February 26, 2018 / 4:02 PM / 10 months ago

REPORTAGE -Dans le Mezzogiorno, le M5S a le vent en poupe

par Gavin Jones

POMIGLIANO D’ARCO, Italie, 26 février (Reuters) - Dans l’église baroque de Pomigliano d’Arco, au pied du Vésuve, Don Peppino reçoit les pauvres de sa paroisse.

Don Peppino, c’est le père Giuseppe Gambardella, 76 ans, qui aide du mieux qu’il peut 800 personnes de la ville, parmi les plus déshéritées, à payer leurs factures, à acheter des médicaments ou tout simplement à se procurer leur pain quotidien.

Pour lui, comme pour les volontaires qui l’assistent, aucun doute sur le bulletin de vote à glisser dans l’urne dimanche prochain, jour des élections législatives italiennes. Leur espoir, ils le mettent dans le Mouvement 5 Etoiles (M5S) anti-système dont le dirigeant, Luigi Di Maio, est justement originaire de la ville.

Dans ce Mezzogiorno, ce Sud italien qui est l’une des régions les plus pauvres d’Europe, beaucoup se sentent oubliés.

“Il n’y a pas de travail ici et tous les partis nous ont abandonnés, sauf le M5S”, affirme Domenico Ilardi, 58 ans, un ancien employé administratif d’une compagnie aéronautique récemment licencié.

Au niveau national, les sondages créditent le M5S de 28% des voix, faisant de lui le premier parti d’Italie. Selon une enquête de l’agence Demetra publiée la semaine dernière, le Mouvement obtiendrait 38% des suffrages dans le Sud, deux fois plus que la droite.

Pomigliano abrite une usine automobile Fiat, qui comptait 18.000 employés dans les années 1980 et n’en a plus que 4.000 aujourd’hui.

Ici, le taux de chômage est deux fois plus élevé que la moyenne nationale.

“CHÈVRE IGNORANTE”

Le système électoral italien favorise les coalitions et le M5S, qui refuse de s’allier à tout autre parti, a en conséquence peu de chances de pouvoir arriver au pouvoir.

Face à lui, la coalition de droite de l’ancien président du Conseil Silvio Berlusconi, qui regroupe quatre partis, dont Forza Italia et la Ligue du Nord, semble mieux placée pour former le prochain gouvernement.

Pour avoir une majorité au Parlement, la droite doit impérativement devancer le M5S dans plusieurs villes du Mezzogiorno, notamment à Pomigliano.

Dans sa ville, Luigi Di Maio doit affronter le candidat de droite Vittorio Sgarbi, un célèbre critique d’art au verbe haut, habitué des plateaux télévisés.

Au cours de la campagne, Vittorio Sgarbi a traité son adversaire de “chèvre ignorante” et de “cafard”, parmi d’autres gracieusetés.

Le M5S, alors conduit par l’humoriste et comédien Beppe Grillo, s’est présenté pour la première fois aux élections en 2013. Il avait alors créé la surprise en remportant 25% des voix. Depuis, Beppe Grillo s’est quelque peu mis en retrait du mouvement.

Malgré des divisions internes, quelques revirements et ses ennuis judiciaires dans certaines villes qu’il dirige, le M5S est présent plus que jamais dans la vie politique italienne. De nombreux électeurs le jugent plus honnête et désintéressé que ses rivaux.

UNE PAUVRETÉ CROISSANTE

A Pomigliano, Don Peppino parle avec affection de Luigi Di Maio, 31 ans, qui était l’un de ses fidèles quand il était enfant. Pour le prêtre, le M5S “est le seul parti qui donne l’espoir d’une nouvelle façon de faire”.

“La pauvreté gagne de plus en plus du terrain, c’est effrayant”, dit le prêtre. “Il y a des gens qui ne peuvent plus payer les factures d’électricité et viennent me demander des bougies pour s’éclairer chez eux, comme pendant la guerre.”

Le discours anti-corruption du M5S et sa promesse de verser un revenu universel aux déshérités trouve un large écho dans le Sud.

Le maire centre droit de Pomigliano, Lello Russo, 78 ans, un vieux routier de la politique, ne partage pas les idées de Don Peppino sur le M5S. Pour lui, ce mouvement n’a aucune culture politique et Luigi Di Maio n’est qu’un opportuniste.

“Si les gens votent avec leur coeur, ils choisiront Di Maio, parce qu’il est de Pomigliano, mais s’ils réfléchissent, ils doivent voter pour le centre droit”, dit-il.

Le maire regrette toutefois le choix de Sgarbi pour affronter le patron du M5S. “C’est un homme du Nord, explique-t-il, et ses insultes grossières visant Di Maio ont du mal à passer ici...”

Traditionnellement, la participation aux élections dans le sud de l’Italie est moins élevée que dans le nord du pays. Nicola Coppola, 76 ans, propriétaire d’un magasin de cycles, illustre cette désillusion envers la politique. “Je me déciderai au dernier moment”, dit-il. “Si j’ai besoin de quelque chose, j’irai voir la bonne personne et je verrai qui peut m’aider...” (Guy Kerivel pour le service français)

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