4 août 2016 / 14:02 / il y a un an

LEAD 1-La BoE baisse son taux dans le sillage du vote pour le Brexit

* Première baisse de taux depuis 2009

* Les achats d'actifs renforcés

* Stagnation en vue pour l'économie britannique (Actualisé avec précisions, commentaires, réactions de marché)

par David Milliken et Ana Nicolaci da Costa

LONDRES, 4 août (Reuters) - La Banque d'Angleterre (BoE) a abaissé jeudi son taux directeur pour la première fois depuis 2009 et relancé son programme de rachat d'obligations pour faire face aux effets sur l'économie du vote des Britanniques en faveur d'une sortie de l'Union européenne.

L'institut d'émission se tient prêt à prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir la stabilité financière et n'exclut pas de baisser encore les taux mais écarte l'idée de les faire passer en territoire négatif, a déclaré son gouverneur, Mark Carney.

La BoE, qui a baissé son taux directeur d'un quart de point, le ramenant à 0,25%, anticipe une stagnation de l'économie britannique pour le reste de l'année et s'attend à une croissance faible tout au long de l'an prochain.

Si la baisse des taux, votée à l'unanimité par les neuf membres du conseil de politique de la BoE, était attendue par les économistes, la décision d'augmenter de 60 milliards de livres le programme d'assouplissement quantitatif, ainsi porté à 435 milliards de livres, l'était moins.

L'élargissement de ce programme de rachat d'obligations, qui a été voté par six voix contre trois, durera six mois.

La banque centrale également lancé deux nouveaux programmes, dont l'un pour le rachat de 10 milliards de livres d'obligations d'entreprises de bonne qualité et l'autre - dont le montant pourrait atteindre 100 milliards de livres - pour s'assurer que les banques continuent à prêter malgré la baisse des taux.

Dans la foulée de ses annonces, la livre a reculé de plus de 1% face au dollar tandis que le rendement des obligations souveraines britanniques à 10 ans tombait à un nouveau plus bas record de 0,678%. La Bourse de Londres, qui était à la traîne des autres places européennes toute la matinée, gagne pour sa part 1,5% vers 13h20 GMT.

La plupart des membres du comité de politique monétaire s'attendent à une nouvelle baisse des taux d'intérêt cette année, à un niveau "proche de mais légèrement supérieur à zéro", si les faibles prévisions économiques se confirment.

"Après le vote du Royaume-Uni pour une sortie de l'Union européenne, le taux de change a baissé et les perspectives de croissance à court et moyen termes se sont sensiblement affaiblies", dit la BoE dans son rapport sur l'inflation.

LA CROISSANCE EN 2017 REVUE À LA BAISSE

La BoE a décidé d'agir car le vote en faveur d'un Brexit a sensiblement modifié les perspectives économiques, a confirmé Mark Carney.

"La banque continue de se tenir prête à prendre toutes les mesures nécessaires pour atteindre ses objectifs de stabilité monétaire et financière tandis que le Royaume-Uni s'adapte aux nouvelles réalités et va de l'avant pour saisir les nouvelles opportunités", a-t-il dit.

Le gouverneur de la BoE a averti toutefois que la politique monétaire ne pourrait à elle seule amortir complètement le choc provoqué par le résultat du référendum du 23 juin.

Plusieurs observateurs ont dit craindre les effets inflationnistes des mesures annoncées jeudi.

"Le nouvel assouplissement (...) pourrait s'avérer problématiques pour l'économie britannique", a ainsi estimé Daniel Mahoney, économiste spécialisé dans la politique monétaire. "L'affaiblissement de la livre signifie que les pressions inflationnistes augmentent déjà, et la décision d'aujourd'hui va les exacerber".

Malgré plusieurs indicateurs suggérant que l'économie britannique ralentit fortement et pourrait même entrer en récession, il est trop tôt pour avoir des données officielles sur l'impact du référendum sur le produit intérieur brut (PIB) du pays.

La BoE a maintenu jeudi son estimation de croissance pour cette année à 2,0% après un chiffre meilleur que prévu au premier semestre mais a revu en forte baisse sa prévision pour 2017, à +0,8% contre 2,3% précédemment.

La banque centrale a parallèlement revu en hausse sa prévision d'inflation en raison de la baisse de la livre sterling. Elle prédit désormais que la hausse des prix atteindra 2,4% en 2018. (David Milliken et Ana Nicolaci da Costa; Benoit Van Overstraeten et Juliette Rouillon pour le service français, édité par Patrick Vignal)

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