14 juin 2017 / 13:59 / dans 3 mois

BCE-Les détracteurs du QE fourbissent leurs arguments

par Balazs Koranyi et Toby Sterling

FRANCFORT/AMSTERDAM, 14 juin (Reuters) - Les “faucons” du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne ont exprimé mercredi de nouveaux doutes sur l‘efficacité de son programme d‘achat d‘actifs, à quelques mois de l‘ouverture d‘un débat crucial en interne.

La BCE va poursuivre jusqu‘à la fin de l‘année son programme d‘assouplissement quantitatif (quantitative easing, QE) de 2.300 milliards d‘euros lancé en 2015, au rythme de 60 milliards par mois, mais elle devra décider cet automne si elle le poursuit au même rythme en 2018 afin de raviver une inflation toujours faible ou si elle commence à diminuer ses achats de dette.

Les détracteurs du QE, Allemagne en tête, font valoir depuis le départ que les effets du programme sont discutables et ses risques sous-estimés. Le retour de la croissance de la zone euro à son meilleur niveau depuis dix ans leur fait dire désormais que le moment est venu pour la BCE de lever le pied.

Jens Weidmann, le président de la Bundesbank, juge que la BCE, en étant désormais une créancière de premier plan des Etats de la zone euro, prend le risque de s‘exposer à des pressions politiques car tout indice d‘un prochain tour de vis monétaire pourrait faire monter les taux longs et, partant, grever les budgets nationaux.

“Au bout du compte, cela peut conduire à des pressions politiques sur l‘Eurosystème en faveur du maintien d‘une politique monétaire très accommodante plus longtemps que ne le justifieraient les considérations sur la stabilité des prix”, a-t-il expliqué lors d‘une conférence.

“Après tout, dans le contexte de ces achats d‘actifs, les changements de politique monétaire impactent plus directement les coûts de financement des Etats que les modifications de taux d‘intérêt”, a-t-il ajouté.

Le sujet du “tapering” - une réduction progressive des rachats d‘actifs - n‘a pas été discuté lors de la réunion de politique monétaire du 8 juin mais les faucons de la BCE continuent de pousser pour que les achats diminuent dès 2018.

Des analystes n‘excluent pas que la BCE, en septembre, décide de poursuivre le QE au-delà de 2017, éventuellement à un rythme plus faible. Cela lui permettrait de garder toutes ses options ouvertes plutôt que de s‘engager sur une date précise, même lointaine, à l‘avenir.

QUEL IMPACT SUR L‘INFLATION ?

Klaas Knot, le président de la Banque des Pays-Bas, a noté mercredi que le QE avait certes contribué à stimuler la croissance mais que son impact sur l‘inflation était pour l‘instant resté négligeable.

“Je pense que l‘effet a été réel pour ce qui est d‘entretenir la croissance (...) mais on peut dire que l‘effet sur l‘inflation a été décevant”, a-t-il dit devant des parlementaires néerlandais. “Si vous regardez l‘inflation de base, eh bien elle est plate depuis quatre ans, plate comme une crêpe.”

Une étude de la BCE publiée mardi montre pourtant que le QE a eu un impact croissant sur l‘inflation, évalué à 0,36 point de pourcentage au dernier trimestre 2016 contre 0,18 point à la fin 2015.

Après des années de menace déflationniste, le taux d‘inflation est maintenant installé confortablement au-dessus de la barre de 1% mais il ne devrait pas atteindre l‘objectif de près de 2% de la BCE avant 2019 au mieux.

Pour Ardo Hansson, le patron de la banque centrale estonienne qui fait aussi partie des faucons du conseil des gouverneurs de la BCE, l‘effet très progressif du QE sur l‘inflation ne peut justifier de nouvelles mesures de soutien monétaire.

“Il ne faut pas attendre un impact très rapide des décisions de politique monétaire sur l‘inflation”, a-t-il dit à Reuters, ajoutant que l‘évolution des prix dépendait surtout de la reprise économique.

“Nous n‘avons pas nécessairement besoin de penser que de nouvelles mesures s‘imposent”, a-t-il ajouté.

Vitor Constâncio, le vice-président de la BCE qui participait à une conférence à Rome, a au contraire défendu la politique actuelle et affirmé qu‘elle resterait appropriée tant que l‘inflation resterait éloignée de l‘objectif de la banque centrale. (avec les contributions de Francesco Canepa à Francfort, David Mardiste à Tallinn et Isla Binnie à Rome, Véronique Tison pour le service français, édité par Marc Angrand)

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