20 septembre 2016 / 10:12 / dans un an

La BoJ pourrait créer la surprise sur les marchés obligataires

par Richard Leong et Vidya Ranganathan

NEW YORK/SINGAPOUR, 20 septembre (Reuters) - La Banque du Japon peut voler la vedette à la Réserve fédérale mercredi si elle choisit de changer le cap de sa politique monétaire pour tenter de donner un nouvel élan à l‘économie nippone et si la banque centrale américaine opte pour le statu quo.

L‘une des options qu‘étudie la BoJ consisterait à être moins offensive en matière d‘achats d‘obligations à long terme, donc à laisser les rendements longs remonter, et à enfoncer un peu plus ses taux d‘intérêt à court terme en territoire négatif.

Cela devrait logiquement se traduire par une hausse des rendements des emprunts d‘Etat à long terme, aux Etats-Unis et ailleurs, donc marginalement par une augmentation du coût du crédit pour les consommateurs et les entreprises.

Les investisseurs japonais en quête de rendement se sont en effet tournés vers les obligations étrangères ces dernières années, les rendements japonais étant devenus négatifs. Ce mouvement a contribué à maintenir les rendements des principaux grands émetteurs à des niveaux proches des plus bas historiques.

“L‘importance de la BoJ tient en partie au fait que les Japonais ont acheté à l‘étranger tout ce qui était susceptible de leur assurer un rendement”, explique David Keeble, responsable de la stratégie de taux de Crédit agricole CIB à New York.

La semaine dernière, le rendement à dix ans japonais est remonté tout près de zéro, un seuil sous lequel il évolue depuis mars, profitant des ventes massives d‘obligations déclenchées par l‘annonce le 8 septembre de la décision de la Banque centrale européenne (BCE) de ne pas augmenter ses achats d‘actifs.

Le choix de la BCE a alimenté, chez une partie des investisseurs, les craintes de voir les banques centrales se retrouver à court de munitions pour soutenir l‘économie.

“Le Japon illustre le sentiment général selon lequel les responsables des politiques monétaires n‘ont plus grand-chose en magasin”, dit Charlie Diebel, responsable taux d‘Aviva Investors à Londres. “De ce fait, quand on aura besoin d‘un soutien supplémentaire, la politique monétaire ne sera pas forcément le bon canal.”

UNE CONFUSION ENTRETENUE ?

La BoJ doit rendre publiques mercredi les conclusions de l‘examen approfondi de sa politique monétaire et certains observateurs s‘attendent à ce qu‘elle abaisse ses taux à court terme, déjà négatifs, tout en modifiant son programme d‘achats d‘obligations.

De son côté, la Fed, qui annoncera quelques heures plus tard sa propre décision, pourrait selon la majorité des économistes laisser son objectif de taux à court terme inchangé, entre 0,25% et 0,50%, tout en laissant la porte ouverte à un relèvement d‘ici la fin de l‘année.

Il est toutefois certain que si la banque centrale américaine contredit le pronostic privilégié par le marché et choisit de relever cet objectif dès mercredi, les choix de la BoJ seront relégués au second plan.

Une telle issue, qui ne manquerait pas de perturber les marchés financiers, est toutefois jugée peu probable après une série d‘indicateurs américains jugés décevants et à l‘approche de l‘élection présidentielle américaine du 8 novembre.

Pour la BoJ, la situation est délicate car le yen, que sa politique de taux négatifs et d‘achats d‘actifs était censée affaiblir, a au contraire gagné 15% face au dollar et 13% face à l‘euro depuis le début de cette année.

Parallèlement, les courbes de rendements se sont “pentifiées” ces dernières semaines, un mouvement emmené par les rendements japonais.

“Sur les 15 à 20 dernières années, on a toujours pensé que les Japonais étaient des suiveurs. En fait, il s‘avère qu‘ils ont été plutôt leaders”, dit Ashley Perrott, responsable taux fixes chez UBS Asset Management à Singapour.

“Le reste du monde a suivi le Japon dans la baisse des rendements. Et je crois qu‘il reste leader”, ajoute-t-il.

La capacité de la BoJ à communiquer clairement sur ses intentions est donc capitale et certains analystes pensent que la confusion perceptible avant les annonces de mercredi est voulue, afin de limiter l‘effet de surprise pour éviter des perturbations trop fortes sur les marchés.

Au vu des positions actuelles sur les marchés de taux, les traders estiment à 17% la probabilité que la BoJ abaisse son objectif de taux à -0,3% mercredi, et à 14% celle que la Fed relève l‘objectif du taux des “fed funds” d‘un quart de point, selon les données Reuters.

avec Trevor Hunnicutt et Jennifer Ablan à New York, Fransiska Nangoy à Djakarta, John Geddie à Londres et Hideyuki Sano à Tokyo; Marc Angrand pour le service français, édité par Véronique Tison

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