28 novembre 2016 / 15:48 / dans 10 mois

J&J devra payer le prix fort pour convaincre Actelion-analystes

* La transaction pourrait atteindre $26 mds-analystes

* Discussions à un stade préliminaire avec J&J

* Sanofi pourrait faire une contre-offre

par John Miller

ZURICH, 28 novembre (Reuters) - La volonté du directeur général d‘Actelion, Jean-Paul Clozel, de préserver l‘indépendance du groupe suisse de biotechnologies qui a été approché par Johnson & Johnson laisse penser que le géant américain de la santé devra payer une forte prime pour réussir son opération.

Les deux groupes ont confirmé vendredi être en discussions préliminaires à la suite d‘informations de presse faisant mention d‘une éventuelle OPA de l‘américain sur le suisse.

Le spécialiste suisse des maladies pulmonaires est considéré comme une cible en raison de son portefeuille de médicaments aux marges élevées.

Les analystes estiment que J&J pourrait proposer jusqu‘à 250 francs suisses par action, ce qui valoriserait Actelion à environ 26 milliards de dollars (24,6 milliards d‘euros), soit un surcoût de six milliards de dollars par rapport à sa valeur boursière. Cette prime ne prend pas en compte le bond de 17% de l‘action vendredi.

Le titre Actelion prend encore 4,82% à 193,40 francs suisses à la Bourse de Zurich lundi vers 15h20 GMT, de loin la meilleure performance de l‘indice SMI qui abandonne 0,30% à ce stade.

Après avoir repoussé des approches supposées de Shire en 2015 et du fonds spéculatif américain Elliott Advisors en 2011, le directeur général d‘Actelion, Jean-Paul Clozel, a affirmé à maintes reprises son désir de rester indépendant. Pour ce cardiologue français, les trois principaux médicaments du groupe contre l‘hypertension artérielle pulmonaire (PAH) et le portefeuille de traitements en cours de développement sont suffisants pour assurer l‘avenir de la société.

Ce discours de fermeté ajouté au montant élevé des dernières transactions dans le secteur vont faire grimper le prix d‘acquisition d‘Actelion, estiment les analystes.

“Des accords similaires se sont conclus avec une prime de 40% et nous voyons 240 francs suisses par action comme un montant minimum”, calcule Peter Welford, analyste chez Jefferies.

Les analystes de Bryan Garnier évoquent de leur côté un montant pouvant atteindre 250 francs par action.

Dans les dernières transactions du secteur, Pfizer a fini par débourser 14 milliards de dollars pour le spécialiste du traitement du cancer Medivation, le double du prix prévu . Le suisse Roche a payé en 2014 8,3 milliards de dollars pour InterMune, soit une prime de 63%.

Jean-Paul Clozel et son épouse Martine Clozel, qui est pédiatre et responsable scientifique d‘Actelion, détiennent 5% de la biotechnologique suisse créée en 1997.

Selon Peter Welford, leur relation étroite avec la base d‘actionnaires suisses d‘Actelion donne à penser que le couple pourra mobiliser rapidement des soutiens dans l‘éventualité d‘une offre qui serait jugée insuffisante.

Si Johnson & Johnson échoue à conclure une offre, un concurrent tel que Sanofi pourrait entrer en scène, ajoutent les analystes.

Le portefeuille de PAH d‘Actelion est potentiellement complémentaire avec les activités sur les maladies rares de la filiale américaine Genzyme du laboratoire français, font-ils valoir.

Sanofi, qui a perdu la bataille du rachat de Medivation, est à la recherche d‘autres cibles, expliquent-ils.

Un porte-parole du groupe français a refusé de commenter un éventuel intérêt pour Actelion.

NOUVEAUX TRAITEMENTS

Le Tracleer, “blockbuster” historique d‘Actelion contre l‘hypertension artérielle pulmonaire, a vu son brevet tomber dans le domaine public l‘an dernier mais deux nouveaux médicaments du groupe contre la PAH, l‘Opsumit et l‘Uptravi, devraient prendre le relais.

Les ventes annuelles de l‘Opsumit devraient atteindre 1,9 milliard de francs suisses d‘ici 2020, selon des estimations recueillies par Reuters. L‘Uptravi pourrait de son côté générer un chiffre d‘affaires de plus de 2,5 milliards de francs.

Jean-Paul Clozel prévoit d‘utiliser cet argent pour financer son portefeuille de traitements en phase finale, qui comprend notamment des médicaments pour traiter les diarrhées provoquées la bactérie clostridium difficile, ainsi que le ponesimod contre la sclérose en plaques.

Depuis 2012 et l‘approche d‘Elliott Management, qui évoquait alors un objectif de 70 francs pour le titre, le cours de Bourse d‘Actelion a été multiplié par six pour atteindre près de 190 francs.

Certains analystes pensent toutefois qu‘il est possible que Jean-Paul Clozel se montre plus réceptif, l‘âge de la retraite approchant, à l‘idée de laisser les rênes de la société à un autre. Pour ces analystes, la clé serait de conserver la présence du groupe à Bâle, bien que la biotechnologique y joue les seconds rôles comparé aux géants que sont Roche et Novartis.

“Les actions Actelion ont augmenté de 400% grâce à la force de son seul portefeuille de PAH,” souligne Michael Nawrath, analyste à la Banque cantonale de Zurich.

“Bien que Clozel ait toujours défendu l‘indépendance, il est possible que le cours de Bourse à son zénith, associé à ses 61 ans, puisse le faire changer d‘avis.”, dit-il (Claude Chendjou pour le service français, édité par Véronique Tison)

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