23 juin 2016 / 13:12 / il y a un an

La BCE usera d'abord de persuasion au sujet des NPL-sces

par Balazs Koranyi et Francesco Canepa

FRANCFORT, 23 juin (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) compte communiquer aux banques d'ici la fin de l'année ou le début 2017 des directives informelles sur les moyens de réduire leurs encours de créances douteuses, ont déclaré des sources jeudi.

La BCE, qui supervise 129 grandes banques de la zone euro, établira des objectifs qualitatifs et quantitatifs confidentiels mais tout ne sera pas forcément écrit, ont ajouté les sources.

Le procédé donnerait ainsi aux banques une certaine souplesse et laisse penser que la BCE compte dans un premier temps, sur ce dossier, user de persuasion plus que de contrainte.

Cela étant, la BCE ne s'est pas pour l'heure forgé d'opinion définitive, ce qui veut dire que cette dernière pourrait encore évoluer, surtout en ce qui concerne le calendrier de cette mesure, a observé l'une des sources.

La BCE n'a fait aucun commentaire.

Plombées par quelque 900 milliards d'euros de créances douteuses ou irrécouvrables, les banques tardent à tirer un trait sur cet héritage de la crise de la dette en Europe, redoutant de nouvelles pertes à inscrire à leur bilan et choisissant pour l'heure de restreindre la rémunération de leurs actionnaires et de leurs dirigeants.

C'est pourquoi les autorités sont soucieuses de donner un coup de pouce aux banques car cette montagne de créances pourries obère leurs valorisations, augmente leurs coûts de financement et en définitive freine la croissance économique, entravant ce faisant les efforts de la BCE pour la soutenir.

L'institut d'émission estime que 7,1% des prêts bancaires de la zone euro étaient en situation tangente à la fin de l'année dernière, près de cinq fois plus qu'aux Etats-Unis. L'Italie et la Grèce figurent parmi les plus mauvais élèves en la matière.

Les recommandations de la BCE, si elles n'étaient pas suivies, pourraient laisser place à un examen en bonne et due forme et à de nouvelles exigences en matière de fonds propres, ont encore dit les sources.

"En ce qui concerne les créances douteuses, certaines banques se contentent d'attendre des jours meilleurs", a expliqué l'une d'elles, au fait des réflexions de la banque centrale. "Il faut passer ces créances par pertes et profits sans quoi les banques devront augmenter leurs provisions à 50%, voire 70%".

Mais les analystes soulignent que vendre ou déprécier ces créances en toute hâte exigerait de bon nombre d'établissements d'augmenter leur capital car les provisions sont en moyenne d'un peu plus de 40% et que la valorisation actuelle de ces créances sur le marché conduirait à extérioriser des pertes.

Les autorités, même si elles veulent aller vite, admettent que le cadre réglementaire reste incohérent, au vu des différences nationales. Elles reconnaissent aussi que liquider rapidement les créances serait un remède de cheval susceptible d'être pire que le mal car le choc anaphylactique qui en résulterait aboutirait lui aussi à entraver les efforts déployés par la BCE pour la croissance et l'inflation.

"Il y a un marché mondial des créances douteuses mais il est illiquide parce qu'il dépend beaucoup des législations nationales", constate l'une des sources.

Même si certaines banques se verront peut être fixer un calendrier et des objectifs de provisionnement, il ne faut pas accorder une importance indue à ces objectifs chiffrés, font valoir les sources, car le but est d'amener les banques à être plus transparentes et à se démener un peu plus pour assainir leur passif.

Les directives informelles de la BCE stipuleront sinon un traitement différenciés des créances à problème, selon qu'elles seront plus ou moins anciennes dans le bilan des banques.

La banque centrale examinera aussi dans quelle proportion les banques auront réestimé les garanties attachées aux prêts, pour mieux prendre en compte par exemple une dégradation de la conjoncture, et le nombre d'entreprises clientes dont elles auront effectué un nouveau diagnostic pour réévaluer leurs chances d'être remboursées.

Il sera enfin demandé aux banques si elles ont passé des accords avec certains emprunteurs en vue de repousser leur saisie et ce pour quel délai et si elles ont recatégorisé des créances, par exemple de normales en non performantes (NPL), et sur quelle proportion elles ont entrepris de récupérer leurs fonds.

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Joanny

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