March 20, 2018 / 2:56 PM / 8 months ago

ENTRETIEN MARCHÉS-La planète finance quitte le confort pour l'inconnu-State Street

* Les marchés moins sereins que l’an dernier

* La volatilité revient, l’inflation pourrait remonter

* La normalisation monétaire présente des risques

* Un casse-tête pour la gestion d’actifs

par Patrick Vignal

PARIS, 20 mars (Reuters) - La normalisation monétaire, la perspective d’une remontée de l’inflation et le retour de la volatilité font basculer le monde de la finance vers un avenir complexe et incertain, souligne Antoine Lesné, responsable de la stratégie et de la recherche en Europe pour les ETF de State Street Global Advisors.

“On est dans une période passionnante où l’on sent des changements, des directions qui ne sont pas si faciles à anticiper et des corrélations auxquelles on n’est pas habitué, d’où l’importance, quand on fait de la gestion, de ne pas se baser uniquement sur la corrélation pour construire un portefeuille et de bien connaître ses sous-jacents”, déclare l’expert du gestionnaire d’actifs américain, pionnier de la gestion indicielle.

Les marchés s’apprêtent en effet à tourner le dos à une décennie de politiques accommodantes de la part des grandes banques centrales et à quitter le monde douillet dans lequel ils vivaient encore l’an dernier avec une croissance forte associée à une inflation contenue, soit le cocktail idéal pour les actifs risqués, sans parler d’une volatilité à des niveaux historiquement bas.

La Réserve fédérale américaine pourrait ainsi annoncer mercredi qu’elle relève ses taux d’intérêt et préparer les marchés à quatre hausses en tout cette année, alors qu’elle tablait précédemment sur trois.

Quant à la Banque centrale européenne, elle pourrait arrêter ses achats d’actifs à partir du mois de septembre avant de se diriger l’an prochain vers un relèvement graduel de ses taux.

“Parce qu’il y a tous ces changements et moins de soutien, en tout cas de la Fed, le marché doit s’attendre à un peu plus de volatilité”, commente Antoine Lesné.

“Cela ne veut pas dire qu’on est dans les arrêts de jeu, on peut continuer à jouer, avec des fondamentaux qui restent solides, mais on pense 12 à 18 mois en avance et on ne peut pas écarter un risque de récession”, dit-il, sans privilégier toutefois les scénarios les plus alarmistes.

UNE CORRECTION NÉCESSAIRE

“L’environnement est un peu plus incertain mais dans une phase de cycle qui reste positive”, observe Antoine Lesné.

“Les investisseurs restent surpondérés en actions et sous-pondérés en obligations, avec un petit changement sur le crédit avec une sortie du haut rendement, voire de l’investment grade, au profit de l’equity et de la dette souveraine.”

L’épisode de février est né de l’annonce d’une croissance du salaire moyen aux Etats-Unis supérieure aux attentes, ce qui a fait craindre un réveil des prix entraînant un durcissement monétaire. Les rendements obligataires ont d’abord grimpé, le dix ans américain paraissant vouloir filer vers 3%. Le mouvement s’est ensuite étendu aux marchés actions, avec une forte poussée de la volatilité, puis tout est rentré dans l’ordre.

“La remontée graduelle sur le dix ans américain avait commencé depuis le mois de novembre mais on a cassé des supports assez rapidement avec, en même temps, des marchés actions qui montaient de manière assez stratosphérique. Il y avait une fébrilité et la nécessité d’une correction”, souligne Antoine Lesné.

“On rentre dans un environnement plus complexe avec des chiffres de l’inflation qui peuvent surprendre, même si l’on ne voit pas de pression inflationniste majeure”, ajoute-t-il. “On a eu un petit peu peur au mois de février et puis, finalement, c’est redescendu doucement.”

Le marché actions n’est pas si fragile que cela et peut supporter une remontée du dix ans américains au-delà de 3%, à la condition qu’elle ne soit pas trop rapide, poursuit-il.

ATTENTION À 2019

Si l’horizon à un ou deux trimestres est assez dégagé, la situation au-delà est plus floue, notamment pour 2019, avec pas mal d’inconnues, en particulier du côté des Etats-Unis, avertit Antoine Lesné.

“Il ne faut pas s’emballer trop vite avec les élections de mi-mandat qui vont arriver et une situation un peu plus complexe parce que les chiffres de l’économie ont été très forts mais ne vont pas le rester tout le temps”, dit-il.

Une nouvelle menace se profile en outre pour l’économie américaine avec la volonté de Donald Trump d’ériger des barrières douanières et un risque de représailles, notamment de la part de la Chine.

“Les tarifs sur les importations, même si on ne le voit pas aujourd’hui dans l’évolution du dollar, qui a finalement bien tenu, devraient générer de l’inflation (...) et pourraient casser la croissance”, prévient Antoine Lesné.

En Europe aussi, les risques sont bien présents avec notamment la montée des forces populistes hostiles à l’intégration européenne observée un peu partout, et dernièrement en Italie, sans réaction notable sur les marchés.

“On a un problème italien qui est sous-estimé par les marchés mais qui est contenu grâce à l’action de la Banque centrale européenne, d’où la question sur l’avenir de sa politique en matière et de taux et d’achats d’actifs”, analyse Antoine Lesné.

“L’un des risques principaux pour les marchés, et qui n’est pas complètement anticipé, est d’avoir une erreur de la part d’une banque centrale, qui voudrait remonter les taux trop vite ou arrêter les achats d’actifs trop rapidement”, ajoute-t-il.

Autre préoccupation longtemps au coeur des inquiétudes sur les marchés, la Chine a rassuré en maîtrisant parfaitement l’atterrissage de sa croissance, souligne Antoine Lesné pour boucler son tour d’horizon.

Lourdement endettée, la deuxième économie du monde pourrait cependant devenir un danger systémique si elle en arrivait à avoir besoin d’un financement extérieur, notamment pour renflouer ses banques, ajoute-t-il.

“Ce n’est pas un problème 2018 mais clairement un problème de la décennie 2020”, dit-il.

Edité par Marc Angrand

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