12 octobre 2016 / 11:52 / il y a 10 mois

Un rapport propose des eurobonds garanties pour déboucler le QE

par John Geddie

LONDRES, 12 octobre (Reuters) - L'émission d'obligations garanties par les dettes souveraines acquises par la Banque centrale européenne (BCE) dans le cadre de son programme d'assouplissement quantitatif pourrait lui permettre de le déboucler si nécessaire, a dit à Reuters l'auteur d'une proposition dans ce sens actuellement examinée par les responsables monétaires européens.

Le Comité européen du risque systémique (CERS), en charge de surveiller et d'analyser les risques qui pèsent sur la stabilité du système financier européen, a chargé le mois dernier une équipe d'examiner l'idée d'une titrisation des dettes souveraines acquises par la BCE au travers d'une émission transnationale.

Une telle opération est considérée comme une possible alternative à l'émission d'"eurobonds", longuement débattue et qui continue de susciter de vives réticences, en particulier en Allemagne.

Markus Brunnermeier, professeur à Princeton et co-auteur du document de recherche sur ce sujet, a dit que la BCE pourrait utiliser un tel instrument pour retirer progressivement du marché les centaines de milliards d'euros de liquidités qu'elle a injectés dans l'économie ces dernières années au travers de son programme d'assouplissement quantitatif.

Il a ajouté que les dettes souveraines que la BCE a achetées pourraient servir de collatéral à cette nouvelle "obligation sécurisée", qui serait émise par la banque centrale elle-même ou par une autre entité.

Le CERS, présidé par le président de la BCE, Mario Draghi, s'est refusé à tout commentaire. Le mois dernier, l'instance a chargé le gouverneur de la banque centrale irlandaise, Philip Lane, co-auteur d'une précédente proposition sur l'émission d'une "obligation sécurisée" paneuropéenne, de diriger un groupe de travail sur le sujet.

L'ALLEMAGNE EST MOINS RÉTICENTE

Deux responsables monétaires de la zone euro participant aux travaux ont dit que l'un des objectifs de ce groupe de travail était de déterminer si ces obligations doivent être émises par une entité publique ou privée.

Les projets d'eurobonds ont fleuri au plus fort de la crise des dettes souveraines de la zone euro en 2011 comme une alternative à la fois sûre et liquide aux obligations d'Etat, afin de rompre le cercle potentiellement vicieux entre solvabilité des banques et solvabilité des Etats.

La plupart de ces projets prévoyaient une garantie conjointe des Etats-membres sous une forme ou sous une autre et se sont heurtés à l'opposition de l'Allemagne qui craignait, en tant que pays le plus solvable de la zone euro, de se retrouver en situation de garant ultime et de devoir solliciter ses contribuables pour pallier un défaut d'un autre Etat.

Pour Brunnermeier, le regain d'intérêt pour un "emprunt sécurisé" s'explique par la volonté des autorités de régulation de remettre en cause le statut "sans risque" des dettes souveraines, en vertu duquel les banques n'ont pour l'instant pas besoin de détenir de fonds propres au titre des risques que ces titres peuvent présenter, ce qui leur permet détenir autant de dette souveraine qu'elles le souhaitent.

L'une des sources a dit que Berlin était plus ouvert à ce type d'emprunt à l'échelle de la zone euro car il n'impliquerait pas de garantie explicite pour l'émission de nouvelles dettes, tout en étant susceptible de convaincre les régulateurs d'appliquer aux dettes souveraines une pondération des risques Etat par Etat, ce qui permettrait de limiter l'interdépendance entre solvabilité bancaire et solvabilité des Etats.

UNE DÉCISION POLITIQUE ENCORE TRÈS ÉLOIGNÉE

Une deuxième source a dit que la décision de confier à un groupe de travail le soin d'étudier le projet montrait que celui était "pris plutôt au sérieux" mais elle a ajouté qu'une "décision politique est fort éloignée."

Le rapport de Brunnermeier cite la BCE comme l'un des émetteurs potentiels de ces "obligations sécurisées" et précise que la répartition des titres souverains apportés en garantie pourrait se faire en appliquant la même clé que celle utilisée pour le programme d'achats d'actifs, à savoir le poids des pays-membres au capital de la banque centrale.

Le rapport ne va toutefois pas jusqu'à dire que la BCE doit être l'émetteur de ces titres.

"Peut-être avons nous été trop prudents sur ce point en n'impliquant pas explicitement la BCE", a dit Brunnermeier. "Mais, d'un point de vue général, il y a un large soutien au sein de la BCE. Il y a eu une certaine réticence au début mais maintenant, les membres du conseil (de la BCE) y sont favorables."

Les obstacles à surmonter pour mener le projet à bien sont toutefois nombreux. La BCE n'a acheté que des dettes souveraines de la zone euro alors que la compétence du CESR est paneuropéenne. En outre, elle ne prévoit pas de poursuivre ses achats indéfiniment alors que le projet suppose que des titres puissent être apportés en garantie de manière permanente pour que les émissions puissent se poursuivre.

Les "obligations sécurisées" comprendraient deux tranches, l'une senior destinée aux investisseurs institutionnels et l'autre junior, mieux rémunérée et ciblant des investisseurs prêts à prendre plus de risques, comme des hedge funds.

Si la BCE émet elle-même ces instruments, le risque serait qu'en cas de demande insuffisante pour les titres juniors, elle se retrouve détentrice de la dette la plus risquée.

avec Marc Jones à Londres, Balazs Koranyi et Francesco Canepa à Francfort; Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand

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