7 juin 2017 / 09:03 / il y a 5 mois

PORTRAIT-Alexandre Bompard, un audacieux à la tête de Carrefour (actualisé)

(Actualisé avec la date du conseil d‘administration de Carrefour)

par Pascale Denis et Dominique Vidalon

PARIS, 7 juin (Reuters) - Alexandre Bompard, auréolé de son succès à la tête de la Fnac et de son audacieux rachat de Darty, s‘apprête à prendre les rênes de Carrefour à un moment charnière pour le distributeur, distancé dans le digital et rattrapé par les difficultés de ses hypermarchés français.

Son arrivée sera officialisée le 9 juin à l‘issue d‘une réunion du conseil d‘administration du groupe, ont déclaré à Reuters des sources proches du dossier.

A 44 ans, cet homme à l‘allure de garçon sage et au sourire charmeur, a su convaincre les grands actionnaires du groupe - la famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette, Groupe Arnault, holding du PDG de LVMH Bernard Arnault et Abilio Diniz, magnat brésilien du commerce - de sa capacité à relever les défis qui l‘attendent.

Le jeune dirigeant recueille tous les éloges d‘un entourage peu enclin à évoquer les aspérités d‘une personnalité qui, à l‘évidence, sait séduire.

Pour Alain Minc, conseiller politique et économique qui le connaît depuis une dizaine d‘années, Alexandre Bompard “c‘est l‘équivalent dans le business de ce qu‘est Emmanuel Macron en politique. Il est très doué et a, comme Macron, une grande capacité de charme et d‘empathie”.

Ses défauts ? “Aucun, sauf d’avoir fait l’Ena. Personne n’est parfait!”, lance dans un sourire son ami Xavier Niel, fondateur de Free.

Élève brillant, inspecteur des Finances, il passe quelques mois seulement dans la fonction publique en 2003 avant d‘entrer chez Canal Plus, dont il deviendra le directeur des sports, puis de prendre, en 2008, la direction d‘Europe 1 qu‘il devra quitter deux ans plus tard après avoir brigué, sans succès, la direction du groupe France Télévision.

Mais ce sont ses années à la tête de la Fnac et sa bataille victorieuse face à Conforama pour emporter Darty qui révèleront ses talents de dirigeant et de stratège.

“UN TEST A L‘ACIDE”

“Son expérience à la Fnac a été plus qu‘un révélateur, presque un test à l‘acide”, commente Antoine Gosset-Grainville, un de ses proches amis et administrateur de la Fnac.

“Son bilan le fait entrer dans le très petit club des managers français de premier rang”, ajoute cet ancien directeur adjoint du cabinet de François Fillon, alors Premier ministre.

A son arrivée à la tête de la Fnac, en 2011, le distributeur de produits culturels et électroniques est en grande difficulté, plombé par la concurrence des spécialistes du e-commerce, Amazon en tête.

Le nouveau PDG engage alors une vaste transformation digitale, diversifie l‘offre dans le petit-électroménager ou les jouets et ouvre des formats de proximité. Le déclin des ventes est enrayé tandis que la rentabilité se redresse grâce à d‘importantes suppressions de coûts.

Introduite en Bourse à 22 euros en juin 2013, l‘action Fnac a vu sa valeur tripler, à environ 68 euros.

Ce premier succès se double d‘un autre: le rachat de Darty à la barbe du géant Steinhoff - propriétaire de Conforama - qui permet à Alexandre Bompard de décrocher ses galons de stratège.

Face à la force de frappe du sud-africain doté d‘une capitalisation boursière vingt fois supérieure à celle de la Fnac, Alexandre Bompard est donné perdant. Pourtant, il l‘emportera sur le fil du rasoir au terme d‘une épique bataille boursière.

En quelques semaines, il convainc Vincent Bolloré, premier actionnaires de Vivendi, de lui apporter 159 millions d‘euros en échange de 15% du capital de la Fnac et boucle un crédit bancaire de près d‘un milliard.

Puis, à l‘issue d‘une folle semaine de surenchères, il déjoue la méfiance de Conforama, appelle un à un les investisseurs anglo-saxons et les convainc d‘apporter leurs titres à la Fnac.

“Il a fait preuve d‘une grande audace. Son implication personnelle vis-à-vis des investisseurs a été stupéfiante et a permis de sécuriser l‘opération”, note Antoine Gosset-Grainville.

TROUVER LA PARADE

Arnaud Lagardère, gérant commandité de Lagardère, qui l‘a embauché chez Europe 1, vante sa ténacité: “Il n‘a aucune barrière s‘il est persuadé d‘avoir une bonne stratégie”.

Son agilité, sa détermination et sa très bonne connaissance du digital sont autant d‘atouts qui ont séduit les actionnaires de Carrefour, soucieux de voir enfin réglées les difficultés des hypers français qui plombent le cours de Bourse et de voir s‘accélérer une stratégie digitale jugée trop timide.

Le nouveau PDG devra notamment trouver la parade dans un environnement particulièrement difficile en France, où la guerre des prix fait rage et où 45% du marché est détenu par des acteurs indépendants non cotés - Leclerc en tête - qui n‘ont pas les mêmes exigences de rentabilité.

Avec Alexandre Bompard, “les actionnaires de Carrefour ne pouvaient pas trouver mieux, mais je ne sais pas s‘il trouvera la martingale”, conclut, sous couvert d‘anonymat, un bon connaisseur du dossier.

Le titre Carrefour, qui était tombé à 14,00 euros en juin 2012 à la nomination de Georges Plassat comme PDG, a atteint un sommet à 32 euros en avril 2015 avant de reculer à nouveau. A 23 euros mercredi, il accuse, depuis, une chute de 27%.

Voir aussi :

* Carrefour-Le futur dirigeant attendu sur les hypers et le digital

Avec Gwenaëlle Barzic, édité par Jean-Michel Bélot

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