13 février 2017 / 13:26 / il y a 6 mois

SYNTHESE-Berlin réaffirme son soutien à la Grèce, Moscovici à Athènes

(Actualisé avec les déclarations du minFin grec)

par Jan Strupczewski et Joseph Nasr

BRUXELLES/BERLIN, 13 février (Reuters) - Berlin a réaffirmé lundi sa volonté que la Grèce reste dans la zone euro et le commissaire européen aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, a fait savoir qu'il se rendrait à Athènes mercredi pour tenter de convaincre le pays de s'engager sur de nouvelles réformes en vue de sauver son plan de sauvetage.

Ces déclarations interviennent alors que la Commission européenne a annoncé une prévision de croissance grecque à 2,7% cette année et à 3,1% en 2018, après des années de récession.

Le gouverneur de la banque centrale grecque, Yannis Stournaras, a plaidé de son côté pour un accord rapide entre Athènes et ses créanciers, affirmant que de nouveaux retards relanceraient l'incertitude et pourraient remettre en cause le retour à la croissance du pays cette année.

"Les négociations sur le plan de sauvetage en sont à une phase très critique. La dynamique positive de l'économie doit être confortée par la conclusion rapide de la revue", a-t-il dit devant la commission des affaires économiques du Parlement grec.

"La situation pourrait être bien plus mauvaise par la suite, il pourrait être trop tard", a-t-il ajouté, appelant la Grèce et ses bailleurs de fonds à finaliser la "revue" des réformes entreprises par le pays, préalable au déblocage d'une nouvelle tranche d'aide du plan de sauvetage, d'ici la fin du mois.

Faute de cette nouvelle tranche du plan de renflouement de 86 milliards d'euros accordé à l'été 2015, la Grèce se retrouverait en défaut de paiement dès le mois de juillet.

Le ministre des Finances grec Euclide Tsakalotos a dit lui qu'Athènes s'efforçait de parvenir à un accord "politique" avec ses créanciers internationaux sur toutes les questions retardant la "revue" de son plan de sauvetage pour le 20 février, date de la réunion des ministres des Finances de la zone euro.

Tsakalotos a également déclaré à la chaîne Antenna TV que la Grèce ne demandait pas au Fonds monétaire international (FMI) un "traitement de faveur", mais demandait à l'organisation internationale de décider si elle voulait participer au troisième plan d'aide de la Grèce.

"Je voudrais demander à Madame (la directrice générale du FMi Christine) Lagarde de décider si le fonds doit ou non participer au programme, de répondre à de justes demandes, qui ne sont pas excessives", a déclaré Tsakalotos. "Ce que l'on ne peut pas pardonner c'est de perdre du temps sans préciser ses intentions."

Au conflit qui s'éternise autour des réformes à mener sur l'emploi et l'énergie s'ajoute un désaccord entre la Fonds monétaire international et les gouvernements de la zone euro sur la viabilité de la dette grecque.

Le FMI ne participe pas au troisième plan d'aide de la Grèce et ne veut pas y participer tant qu'il n'aura pas l'assurance que la Grèce pourra sortir de la spirale de sa dette.

BERLIN TENTE DE RASSURER

Selon le fonds, la dette est insoutenable et un allègement est nécessaire. Mais les créanciers de la zone euro jugent le FMI trop pessimiste et estiment que si toutes les réformes sont mises en oeuvre, il n'y aura pas besoin d'alléger la dette.

"Le programme lui-même est sur les rails", a déclaré lundi Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission chargé de l'euro et de la stabilité financière, lors d'un déplacement à Francfort. "Le problème, c'est que le FMI s'appuie sur des prévisions de croissance et de budget très pessimistes en ce qui concerne la Grèce. En outre, il ne rectifie pas ces prévisions sur la base de faits, sur la base des résultats réels."

Une mission d'experts doit retourner à Athènes cette semaine pour ses créanciers afin d'établir son dernier rapport sur l'état des réformes engagées, et Pierre Moscovici a fait savoir qu'il les rejoindrait mercredi pour aider à boucler la "revue".

Le gouvernement allemand s'est également efforcé lundi de ne favoriser un accord rapide entre Athènes et ses créanciers.

"Depuis des années, les Etats membres de la zone euro, y compris l'Allemagne, ont montré une solidarité active vis-à-vis de la Grèce avec l'objectif d'amener le pays à une situation financière viable et à la croissance économique", a dit Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel, lors d'une conférence de presse du gouvernement. "C'est une mission qui dure depuis des années et nous nous y tenons."

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Martin Schäfer, a ajouté de son côté: "Nous voulons maintenir la zone euro dans son entier, Grèce comprise, et nous apporterons notre soutien à tout que ce qui peut aider la Grèce. C'est pourquoi nous voulons que le plan d'aide continue à fonctionner."

Le différend entre le FMI et les gouvernements de la zone euro porte notamment sur l'objectif à fixer à Athènes en matière d'excédent budgétaire primaire, autrement dit hors service de la dette.

La zone euro veut que la Grèce dégage un excédent de 3,5% du produit intérieur brut en 2018 et s'y tienne par la suite. Le FMI, lui, juge trop ambitieux cet objectif et pense qu'il ne sera que de 1,5%.

La Commission européenne a estimé lundi que la dette du pays devrait passer de 179,7% du PIB en 2016 à 177,2% en 2017, puis 170,6% en 2018.

Son excédent budgétaire primaire représenterait 3,7% du PIB à cet horizon selon la Commission, un niveau supérieur à l'objectif de 3,5% convenu avec les créanciers de la zone euro.

La Commission prévoit également pour cette année un triplement de l'investissement en Grèce à 12% du PIB puis une nouvelle progression à 14,2% du PIB l'an prochain.

Concernant l'emploi, elle prévoit un taux de chômage en baisse à 20,3% en 2018 après 22% en 2017 et 23,4% l'an dernier. (avec Francesco Canepa à Francfort et Renee Maltezou à Athènes, Claude Chendjou, Henri-Pierre André et Juliette Rouillon pour le service français, édité par Véronique Tison)

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