 4 hausses de taux en 2018 restent possibles

* Les indicateurs économiques plafonnent en zone euro

par Marc Angrand

PARIS, 26 mars (Reuters) - Entre un exercice d’équilibriste délicat à la Fed et une démonstration de force tonitruante à la Maison blanche, les marchés financiers viennent d’entrer dans une nouvelle phase de turbulences qui rappelle a minima la correction du début d’année mais à certains des heures bien plus sombres.

En ouvrant la voie jeudi à des sanctions commerciales frappant jusqu’à 60 milliards de dollars (49 milliards d’euros) d’importations en provenance de Chine, le président américain, Donald Trump, a en grande partie volé la vedette à la Réserve fédérale, dont la réunion de politique monétaire était censée constituer le grand rendez-vous de la semaine.

Tout en assurant considérer la Chine comme “un ami”, le locataire de la Maison blanche l’a notamment accusée de “vol de propriété intellectuelle” en lui attribuant la responsabilité du déficit commercial américain, selon lui “hors de contrôle”.

Et la réponse de Pékin a été à la hauteur du point de vue de l’agressivité: “La Chine n’espère pas se retrouver dans une guerre commerciale mais n’a pas peur d’en livrer une”, a assuré vendredi le ministère chinois du Commerce.

Sur les marchés, la réaction n’a pas tardé, avec une forte poussée d’aversion au risque qui a fait reculer les actions tout en dopant les actifs refuges habituels que sont le yen, le franc suisse et l’or.

L’indice européen Stoxx 600 est tombé vendredi à son plus bas niveau depuis 13 mois et a accusé un repli de 3,15% sur la semaine, le CAC 40 a frôlé son plus bas de l’année et à Wall Street, le Dow Jones a subi jeudi sa plus forte baisse depuis sept semaines, tandis que l’indice de volatilité Vix remontait en flèche.

Un mouvement confirmé par les données hebdomadaires de Bank of America Merrill Lynch sur les flux de souscription des grandes sociétés de gestion, qui montrent des sorties nettes massives pour les fonds actions.

Le repli sur les emprunts d’Etat s’est parallèlement traduit par une baisse des rendements, celui du dix ans américain étant revenu jusqu’à moins de 2,8% et son équivalent allemand sous 0,55%.

LA FED A SOUFFLÉ LE CHAUD ET LE FROID

Ce dernier mouvement traduit aussi en partie un soulagement au moins temporaire après la réunion de la Réserve fédérale américaine: au contraire du locataire de la Maison blanche, le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a en effet choisi la modération mercredi pour sa première conférence de presse.

Le relèvement d’un quart de point du taux des fonds fédéraux décidé par l’institution était largement intégré mais les prévisions du Federal Open Market Committee (FOMC) et les déclarations de Jerome Powell ont davantage surpris en donnant l’impression que la Fed s’efforçait de souffler en même temps le chaud et le froid.

Le FOMC continue ainsi de prévoir au moins deux hausses de taux supplémentaires cette année mais ne s’interdit pas d’aller plus loin, d’autant qu’il a revu à la hausse ses prévisions économiques et relevé son estimation à long terme du niveau de taux “neutre”, laissant ainsi entendre que le cycle de resserrement monétaire engagé fin 2015 pourrait se prolonger.

“Au final, nous pensons que suggérer trois hausses de taux permet à la Fed de conserver la possibilité de modifier le rythme du resserrement plus tard dans l’année en cas de besoin”, résume Jack McIntyre, gérant obligataire chez Brandywine Global, une filiale de Legg Mason.

Le soulagement pourrait donc être de courte durée, même s’il est momentanément relégué au second plan par les préoccupations commerciales.

Les mesures touchant l’acier et l’aluminium prises le 8 mars par Donald Trump ne concernent que 2% de l’ensemble des importations américaines et 0,2% du produit intérieur brut (PIB) américain, rappelle Nomura, alors que la Chine, cible des annonces de jeudi, représente à elle seule un déficit de 375 milliards de dollars pour la balance commerciale des Etats-Unis, soit 47% de l’ensemble de leur déficit commercial.

“Une réaction négative des marchés financiers pourrait constituer la pilule amère susceptible de conduire à un changement de la position américaine”, prévient la banque japonaise en rappelant le précédent de 1987, lorsque la hausse des taux à long terme et la baisse des actions - notamment lors du “lundi noir” du 19 octobre - avait contribué au changement de politique de l’administration Reagan sur les déficits.

Ces tensions commerciales sont évidemment de nature à nourrir la défiance vis-à-vis des marchés d’actions, qui ont retrouvé voire enfoncé leurs plus bas de début février.

La baisse a frappé en premier lieu les secteurs cycliques, qu’il s’agisse de celui des matières premières, de l’automobile ou des hautes technologies, tandis que les financières souffraient du recul des rendements.

De quoi donner raison à Christopher Potts, le responsable de la recherche économique de Kepler Cheuvreux, qui jugeait en début de semaine les marchés européens “mûrs pour la rotation” au vu des premiers signes suggérant à la fois que le cycle de croissance s’épuise et que les valeurs défensives ont touché leur point bas.

Le point clé de sa stratégie cette année consiste à attendre une opportunité d’achat sur des actions nettement meilleur marché d’ici avril-mai. Dans l’attente, Christopher Potts a augmenté la part de liquidités dans son portefeuille, la portant de 5% à 6%.

La nervosité était plus palpable en fin de semaine chez certains de ses confrères. Les responsables de la stratégie de LBPAM jugeaient ainsi vendredi “beaucoup plus inquiétant” l’absence de pic d’activité et d’achats à bon compte en fin de séance la veille à Wall Street où le Dow Jones a chuté de 2,93%.

“Il semble qu’il n’y ait plus personne pour se mettre en face du marché lorsqu’il baisse”, ajoutent-ils. “C’est très inquiétant et renvoie à une vue beaucoup moins constructive du marché sur la croissance future.”

Ce pronostic s’appuie entre autres sur la tendance à dégradation ou la stagnation de nombreux indicateurs économiques. Les indices d’activité PMI “flash” européens et l’Ifo allemand ont de fait fléchi plus qu’attendu, enfonçant l’indice Citi des surprises économiques en Europe en territoire négatif, au plus bas depuis début 2016.

Les indices du climat des affaires et du sentiment économiques dans la zone euro pourraient confirmer cette tendance mardi. Aux Etats-Unis, l’agenda des prochains jours inclut entre autres l’indice de confiance du Michigan et les statistiques des revenus et dépenses des ménages jeudi, à la veille du long week-end de Pâques. Une trêve sans doute bienvenue pour des nerfs mis à rude épreuve.

Voir aussi:

*GRAPHES-Le pic de croissance dépassé, les Bourses doutent, à tort ?

*Les tensions commerciales, risque numéro un pour les gérants-BAML

* Gestion-Les flux soulignent la fébrilité des Bourses-BAML

Edité par Blandine Hénault

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