24 février 2017 / 14:47 / dans 7 mois

REPORTAGE-La remise en forme du Charles-de-Gaulle coûtera 1,3 milliard d'euros

* Même les coeurs nucléaires seront changés

* Un chantier quatre fois plus coûteux qu‘en 2007

* La question du second porte-avions se pose-Le Drian

par Jean-François Rosnoblet

A BORD DU PORTE-AVIONS CHARLES-DE-GAULLE, TOULON, Var, 24 février (Reuters) - L es travaux de maintenance et de modernisation du porte-avions Charles-de-Gaulle, qui ont été entamés à la mi-février pour 18 mois, coûteront 1,3 milliard d‘euros, quatre fois moins que pour une opération similaire aux Etats-Unis, selon l‘opérateur DCNS.

Le fleuron de la Marine française, engagé dans les conflits en Afghanistan, en Libye et plus récemment au large de la Syrie, a été mis à sec dans le bassin Vauban, au coeur de l‘arsenal très surveillé de la base navale de Toulon.

Le géant d‘acier de 40.000 tonnes repose sur des tins (blocs qui maintiennent la quille), qui permettent au navire de ne pas être directement au contact du fond de la forme de radoub.

Comme en 2007, les deux coeurs nucléaires du navire seront changés lors de ce chantier hors norme quatre fois plus coûteux que lors de sa précédente rénovation.

Le coût d‘une modernisation similaire sur un porte-avions américain est chiffré à 4,7 milliards de dollars pour une durée de travaux de quatre à cinq ans, souligne un cadre de la DCNS (Direction des constructions navales), société qui assure la maîtrise d‘oeuvre du chantier sur le Charles-de-Gaulle.

Depuis cinq ans, le groupe français spécialisé dans l‘industrie navale militaire a préparé cette échéance avec des plate-formes d‘intégration des différents équipements qui seront testés en conditions réelles une fois installés à bord.

Cette rénovation à mi-vie du navire doit mobiliser un millier de personnes en période de pic et plus de 160 entreprises sous-traitantes du bassin d‘emploi.

L‘équipage du porte-avions, plus d‘un millier d‘hommes et de femmes, est également mobilisé et associé aux travaux.

“Quand on est en mer, on a besoin de comprendre comment fonctionne le système et d‘en connaître toutes les finesses. L‘équipage participe donc activement à cette phase de modernisation”, indique le capitaine de corvette Tanneguy (1).

L‘officier de bord avoue avoir parfois du mal à reconnaître l‘environnement dans lequel il gravite habituellement.

“La phase de démonte, où on met le navire à nu, est parfois difficile à vivre, mais on attend avec impatience de découvrir le nouveau matériel”, explique-t-il.

SECONDE JEUNESSE

Parmi les volets les plus importants de la rénovation figure la modernisation du système de combat.

“C‘est un travail complexe que de rendre une seconde jeunesse au navire, de lui redonner un potentiel pour les vingt prochaines années”, affirme Raphaël, l‘ingénieur DCNS en charge de l‘intégration du système de combat.

Tous les senseurs, qui permettent au porte-avions de connaître en temps réel son environnement dans les airs mais aussi sur et sous la mer, vont être améliorés ou remplacés.

Le radar DRBJ11-B, datant du début des années 90, va laisser place à un nouveau radar de veille en trois dimensions, le Smart-S Mk2 de Thales. Les capteurs infrarouges, les systèmes optroniques et les radars de navigation seront optimisés et la sécurité du système informatique renforcée pour parer d‘éventuelles cyber-attaques.

Plus de 200 kilomètres de câbles vont être posés pour rendre le navire compatible avec les dernières technologies. La plupart convergent vers le central opérations, par lequel transite des centaines d‘informations en temps réel et où sont prises les décisions d‘engagement du groupe aéronaval.

La vingtaine d‘opérateurs, qui y travaillent habituellement en continu, ont pour l‘instant déserté l‘immense salle et sa vision de baies informatiques désossées, d‘armoires métalliques éventrées et d‘enchevêtrement de câbles.

“C‘est le centre névralgique du navire qui permet une opérabilité partagée en mission et le transfert de données tactiques vers d‘autres navires, américains ou de l‘Otan”, explique le capitaine de corvette Tanneguy.

Le renouveau du Charles-de-Gaulle, long de 261 mètres pour 64 mètres de large, se poursuivra dans les prochains mois par la rénovation de ses installations “aviation”, qui est notamment rendue indispensable par le passage au “tout Rafale” après l‘abandon des Super Etendard en juillet dernier.

On a recensé plus de 40.000 appontages depuis la mise en service en 2001 du navire, qui a depuis parcouru l‘équivalent d‘une trentaine de tours du monde.

DÉFI INDUSTRIEL

Parmi les autres intégrations industrielles particulièrement lourdes, on peut citer l‘amélioration de la stabilisation du pont d‘envol pour faciliter les manoeuvres par mauvais temps, la dépose des safrans et la rénovation des deux chaufferies nucléaires avec le remplacement de leur combustible.

“Ce chantier est un vrai défi industriel. En moins de deux ans, le Charles-de-Gaulle doit être capable de retourner en service opérationnel”, résume Jérôme, le chef de chantier.

Venu inaugurer jeudi le nouveau site DCNS d‘Ollioules, près de Toulon, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian est revenu sur l‘absence forcée de l‘une des pièces maîtresses de la coalition internationale.

Cet “arrêt technique majeur” du CDG survient deux mois après son retour de la zone irako-syrienne où il a été déployé à trois reprises notamment pour appuyer, par des frappes aériennes, les forces locales au sol en lutte contre l‘Etat islamique.

“Nous compensons l‘absence de ce bâtiment exceptionnel par de la présence sur des bases avancées, puisque les Rafale Marine continueront d‘intervenir sur ce théâtre à partir de bases à terre”, a dit le ministre de la Défense.

Jean-Yves le Drian a estimé que la question de la construction d‘un deuxième porte-avions, pour assurer une permanence à la mer du groupe aéronaval, pouvait légitimement se poser, comme l‘estiment des experts.

“Ce n‘est pas une question absurde”, a-t-il convenu en rappelant toutefois “qu‘elle n‘est pas inscrite dans la loi programmation militaire actuelle”.

1 Seuls les prénoms peuvent être donnés, conformément aux directives de la Défense nationale. Edité par Yves Clarisse

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