November 20, 2017 / 6:00 AM / 6 months ago

POINT HEBDO-Les Bourses européennes jouent à se faire peur

(Répétition sans changement d’une dépêche diffusée vendredi)

* La plus longue séquence de baisse de l’année s’achève

* Certains voient venir une correction, d’autres pas

* Un rebond de l’euro pénalise les actions européennes

par Patrick Vignal

PARIS, 20 novembre (Reuters) - Les marchés d’actions européens ont prolongé sur la semaine qui s’est achevée leur plus longue séquence de baisse de l’année, ce qui a conduit certains analystes à parler de prélude à une correction inévitable, d’autres évoquant simplement un léger passage à vide.

Les Bourses en Europe ont attendu jeudi pour relever la tête après sept séances consécutives de repli pour l’indice large européen Stoxx 600 et huit pour le CAC 40, au cours desquelles l’indice parisien a perdu près de 4% pour revenir à son plus bas niveau depuis fin septembre.

L’épisode de repli s’est achevé jeudi quand les investisseurs sont revenus à l’achat à la recherche de bonnes affaires, un repli de l’euro stimulant également les indices.

“Je pense toutefois que c’est temporaire”, a dit l’analyste Michael Hewson (CMC Markets) à propos de ce rebond. “Il n’y a pas eu de correction significative de l’année et le fait est que les marchés d’actions ont fait mieux que tout ce qu’on aurait pu imaginer”.

Autrement dit, selon lui, une “vraie” correction va bien finir par arriver, ce que pensent aussi les stratèges actions européennes de HSBC, qui prédisaient déjà au mois d’août un retournement brutal du marché pour la fin de l’année en cours ou le début de la suivante.

“Le point de départ de cette analyse prudente était purement technique, à savoir que la taille et la durée de la séquence de hausse depuis la dernière correction prenaient des proportions extrêmes”, écrivent-t-ils dans une longue note sur le sujet.

La correction qu’ils voient venir serait la dixième depuis 2009, la neuvième ayant pris fin en juin 2016. La période de plus de 500 jours qui a suivi est la plus longue séquence de hausse régulière depuis mars 2009. Elle a permis à l’indice MSCI Europe de progresser de 30%, selon les calculs de HSBC.

Les neuf corrections identifiées en Europe depuis la crise financière ont fait chuter le MSCI Europe de 14,4% en moyenne. La durée moyenne de ces phases de repli a été de 58 jours, apprend-on encore dans la note très détaillée de la banque britannique.

POURQUOI MAINTENANT ?

Tout, cependant, ne pointe pas en faveur d’une correction d’ampleur. Si les anticipations de bénéfices à 12 mois sont proches des niveaux précédant habituellement une correction, il y a ainsi une différence de taille en ce qui concerne la volatilité puisque l’indice de volatilité de l’EuroStoxx 50 est 30% en dessous de son niveau moyen en phase d’entrée dans une correction, observe HSBC.

Autre phénomène plutôt rassurant, le repli récent des actions a été plus mesuré aux Etats-Unis, où l’un des événements de la semaine écoulée aura été un vif mouvement de prises de bénéfices sur la dette d’entreprise classée en catégorie spéculative (“high yield”).

Et pourquoi une correction se profilerait-elle maintenant sur les actions, alors que de nombreux indicateurs, croissance en tête, sont au beau fixe et que les bénéfices des entreprises continuent de grimper, comme l’a illustré la saison de résultats trimestriels qui se termine ?

Le cycle économique est dans une phase très tardive, les incertitudes politiques (Brexit, Espagne, Italie, etc.) sont bien présentes, les anticipations de hausse des taux progressent, l’inflation refuse toujours de décoller et le moral des entrepreneurs décline, répondent HSBC et d’autres.

On pourrait ajouter la Chine, dont le niveau d’endettement inquiète et où l’indice de surprise économique est entré en territoire négatif depuis fin septembre, ainsi que les risques d’accident de communication de la part des grandes banques centrales, qui marchent sur des oeufs sur la voie de la normalisation de leurs politiques.

Instruit de ces signaux menaçants, Pascal Blanqué, directeur des investissements d’Amundi, promet une année 2018 agitée.

“Nous ne serions pas surpris de traverser une correction”, a-t-il déclaré à l’occasion du Sommet Reuters sur les Perspectives d’investissement 2018. “L’idée de quelque chose de linéaire qui prolonge ce que nous avons connu est une vision trop optimiste.”

L’EURO REPREND DES COULEURS

De nombreux observateurs demeurent toutefois relativement confiants pour les marchés d’actions et font valoir que la petite frayeur qu’ils viennent de vivre s’explique par des effets conjoncturels, comme les doutes sur la capacité de l’administration Trump à faire passer sa réforme fiscale ou encore la hausse de l’euro.

La monnaie unique a en effet repris, dans le sillage des bons chiffres de la croissance allemande, quasiment tout ce qu’elle avait perdu depuis le 26 octobre et la dernière réunion de politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE).

“Si les investisseurs sont plus anxieux ces derniers temps, ce n’est pas à cause d’une dégradation du panorama économique”, écrit Bruno Cavalier, chef économiste de ODDO BHF.

Selon les données du Fonds monétaire international, 179 des 192 pays que compte la planète, représentant 98,7% du produit intérieur (PIB) mondial, sont simultanément en croissance, du jamais vu depuis une dizaine d’années, prolonge-t-il pour étayer son propos.

“N’est-ce pas trop de bonnes choses à la fois et, de ce fait, ne faut-il penser que la situation économique et financière ne peut que se dégrader ?”, s’interroge-t-il toutefois en pointant notamment des taux d’intérêt qui restent historiquement bas ainsi que des prix et des salaires qui tardent à se réveiller.

ENCORE DES OPPORTUNITÉS

Pour d’autres, il n’y a pas de raison de s’inquiéter à court terme et le marché d’actions continue à offrir des opportunités aux investisseurs.

Tel est l’avis de Vincent Cornet, directeur de la gestion de La Banque Postale Asset Management (LBPAM), qui évoque en outre, pour évoquer le repli récent, une réaction asymétrique des marchés aux dernières publications trimestrielles des entreprises, à savoir une réaction timide face aux bons résultats et exagérée face aux mauvais.

“Le potentiel haussier est plus modeste mais il demeure”, estime pour sa part Hervé Goulletquer, stratégiste de la gestion de LBPAM, dont l’équipe reste à “surpondérer” sur les actions européennes sur un horizon à trois mois.

Dans ce contexte, l’actualité sera relativement peu animée avec un agenda mince pour la semaine qui s’amorce, si l’on excepte une dernière poignée de résultats trimestriels européens et la publication des comptes-rendus des dernières réunions de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (mercredi) et de la BCE (jeudi).

L’activité des grandes banques centrales, qui doivent resserrer leur politique mais ne peuvent le faire que très progressivement en l’absence d’inflation, reste un sujet très sensible pour les marchés, qui s’attendent à voir la Fed relever encore ses taux en décembre et la BCE demeurer relativement accommodante au moins jusqu’à l’automne 2018.

Les marchés seront fermés jeudi au Japon et aux Etats-Unis pour Thanksgiving et la séance du lendemain à Wall Street sera écourtée, les investisseurs américains oubliant un instant la possibilité d’une correction pour se pencher sur la cuisson de la dinde et leurs achats pour le “Black Friday”.

édité par Blandine Hénault

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