26 juin 2017 / 05:03 / il y a 2 mois

CORR-POINT HEBDO-Le pétrole fait douter de l'inflation et freine les marchés

(Bien lire Amplegest et non Swiss Life AM, §22)

* Les prix du pétrole retombent à des plus bas de neuf mois

* Le "reflation trade" a du plomb dans l'aile

* La normalisation monétaire en question

* MSCI intègre les actions chinoises continentales

par Patrick Vignal

PARIS, 26 juin (Reuters) - La menace d'une décélération de l'inflation, en raison notamment de la faiblesse des prix du pétrole, a pesé la semaine dernière sur les marchés actions et pourrait encore freiner les indices ces prochains jours, confirmant le scénario d'une pause estivale pour les actifs risqués avancé par plusieurs analystes.

La semaine dernière a commencé dans le sillage du net succès du mouvement d'Emmanuel Macron aux élections législatives en France, qui a soutenu dans un premier temps la Bourse de Paris, mais également de la confirmation d'un ralentissement de l'inflation dans la zone euro avec une contraction des prix de 0,1% le mois dernier.

La chute des cours du pétrole ces derniers jours a encore alimenté les doutes sur les perspectives d'inflation. Le nouveau coup de mou des prix du brut est intervenu à la suite de l'annonce d'une augmentation de la production de la Libye et du Nigeria qui met en doute l'efficacité des accords de l'Opep et de ses alliés pour encadrer la production afin de soutenir les prix.

Le baril de Brent de mer du Nord se traite autour de 45 dollars et celui du brut léger américain sous les 43 dollars, non loin des niveaux d'août dernier.

Les cours du brut ont ainsi fondu d'environ 20% depuis le début de l'année, ce qui représente leur pire performance sur un premier semestre depuis 1997, quand les cours avaient chuté en raison d'une augmentation de la production et de la crise financière en Asie.

LA COURBE DES TAUX S'APLATIT

Les récentes statistiques américaines mitigées contribuent elles aussi à enterrer au moins provisoirement la promesse d'un "reflation trade" et à entretenir un climat général qui pourrait compromettre la normalisation en cours ou attendue des politiques monétaires des grandes banques centrales.

Cela a pesé la semaine dernière sur les valeurs financières en Bourse et entraîné les rendements obligataires à la baisse, tout en provoquant un aplatissement de la courbe des taux.

"Nous nous attendons à ce que l'inflation reste relativement stable mais nous observons aussi des risques à la baisse sur l'inflation", expliquent les économistes de Citigroup dans leurs perspectives économiques pour le second semestre, qui incluent une révision à la baisse de la prévision d'inflation mondiale pour cette année, à 2,5% contre 2,6% en novembre.

Dans ce contexte, la première estimation de l'inflation dans la zone euro au mois de juin, qui sera publiée vendredi, sera observée à la loupe par les marchés.

LE STERLING TANGUE

Autre événement de la semaine qui s'est achevée, le début des négociations formelles entre Londres et Bruxelles sur le Brexit, une procédure qui pourrait conduire Standard & Poor's à dégrader la note souveraine de la Grande-Bretagne.

Les négociations commencent un an après le fameux référendum du 23 juin 2016, dont les effets sur l'économie britannique restent limités pour l'instant à la dépréciation de la livre sterling et à une montée de l'inflation.

En attendant de connaître les termes du divorce, le sterling reste sous pression et a beaucoup tangué la semaine dernière au rythme de déclarations contradictoires venues de responsables de la Banque d'Angleterre.

Son gouverneur, Mark Carney, l'a fait baisser en disant mardi que ce n'était pas le moment de remonter les taux. Le lendemain, la devise britannique grimpait après un discours de l'économiste en chef de la banque centrale, Andy Haldane, dans lequel il a dit envisager un resserrement avant la fin de l'année.

A l'approche d'une nouvelle saison de résultats trimestriels qui se profile déjà et qui dira si la cherté des actions est justifiée par les bénéfices des entreprises, cette semaine s'annonce plutôt calme avec tout de même une série d'indicateurs sur la confiance du consommateur et le climat des affaires en zone euro comme aux Etats-Unis.

MAUVAISES SURPRISES ATTENDUES

Avec des valorisations tendues, même si la prime de risque des actions par rapport aux obligations demeure confortable, les attentes des investisseurs sont fortes et leur confiance peut être facilement ébranlée, fait valoir François-Xavier Chauchat, membre du comité d'investissement de Dorval Asset Management.

"Les risques deviennent plus asymétriques, ce qui veut dire que les effets négatifs des mauvaises nouvelles peuvent être plus importants que les effets positifs des bonnes nouvelles", précise-t-il.

Gérants et analystes étudient donc encore plus soigneusement que d'habitude l'indice des surprises économiques qu'établit pour eux Citigroup et qui mesure l'écart entre les indicateurs macroéonomiques et les prévisions.

Déjà négatif au niveau mondial, notamment à cause des Etats-Unis, où il est à son plus bas niveau depuis 2011, cet indice s'apprête à repasser en territoire négatif pour la zone euro, lit-on dans une note de stratégie de Deutsche Bank.

Sur les marchés, l'indice large européen Stoxx 600 a accusé sa troisième semaine consécutive de baisse, pour la première fois depuis juin 2016. De son côté, le marché d'actions américain est resté étale lors des cinq dernières séances.

OPTIMISME A MOYEN TERME

La tendance pour les actions à plus long terme n'est cependant pas négative, plusieurs experts les voyant rebondir au sortir de la léthargie estivale, quand la croissance des bénéfices des entreprises, qui devrait se prolonger en 2018, sera intégrée dans les cours.

"Nous restons positifs sur un horizon à six mois", écrivent ainsi les stratèges actions de BofA Merrill Lynch. "Notre scénario de base demeure un environnement de milieu-fin de cycle dans lequel les actions réalisent traditionnellement de bonnes performances".

Même optimisme à moyen terme du côté d'Alexandre Neuvy, directeur de la gestion privée chez Amplegest. "On revient dans un monde plus normal avec de l'investissement long terme", dit-il.

"On peut très bien avoir des marchés cet été sans grande évolution, moins alimentés par des catalyseurs ponctuels. Les investisseurs s'intéressent à nouveau aux bénéfices des entreprises ; c'est sain. On sort de la dépendance aux banques centrales pour s'intéresser à nouveau à l'économie".

Toujours du côté des actions, le spécialiste des indices MSCI a pris la semaine dernière une décision de poids pour les marchés financiers internationaux avec l'intégration des actions chinoises continentales dans son indice mondial des marchés émergents.

La décision du prestataire d'intégrer des actions chinoises de catégorie A dans cet indice très suivi pourrait aboutir à déplacer en une dizaine d'années quelque 400 milliards de dollars de fonds gérés par les intermédiaires de marchés vers les places boursières de Chine continentale, estiment des analystes. (édité par Blandine Hénault)

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