11 avril 2017 / 13:23 / il y a 8 mois

SYNTHESE-Tillerson va parler de la Syrie à Moscou au nom du G7

* Les pays du G7 présentent un front uni face à Moscou et Damas

* L‘attaque chimique a entraîné un revirement complet de Trump

* Poutine réaffirme son soutien inconditionnel à Bachar al Assad

par Steve Scherer et Andrew Osborn

LUCQUES, Italie/MOSCOU, 11 avril (Reuters) - Le secrétaire d‘Etat américain, Rex Tillerson, s‘est rendu mardi à Moscou porteur d‘un message commun des puissances du G7 et de leurs alliés au Proche-Orient dénonçant avec force le soutien de la Russie au régime du président syrien, Bachar al Assad.

Alors que Donald Trump semble finalement vouloir endosser le costume de leader du monde occidental traditionnellement dévolu au président américain, Rex Tillerson a encore haussé le ton contre Damas et Moscou à l‘issue de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7, à Lucques en Toscane.

“Il ne fait aucun doute à nos yeux que le règne de la famille Assad touche à sa fin”, a-t-il déclaré à la presse, actant le revirement de l‘administration Trump entamé après un bombardement chimique présumé de l‘aviation syrienne la semaine dernière dans la province d‘Idlib.

“Nous espérons que le gouvernement russe comprendra qu‘il s‘est allié à un partenaire sur lequel on ne peut pas compter, en la personne de Bachar al Assad”, a ajouté le chef de la diplomatie américaine, qui verra mercredi à Moscou son homologue russe, Sergueï Lavrov.

Le mandat octroyé par le G7 à Rex Tillerson pour s‘exprimer en son nom à Moscou marque un spectaculaire réalignement après des mois d‘interrogations sur la politique étrangère de Donald Trump, qui a multiplié les gestes de défiance envers ses alliés traditionnels tout en appelant à une amélioration des relations avec la Russie.

Le nouveau chef de la diplomatie américaine a lui-même fait de nombreuses affaires en Russie lorsqu‘il dirigeait le géant pétrolier Exxon Mobil et a reçu la plus haute distinction russe des mains de Vladimir Poutine en 2012.

Mais depuis l‘attaque chimique qui a fait 87 morts mardi dernier, et les tirs de missiles américains contre une base aérienne syrienne en représailles, Moscou et Washington ont entamé une joute verbale aussi brutale qu‘inattendue.

“FENÊTRE D‘OPPORTUNITÉ”

A quelques heures de l‘arrivée de Rex Tillerson à Moscou, le ministère russe des Affaires étrangères a estimé que les relations américano-russes n‘avaient “jamais été aussi difficiles depuis la fin de la Guerre froide”.

Les pays du G7, auquel la Russie n‘est plus conviée depuis plusieurs années, ont de leur côté évité toute surenchère en évitant le sujet épineux de nouvelles sanctions économiques contre Moscou et Damas, sujet que seul le chef de la diplomatie britannique, Boris Johnson, a brièvement mis sur la table, selon son homologue français, Jean-Marc Ayrault.

En revanche, ils sont convenus que l‘attaque chimique en Syrie avait changé la donne.

Rex Tillerson a répété mardi que la Russie avait failli à son rôle de “garant” de l‘accord par lequel Bachar al Assad avait accepté la destruction de son arsenal chimique en 2013 pour éviter des frappes occidentales après un bombardement au gaz qui avait fait un millier de morts près de Damas.

“Cet accord faisait de la Russie la garante d‘une Syrie sans arme chimique”, a insisté le secrétaire d‘Etat. “Je ne sais pas si la Russie n‘a pas pris cette obligation au sérieux ou si la Russie a été incompétente. Mais cette distinction importe peu pour les morts. Nous ne pouvons pas permettre que cela se reproduise.”

Donald Trump et Theresa May ont estimé lors d‘un entretien téléphonique lundi que l‘attaque chimique avait ouvert une “fenêtre d‘opportunité” pour persuader Vladimir Poutine de rompre avec Bachar al Assad, ont dit les services de la Première ministre britannique.

Le président américain a aussi appelé la chancelière Angela Merkel et selon le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, tous deux sont convenus de faire “tout leur possible” pour que la Russie retire son soutien inconditionnel à Bachar al Assad et, à tout le moins, “participe à la recherche d‘une solution politique”.

POUTINE CAMPE SUR SES POSITIONS

Pour l‘heure, rien ne laisse présager un revirement du Kremlin, qui a renouvelé son soutien sans faille à Damas ces derniers jours en niant la réalité du bombardement chimique. Il a annoncé mardi que les ministres des Affaires étrangères syrien et iranien étaient attendus à Moscou à la fin de la semaine.

Comparant la réaction américaine aux allégations infondées de l‘administration Bush sur l‘existence d‘un programme d‘armes de destruction massive en Irak en 2003, Vladimir Poutine a déclaré mardi qu‘il “accepterait” les critiques des pays occidentaux sur le rôle de la Russie en Syrie en espérant que “leur attitude deviendra plus positive”.

Les Etats-Unis semblent pour le moment vouloir faire monter la pression et ont d‘ores et déjà menacé l‘armée syrienne de nouvelles frappes aériennes, non seulement en cas d‘attaque chimique mais aussi si elle continue à utiliser des barils d‘explosifs largués d‘hélicoptères sur les populations civiles.

“Quand on voit des bébés et des enfants se faire gazer, et souffrir sous les barils d‘explosifs, cela entraîne une réaction immédiate”, a déclaré le porte-parole de la Maison blanche, Sean Spicer, lundi.

L‘Observatoire syrien des droits de l‘homme (OSDH) a accusé mardi l‘aviation syrienne d‘avoir utilisé des barils d‘explosif dans la province de Hama, ce qu‘un responsable de l‘armée de Bachar al Assad a démenti.

Vladimir Poutine a affirmé mardi avoir des informations selon lesquelles les Etats-Unis “se prépareraient à mener des frappes dans la région de Damas avec l‘intention d‘en faire porter la responsabilité au gouvernement syrien”. (Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles Trequesser)

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