10 juillet 2017 / 15:48 / il y a un mois

LEAD 1-Macron veut faire taire les critiques en baissant la fiscalité

* ISF et taxe d'habitation devraient finalement baisser en 2018

* Le calendrier annoncé par Philippe était très critiqué

* L'Elysée dément tout revirement ou désaveu du Premier ministre (Actualisé avec Elysée, Matignon, Bercy, précisions)

par Jean-Baptiste Vey

PARIS, 10 juillet (Reuters) - Emmanuel Macron veut faire taire les critiques d'une partie de la population et des milieux d'affaires en promettant de baisser la taxe d'habitation et l'impôt sur la fortune (ISF) dès 2018, ce qui complique une équation budgétaire déjà difficile.

Le chef de l'Etat a arbitré cette question dimanche soir, a annoncé le ministère de l'Economie et des Finances, alors que la frange libérale de ses soutiens déplorait depuis plusieurs jours l'annonce que la réforme de l'ISF n'aurait lieu qu'en 2019.

Selon ces critiques, baisser la fiscalité est indispensable pour doper la confiance et l'économie, au moment même où des mesures sont annoncées pour attirer les banquiers londoniens.

Les opposants de droite comme de gauche dénonçaient quant à eux le choix de ne pas amorcer dès 2018 la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des ménages, une mesure compensant la hausse de la CSG qui frappera en particulier les retraités l'an prochain.

Pour dissiper l'impression de cafouillage née de ce bouleversement du calendrier annoncé la semaine dernière par le Premier ministre, l'entourage d'Edouard Philippe a précisé lundi que "l'objectif du président de la République et du Premier ministre [était] que les mesures fiscales soient engagées dès la loi de Finances de 2018 afin d’enclencher un choc d’offre et de confiance".

"Pour ce faire, le gouvernement étudie les solutions pour accélérer les baisses d’impôts et de charges dès 2018, notamment la réforme de la taxe d’habitation et l’ISF", a-t-on ajouté.

La trajectoire financière intégrera des mesures d’économie qui permettront de maintenir le déficit public sous la limite européenne de 3% du PIB, a-t-on poursuivi, en précisant que cette trajectoire serait présentée mardi aux commissions des Finances de l'Assemblée et du Sénat.

AUCUN REVIREMENT OU DÉSAVEU, ASSURE L'ELYSÉE

L'Elysée a assuré lundi que l'arbitrage d'Emmanuel Macron ne constituait ni un revirement ni un désaveu du Premier ministre.

"Il n’y a pas de sujet politique entre l’Elysée et Matignon sur les questions fiscales et pas de divergences de vue ou d’analyse sur le calendrier fiscal et la situation budgétaire", a-t-on déclaré dans l'entourage du chef de l'Etat.

"Au sein du gouvernement, il n’y a pas eu de discussion sur l’idée de repousser les choses car ce sont des engagements structurants de la campagne du président de la République, il n’y pas eu de flottement ou d’hésitation sur le calendrier", a-t-on ajouté.

En fixant le calendrier des baisses de prélèvements dimanche, "le président n’a fait que reconfirmer des choses que tout le monde avait bien en tête, notamment la taxe d’habitation qui est un engagement phare pour la fiscalité des ménages et particulièrement des classes moyennes", a-t-on encore déclaré.

En annonçant que l'ISF et la taxe d'habitation ne baisseraient qu'en 2019, Edouard Philippe avait semblé vouloir protéger une trajectoire budgétaire qui s'annonce complexe.

Mais cette annonce, combinée au report à 2019 de la transformation du crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) en baisse des cotisations sociales et à l'absence de calendrier sur le futur prélèvement unique sur les revenus du capital, a fait grincer des dents.

DES PATRONS "VENT DEBOUT"

Des chefs d'entreprise ont sermonné des conseillers de Bercy le week-end dernier lors des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, selon un témoin, et leur organisateur a pressé le ministre de l'Economie et des Finances de revoir sa copie.

Les grands patrons étaient "vent debout sur les promesses non tenues", a confié cette personne après avoir assisté à des rencontres auxquelles les journalistes n'avaient pas accès.

Un PDG a par exemple lancé à un conseiller de Bercy qu'"on n'a pas besoin d'un plan (d'investissement-NDLR) de 50 milliards, il suffit d'aller chercher l'épargne là où elle se trouve, on n'a pas envie de payer davantage d'impôts plus tard", a-t-elle rapporté.

L'économiste Jean-Hervé Lorenzi, organisateur de l'événement, a interpellé Bruno Le Maire, assis à côté de lui : "Si l’on pouvait remettre en priorité (...) le fait que la fiscalité du capital soit prioritaire, ce serait un signe majeur pour arriver à 'booster' l’investissement de notre pays, c’est comme ça qu’on fera revenir des gens qui sont partis".

Le ministre lui a alors répondu : "Attendez les arbitrages définitifs du Premier ministre et du président de la République et nous verrons si ce message venu d’Aix, du sud de la France, est entendu jusqu'à Paris".

Après cette modification du calendrier fiscal, le président du groupe Nouvelle gauche à l'Assemblée, Olivier Faure, a critiqué l'improvisation dont fait selon lui preuve l'exécutif.

"Nous n'avons toujours aucune clarté sur les intentions du gouvernement", a-t-il dit lundi sur BFM TV. "On est dans un gouvernement qui est un gouvernement de communication mais aussi un gouvernement d'improvisation qui a beaucoup de mal en réalité à faire face aux exigences qu'il a lui-même posées." (avec Yann Le Guernigou, Michel Rose et Simon Carraud)

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