November 29, 2017 / 1:48 PM / 10 months ago

GRAPHES-L'économie américaine en pleine forme sans baisses d'impôts

* La croissance du PIB au T3 révisée en hausse à 3,3%

* Les indicateurs avancés signalent une croissance à 4% au T4

* L’opportunité de baisse d’impôts massives discutable-Natixis

* La réduction du bilan de la Fed, principal facteur de risque-Invesco

PARIS, 29 novembre (Reuters) - La révision en hausse de la croissance américaine du troisième trimestre et la bonne orientation des indicateurs avancés laissent entrevoir un maintien de l’expansion à 3% au moins en rythme annuel au quatrième trimestre, un niveau oublié depuis 2005 qui relativise l’urgence d’un soutien fiscal, surtout si le resserrement de la politique monétaire demeure graduel.

La croissance de l’économie américaine au troisième trimestre a été révisée en hausse à 3,3% en rythme annualisé en deuxième estimation, selon les données publiées mercredi par le département du Commerce.

L’indice ISM manufacturier pour le mois de novembre sera publié vendredi et il faudra attendre mardi pour son équivalent dans les services mais, sur la base des données du mois d’octobre, l’économie américaine a entamé le quatrième trimestre sur un rythme soutenu.

L’ISM composite a atteint 60,1 en octobre, son plus haut niveau depuis août 2005, ce qui suggère que la croissance pourrait atteindre 4% en rythme annuel au quatrième trimestre.

Même si la croissance était limitée à 3% en rythme annuel sur les trois derniers mois de l’année, sous son niveau des cycles précédents, durant lesquels elle atteignait habituellement 4% ou davantage, elle serait au plus haut depuis 2005, relève Joseph Lavorgna, économiste chez Natixis.

“Dans un tel scénario, il convient de se demander si des baisses d’impôts financées par une augmentation du déficit public sont justifiées d’un point de vue économique ?”, s’interroge-t-il en référence au projet d’allègements fiscaux massifs promis par Donald Trump et en discussion au Congrès.

PAS DE MONNAIE, PAS D’INFLATION

Pour John Greenwood, économiste en chef d’Invesco, le cycle économique comme l’inflation sont avant tout des phénomènes monétaires et une politique budgétaire expansionniste peut contribuer à prolonger le cycle si son financement est monétaire, c’est à dire si les titres émis pour financer le déficit qui en résulte donnent lieu à une création monétaire supplémentaire. Une telle politique n’aura en revanche pas d’effet si son financement mobilise de l’épargne existante.

Pour ce disciple revendiqué de l’économiste monétariste américain Milton Friedman, la faiblesse de la croissance de la création monétaire explique à la fois celle de la croissance économique et de l’inflation.

Le diagnostic peut sembler paradoxal au vu des injections massives de liquidités auxquelles les grandes banques centrales ont procédé ces dernières années, et dont certaines se prolongent encore.

Mais pour John Greenwood, la création monétaire ne s’arrête pas aux liquidités injectées par les banques centrales et doit prendre en compte à la fois le crédit bancaire et les financements à l’économie apportés par des intervenants non bancaires, souvent regroupés sous le vocable générique de ‘shadow banking’.

Or, en grande partie sous l’effet du changement du cadre réglementaire après la crise financière de 2008, la croissance de cette masse monétaire au sens large a nettement ralenti par rapport au rythme observé avant la crise financière, une évolution qui explique le changement de régime de l’inflation comme de la croissance.

Il note au passage une différence de taille dans les politiques d’assouplissement quantitatif conduites par la Réserve fédérale américaine et la Banque d’Angleterre d’une part, la Banque centrale européenne et la Banque du Japon d’autre part.

Dans le premier cas, explique-t-il, les banques centrales ont acheté des titres de dette publique aux détenteurs finaux, ce qui revenait à leur distribuer effectivement des liquidités qu’ils ont pu injecter dans l’économie en les dépensant, favorisant ainsi le redémarrage de l’activité.

A l’inverse, BCE et BoJ ont principalement acheté des titres de dette publique aux banques, qui ont replacé auprès de la banque centrale une part importante des liquidités ainsi obtenues, empêchant ainsi une diffusion de la création monétaire dans l’économie aussi rapide qu’aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.

Pour John Greenwood, l’absence de forte accélération de la création monétaire devrait s’accompagner d’une inflation basse et d’une prolongation du cycle d’expansion dans les deux prochaines années au moins, créant un environnement favorable à la hausse des actions et de l’immobilier.

Le principal facteur de risque pour l’année à venir tient selon lui à la réduction engagée de la taille du bilan de la Réserve fédérale, qui ira en s’accélérant, et à ses effets sur la création monétaire.

La question sera d’autant plus critique que la réforme fiscale, en creusant le déficit, se traduira par une hausse de l’offre de titres de dette alors que le retrait de la Fed comme acheteur principal pourrait favoriser une hausse des taux s’il n’y a pas, ou pas assez, d’acquéreurs de substitution.

Insistant sur le caractère avant tout monétaire du cycle d’activité, John Greenwood rappelle que c’est une accélération de la création monétaire qui, en faisant baisser les taux d’intérêt, favorise la hausse des prix des actifs puis l’accélération de l’activité.

Cette dernière, poursuit-il, peut déboucher sur une augmentation des prix des biens et des services, qui elle-même conduit à une hausse des taux, un ralentissement de la création monétaire, un recul des prix des actifs et une baisse de l’activité.

Sources :

* USA : The economy is doing just fine even without a tax cut. A chart for your thoughts. Natixis. 27 novembre 2017

* Horizon 2018. Exchange of views. Invesco. Présentation à Paris. 22 novembre 2017.

Marc Joanny, édité par Marc Angrand

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