16 septembre 2016 / 09:07 / il y a un an

RPT-Wells Fargo critiquée pour son silence sur ses comptes fantômes

(Répétition mastic §5)

par Dan Freed et Ross Kerber

NEW YORK, 16 septembre (Reuters) - Le scandale des comptes fantômes de Wells Fargo jette une lumière crue sur la manière dont la banque américaine communique.

Malgré les multiples informations de presse sur l'ouverture par les autorités fédérales et le parquet de Los Angeles d'une enquête sur les pratiques commerciales des succursales de la banque de San Francisco et l'annonce d'un règlement amiable de 190 millions de dollars, le groupe n'a rien dit aux investisseurs qui puisse leur permettre de mesurer l'étendue des dégâts.

La capitalisation de Wells Fargo a fondu d'environ 19 milliards de dollars depuis que l'enquête a révélé, la semaine dernière, que des salariés de la banque avaient créé quelque deux millions de comptes sans l'assentiment des clients concernés, dans le seul but de réaliser leurs objectifs commerciaux.

Le scandale a conduit la banque à licencier 5.300 personnes et même si les 190 millions de dollars qu'elle a accepté de verser ne représente qu'une infime fraction des 23 milliards de profits dégagés l'an passé, son action n'en a pas moins perdu 7,5%, alors que l'indice Dow Jones des bancaires n'a reculé que de 2,4% dans le même temps.

Les investisseurs, analystes et juristes qui ont parlé à Reuters disent que le silence de la banque n'implique pas qu'elle ait enfreint la loi mais ils s'accordent à dire qu'il n'arrange pas son image et que le PDG, John Stumpf, doit s'expliquer.

"Cela altère encore une crédibilité déjà bien entamée sur leur volonté d'être transparent", dit Nell Minow, vice-président de ValueEdge, une société de conseil en gouvernance d'entreprise.

"Ils se sont contentés du minimum légal; est-ce que c'est loyal envers les investisseurs ou est-ce que c'est tout ce que les investisseurs doivent savoir ou veulent savoir? Je n'en crois rien".

John Stumpf doit être entendu la semaine prochaine par la Commission bancaire du Sénat.

Plusieurs investisseurs activistes ont réclamé jeudi la séparation des fonctions de directeur général de celles de président du conseil d'administration, pour l'instant toutes occupées par le PDG. Un autre investisseur est allé plus loin en demandant à Wells Fargo d'étudier une scission de ses activités non strictement bancaires.

"C'est un scandale aux proportions quasiment inimaginables", a dit à Reuters Arthur Levitt, un ex-président de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendame de Wall Street. "La direction ne peut pas s'en tirer comme ça".

UNE OBLIGATION DE TRANSPARENCE SUJETTE À INTERPRÉTATION

Les agissements des succursales n'ont rien de neuf pour la banque, qui a ouvert une enquête interne dès 2011, année des premiers licenciements pour "pratiques commerciales inadaptées". Une enquête du Los Angeles Times publiée en 2013 faisait état d'une "culture commerciale de la cocotte-minute" au sein de la banque.

Les rapports trimestriels ou annuels de la banque ne font pourtant aucune mention de l'enquête interne ou des investigations des autorités. Wells Fargo s'est également abstenue, jusqu'à cette semaine, de signaler qu'elle avait constitué au deuxième trimestre une réserve en vue du règlement du dossier.

Stumpf s'est excusé et a dit que la direction assumait la responsabilité des faits. Son porte-parole Mark Folk a déclaré que la banque n'avait pas eu le sentiment qu'elle devait informer les investisseurs en préalable au règlement du litige.

Le droit boursier américain impose aux sociétés cotées d'informer publiquement les investisseurs de faits financiers et autres significatifs. Si quelque chose est "important", cela doit être signalé mais ce critère laisse une place de choix à l'interprétation personnelle.

Une porte-parole de la SEC s'est refusé à tout commentaire sur Wells Fargo. KPMG, le commissaire aux comptes de la banque, a invoqué son obligation de réserve.

ÉVITER L'EFFET DE SURPRISE

La SEC privilégie l'exactitude de l'information sur la vitesse de sa publication, disent des experts. Si la direction d'une entreprise n'est pas certaine de l'ampleur d'un problème, elle peut surseoir à une publication pour mettre les choses au clair. Mais l'inverse est vrai aussi: la situation d'une entreprise peut empirer si elle minimise un problème qui vient d'être révélé.

En la matière, JPMorgan Chase fait figure de contre-exemple: Jamie Dimon, le PDG de la banque, avait assuré que les pertes de la "baleine de Londres" - le surnom de l'un de ses traders - n'étaient qu'une "tempête dans un verre d'eau", avant de révéler un mois plus tard que ces transactions s'étaient soldées par une perte de plus de deux milliards de dollars. Il avait par la suite présenté ses excuses.

Wells Fargo aurait au moins été bien avisée de signaler le problème plus tôt, de l'avis des experts.

"Elle aurait dû tenter de prendre le contrôle de la publication des informations de façon à ce que ça ne fasse pas l'effet d'une bombe en venant d'ailleurs", estime Erik Gordon, un professeur de l'Université du Michigan.

"Elle se trouve maintenant en position terriblement inconfortable en donnant l'impression d'avoir fait quelque chose et de l'avoir dissimulé".

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Angrand

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