February 19, 2018 / 10:30 AM / in 6 months

POINT HEBDO-Les marchés disent adieu à Boucles d'or

(Répétition sans changement d’une dépêche diffusée vendredi)

* Le couple idéal croissance forte/taux bas bat de l’aile

* Les Bourses rebondissent mais restent fragiles

* Une correction n’annonce pas toujours un marché baissier

* Les fondamentaux de l’économie restent solides

par Patrick Vignal

PARIS, 19 février (Reuters) - L’image de Boucles d’or, célèbre conte dans lequel une jeune fille juge parfaite la température d’un porridge qu’elle déguste par effraction dans la maison d’une famille d’ours, a beaucoup servi ces derniers temps aux experts de la finance pour désigner les conditions idéales dont bénéficiaient les marchés.

L’intruse à la chevelure blonde (Goldilocks, en anglais) a moins la cote ces derniers temps dans les notes des analystes. Le mélange ni trop chaud ni trop froid d’une croissance forte et de taux historiquement bas, qui lui plaisait tant, paraît en effet avoir cédé la place à un mets rendu moins savoureux par la remontée des rendements obligataires.

Les occupants légitimes du domicile violé, en revanche, n’ont pas disparu. La récente correction des Bourses mondiales laisse en effet craindre le retour imminent à leur domicile des ours, symboles d’un marché baissier (‘bear market’ en anglais).

Les investisseurs cherchent à savoir s’il s’agit d’une simple correction, saine et nécessaire dans un contexte de valorisations tendues, ou bien le prélude à la mort d’un cycle économique, dans une phase tardive aux Etats-Unis, qui pourrait conduire à l’avènement d’une longue phase baissière sur les marchés actions.

Le rebond observé sur les Bourses en Europe comme aux Etats-Unis, prévisible après deux semaines de net repli, suggère que les investisseurs relativisent les craintes d’une remontée brutale de l’inflation, à l’origine du récent regain d’aversion au risque.

Les marchés restent cependant nerveux, comme l’a rappelé la vive réaction des marchés obligataires à l’annonce, mercredi, d’une inflation de base légèrement supérieure aux attentes aux Etats-Unis le mois dernier.

Le scénario est désormais bien connu : toute indication d’un frémissement des prix et/ou des salaires aux Etats-Unis fait immédiatement grimper les rendements des emprunts d’Etat. Celui du 10 ans américain, référence absolue de son univers, a ainsi touché jeudi un nouveau pic de quatre ans à 2,944% avant de s’apaiser.

“Le niveau de 3% pour l’emprunt à 10 ans américain pourrait rapidement être approché”, lit-on dans une note d’Amplegest.

“Une stabilisation autour de ce niveau ne poserait pas de problème et serait même assez logique compte tenu de la vigueur de l’économie. En revanche, si ce seuil était dépassé, l’inquiétude des investisseurs devrait grandir et provoquer des prises de bénéfices sur les actions américaines, impactant par effet de contagion le reste du monde.”

CORRECTION OU MARCHÉ BAISSIER ?

Tout marché baissier commence par une correction, soit une baisse d’environ 10% des indices par rapport à leur pics récents, ce qui s’est produit à Wall Street au début du mois avant le redémarrage de ces derniers jours.

Toutes les corrections n’annoncent pas en revanche l’avènement d’un marché baissier, défini généralement par un recul de l’ordre de 20%.

“Nous percevons la récente liquidation sur les marchés actions comme une correction”, tr anche Jeanne Asseraf-Bitton, responsable de la recherche cross-asset chez Lyxor Asset Management.

“Il ne faut pas négliger la hausse de l’aversion au risque des investisseurs qui agissent dans le but de se protéger mais nous ne voyons aucun signe de risque systémique”, argumente-elle avant de souligner l’absence de contagion, pour l’instant, à d’autres classes d’actifs comme les marchés des changes, les ressources de base ou les produits monétaires.

Les investisseurs ont en effet nettement réduit leur exposition au risque en février en diminuant leur allocation vers les actions et en augmentant le niveau de liquidités dans leurs portefeuilles, montre l’enquête mensuelle de Bank of America Merrill Lynch (BAML) auprès de grandes sociétés de gestion internationales publiée mardi.

Les raisons des récents mouvements de marché sont la réévaluation de la normalisation des politiques monétaires des banques centrales et la révision des perspectives d’inflation dans un contexte de pressions salariales plus importantes, explique Jeanne Asseraf-Bitton, résumant une analyse très largement partagée.

Dans ce contexte, les comptes rendus des réunions monétaires de janvier de la Réserve fédérale américaine (mercredi) et de la Banque centrale européenne (jeudi) seront étudiés avec la plus grande attention sur les marchés, de même que les chiffres définitifs de l’inflation dans la zone euro au mois de janvier (vendredi).

LES FONDAMENTAUX RESTENT SAINS

Les analystes les plus optimistes soulignent que les fondamentaux économiques restent solides, une opinion étayée par les derniers chiffres de la croissance dans la zone euro et que pourraient renforcer mercredi les indices PMI de l’activité du secteur privé dans la zone euro.

Autre motif d’espoir pour les investisseurs, les bénéfices des entreprises gonflent encore, comme en atteste la saison de résultats trimestriels sur le point de s’achever aux Etats-Unis avec les publications des distributeurs, dont celle du géant Walmart, attendue pour mercredi.

“Nous aurons certainement un peu moins de croissance et un peu plus d’inflation cette année mais l’économie mondiale reste très bien orientée et, pour les actions, le soutien de la croissance économique et de l’augmentation des bénéfices et des dividendes devrait continuer de l’emporter sur les effets négatifs de la hausse des taux longs”, estime Paul Jackson, responsable de la recherche multi-actifs pour Invesco PowerShares.

Les marchés d’action américains, qui restent à surveiller comme le lait sur le feu, pourraient revisiter d’ici à quelques semaines ou quelques mois leurs pics de fin janvier, prédit Jean-Pierre Petit, président exécutif des Cahiers Verts de l’Economie.

“Les attentes de profits des entreprises sont revues à la hausse et la prévision de croissance aux Etats-Unis pourrait être relevée après la réforme fiscale et le relèvement du plafond de la dette”, dit-il.

“Nous conseillons donc de revenir sur le marché, mais prudemment. De nouvelles secousses pourraient intervenir, notamment car le marché aime bien tester les nouveaux présidents de la Réserve fédérale”, ajoute-t-il, comme pour mettre la pression sur Jerome Powell, dont la première prise de parole officielle est programmée pour le 28 février.

Les phases de correction durent en moyenne trois mois et demi, avec une baisse moyenne de l’ordre de 13%, rappelle Jean-Pierre Petit.

“Voyons si l’onde de choc se propage car si une réplique prend forme après le séisme auquel nous venons d’assister, les fondations du marché haussier que nous connaissons depuis neuf ans maintenant pourraient être ébranlées”, avertit Nicolas Chéron, responsable de la recherche marchés pour le courtier en ligne Binck.fr.

“Mais rappelons-nous des derniers excès baissiers lors du Brexit et de l’élection de Donald Trump”, tempère-t-il aussitôt. “Le pire n’est peut-être pas certain”.

Voir aussi :

ANALYSE-La correction des Bourses ressemble au krach de 1987, de loin

Gestion-L’obligataire victime à son tour de la remontée des taux-BAML

édité par Blandine Hénault

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