28 septembre 2016 / 15:03 / il y a un an

LEAD 2-Draghi défend la politique de la BCE face aux députés allemands

(Actualisé avec précisions, nouvelles déclarations)

par Michael Nienaber et Matthias Sobolewski

BERLIN/FRANCFORT, 28 septembre (Reuters) - Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a rejeté mercredi les critiques allemandes contre la politique monétaire ultra-accommodante de la BCE en affirmant que les taux d'intérêt négatifs étaient une nécessité et en appelant les Etats, Allemagne incluse, à assumer leur part du soutien à la croissance.

Devant la commission des Affaires européennes du Bundestag, il a assuré que les Allemands bénéficiaient eux aussi de la politique menée par la banque centrale et ajouté que des initiatives des gouvernements, dont celui d'Angela Merkel, constituaient une condition préalable à la remontée des taux.

Les relations entre la BCE et les milieux politiques allemands se sont tendues ces dernières années, Berlin critiquant de plus en plus ouvertement la politique monétaire menée sous l'autorité de Mario Draghi, qui conjugue des taux historiquement bas et des achats massifs de titres sur les marchés destinés à faire baisser le coût du crédit.

De nouveaux signes de tension sont apparus récemment face à la perspective d'une nouvelle amplification du soutien de la BCE à l'économie de la zone euro et à ses appels du pied répétés à l'Allemagne, en excédent budgétaire, pour qu'elle augmente la dépense publique.

"Au final, les épargnants, les salariés, les entrepreneurs, les retraités et les contribuables de la zone euro, y compris en Allemagne, se portent mieux grâce à nos décisions, aujourd'hui et demain", a dit Mario Draghi aux députés allemands à la veille d'un tête-à-tête avec la chancelière.

"Ce dont nous avons besoin pour l'instant, c'est de permettre à nos décisions de produire entièrement leur effet."

AVERTISSEMENT AUX DÉPUTÉS

Les taux négatifs pratiqués par la BCE sont régulièrement accusés, en Allemagne, de menacer la stabilité financière, de pénaliser l'épargne, de déstabiliser les banques et de récompenser la mauvaise gestion de certains Etats de la zone euro.

"En fait, certains éléments montrent qu'entre 2008 et 2015, les intérêts payés par les foyers allemands, en pourcentage du revenu disponible brut, ont baissé davantage que les intérêts perçus", a dit Mario Draghi.

"Bien sûr, des taux d'intérêt bas pendant une longue période peuvent impliquer un risque de surévaluation des actifs en raison de la recherche de rendement. Mais pour l'instant, nous n'observons aucune surchauffe dans la zone euro ou dans l'économie allemande dans son ensemble."

Les appels de la BCE à une augmentation de la dépense publique sont mal perçus en Allemagne, où l'équilibre des finances publiques est la pierre angulaire de la politique budgétaire d'Angela Merkel et surtout de son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble.

Mais Mario Draghi a averti les députés que des attaques répétées visant la BCE pourraient la forcer à prendre de nouvelles mesures si elles nuisaient à l'efficacité de celles déjà en vigueur, ont rapporté des membres de la commission.

Il ne semble pas pour autant avoir convaincu tous ses interlocuteurs de mettre une sourdine à leurs critiques.

"Ce qui a également été débattu, c'est le fait qu'une politique de taux d'intérêt bas équivaut à un plan de sauvetage déguisé alors que le Bundestag allemand n'a jamais donné son accord pour cela", a ainsi déclaré Gunther Kirchbaum, le président de la commission des Affaires européennes. (Balazs Koranyi et Francesco Canepa; Marc Angrand pour le service français)

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