24 juin 2016 / 10:27 / il y a un an

Brexit-Les entreprises françaises fourbissent leurs armes

* Les sociétés se préparent à une période de changes volatils

* PSA compte sur le mix-prix et Danone sur le hedging

* L'impact à long terme plus difficile à prédire

* L'Europe se retrouve dans une situation difficile-Lévy

* Technip maintient son projet de siège à Londres

par Gilles Guillaume

PARIS, 24 juin (Reuters) - Les entreprises françaises présentes au Royaume-Uni fourbissent leurs armes vendredi après la victoire du camp du Brexit au référendum britannique, surtout pour faire face à la période d'instabilité monétaire qui s'annonce dans un premier temps entre le Royaume-Uni et le reste de l'Europe.

Si l'impact économique d'une sortie du Royaume-Uni de l'UE reste encore difficile à mesurer sur le long terme, l'effet immédiat sera une grande volatilité des changes, avec vendredi une livre sterling à un plus bas historique. Les entreprises qui réalisent une partie substantielle de leurs ventes dans cette devise peuvent tenter de limiter l'impact en modifiant leurs prix ou en se couvrant.

"Les équipes étudient différents scénarii de réajustement des tarifs de ventes des modèles de nos marques pour réagir vite aux réactions des marchés", a déclaré à Reuters un porte-parole de PSA. Le groupe pourrait ainsi relever ses tarifs pour préserver sa rentabilité aux dépens de sa part de marché, qui était de 8,5% en 2015.

"Comme dans tous les pays où on opère dans des contextes volatils, notre objectif est d'atténuer les risques à travers la couverture classique de taux de changes", a expliqué de son côté une porte-parole de Danone. Le groupe agroalimentaire, qui réalise outre-Manche 6% environ de ses ventes mondiales, entend malgré tout poursuivre le développement de son activité et de ses filiales au Royaume-Uni tant que la nouvelle donne n'est pas clarifiée.

Elior, dont le développement au Royaume-Uni et aux Etats-Unis est au coeur du plan de croissance 2020, voit même des opportunités dans le Brexit. "Notre objectif est de signer au moins un deal avant la fin de l'année, un en Grande-Bretagne et un aux Etats-Unis. C'est faisable", a annoncé jeudi à Reuters le PDG du groupe de restauration collective.

"Brexit ou pas Brexit, ça ne change strictement rien pour nous", a-t-il ajouté avant l'issue du référendum, tout en précisant qu'une baisse de la livre réduirait aussi le coût d'une acquisition.

L'exploitant du tunnel sous la Manche, Eurotunnel, a estimé lui aussi qu'une baisse de la livre pourrait constituer un effet d'aubaine en réduisant le montant de la dette du groupe dans cette monnaie, en augmentant les coûts des concurrents maritimes et en soutenant les exportations britanniques.

Parmi les autres contrecoups possibles, Paris Europlace, qui défend les intérêts de la place financière de Paris, veut que le Royaume-Uni perde le bénéfice du passeport européen pour l'accès aux marchés financiers. Mais le Brexit n'a pas encore fait renoncer les banques françaises à leur implantation à Londres: Société générale s'est par exemple dite déterminée à poursuivre son développement au Royaume-Uni et à ce que Londres demeure une grande place financière.

PAS D'IMPACT POUR HINKLEY POINT, DIT EDF

A titre personnel, certains chefs d'entreprise se disent néanmoins consternés par la décision britannique.

"Je regrette vivement que le Brexit ait été voté mais il faut respecter la décision des citoyens britanniques", a déclaré Michel Landel, directeur général de Sodexo. Le groupe de restauration collective, très présent en Grande-Bretagne où il emploie 40.000 personnes, ne voit cependant pas d'"impact majeur et direct sur ses activités" qui sont pour l'essentiel locales.

"En votant ainsi, ils se mettent dans une situation difficile, ils mettent l'Europe dans une situation difficile", s'est ému de son côté Maurice Lévy, PDG de Publicis.

Mais là encore, le groupe publicitaire ne voit pas d'impact majeur sur sa société, qui tire 7% des revenus du Royaume-Uni .

L'impact à plus long terme sur la croissance économique britannique et les échanges commerciaux avec le reste du continent restent plus difficiles à prévoir.

"Quant aux conséquences du Brexit sur le marché automobile britannique ou européen, il est trop tôt pour l'anticiper. Mais rappelons que le marché européen a été très bon depuis le début de l'année", a déclaré le PDG de l'équipementier Valeo . "Cela n'aura pas de conséquence sur la stratégie de Valeo, basée sur l'innovation et la croissance organique."

EDF a répondu lui aussi que le Brexit n'aurait pas d'impact sur ses activités et sa stratégie au Royaume-Uni. Technip a assuré de son côté que le projet de fusion avec l'américain FMC, qui prévoit de domicilier la future société à Londres, n'était pas modifié. (Avec l'ensemble de la rédaction de Paris, édité par Jean-Michel Bélot)

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