16 juin 2016 / 23:52 / il y a un an

Brésil-Démission du ministre du Tourisme, Michel Temer fragilisé

par Lisandra Paraguassu

BRASILIA, 17 juin (Reuters) - Le ministre brésilien du Tourisme, Henrique Eduardo Alves, visé dans l'enquête sur des faits de corruption liés à la compagnie pétrolière publique Petrobras, a démissionné jeudi.

Il est le troisième ministre du gouvernement mis en place par le président par intérim Michel Temer, qui a pris ses fonctions le 12 mai dernier, à démissionner pour son implication présumée dans l'affaire Petrobras, après le ministre du Plan Romero Juca et le ministre de la Transparence Fabiano Silveira.

Michel Temer a lui-même été mis en cause pour la première fois par un témoignage rendu public mercredi par la Cour suprême et a démenti toute implication.

Ex-sénateur centriste et ancien chef de la branche transports de Petrobras, Transpetro, Sergio Machado multiplie les aveux impliquant amis et alliés depuis qu'il est aux mains des autorités. Le ministre du Tourisme fait partie d'une vingtaine de responsables mis en cause par ses révélations.

Sergio Machado a rapporté que Henrique Eduardo Alves, parlementaire depuis une quarantaine d'années, avait sollicité une contribution à la campagne du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) d'un montant de 1,55 million de réals (400.000 euros).

La somme a selon lui été versée légalement par des groupes industriels, mais était le résultat de dessous-de-table sur des contrats avec Petrobras.

Henrique Alves a démenti les accusations et a déclaré mercredi soir que les contributions à ses campagnes avaient été faites dans les règles et avaient été déclarées aux autorités.

Sa démission accroît encore les difficultés que connaît le ministère du Tourisme à l'approche des Jeux olympiques de Rio, qui s'ouvrent le 5 août. La campagne de marketing mondiale de l'événement a été repoussée de plusieurs mois à cause de la valse ministérielle que connaît Brasilia, avec la suspension de la présidente Dilma Rousseff.

"Je ne veux pas créer de gêne ou de difficultés pour le gouvernement", a dit Henrique Alves dans une lettre adressée au président par intérim, expliquant qu'il quittait ses fonctions pour mieux se défendre des accusations dont il fait l'objet.

"UNE SUGGESTION INSENSÉE"

Sergio Machado a également mis en cause Michel Temer lui-même, l'accusant d'avoir sollicité des fonds pour la campagne municipale du parti centriste de 2012 à Sao Paolo à travers un montage financier similairement lié à Petrobras, où le versement légal des sommes a été fait par le conglomérat industriel Queiroz Galvao.

Temer a rejeté les accusations de corruption à son égard, les qualifiant d'"irresponsables, ridicules, mensongères et criminelles" et a promis jeudi dans un discours à la nation que son gouvernement ne se laisserait pas détourner des réformes qu'il entend mener pour restaurer l'économie.

"Nous ne tolérerons pas les affirmations de cette nature", a-t-il dit dans le discours préparé à la hâte. "Une suggestion insensée comme celle-là peut perturber le travail du gouvernement. Mais je veux affirmer que rien n'entravera notre désir, notre mission et notre volonté de faire ce que le président doit faire, dès maintenant."

Les accusations apportent une lueur d'espoir pour la présidente suspendue Dilma Rousseff et ses alliés du Parti des travailleurs, qui accusent Michel Temer d'avoir organisé la procédure de destitution à son encontre pour masquer leur propre implication dans le scandale Petrobras.

Soupçonnée d'avoir manipulé les comptes publics pour faciliter sa réélection en 2014, Dilma Rousseff fera l'objet d'un procès en destitution au Sénat au mois d'août.

Sur les 55 sénateurs qui se sont prononcés le mois dernier pour sa suspension en vue du procès, plusieurs dizaines seraient maintenant indécis quant à l'idée de la condamner, rapportent les médias brésiliens.

Il suffirait qu'un petit nombre d'entre eux basculent et le camp de Michel Temer n'aurait plus les 54 voix nécessaires, soit deux-tiers des 81 sièges que compte le Sénat, pour faire condamner Dilma Rousseff.

Si elle est condamnée, ce que de nombreux experts prévoient, la présidente de gauche devra quitter définitivement ses fonctions et Michel Temer assurera l'intérim jusqu'aux prochaines élections, en 2018.

Cherchant à s'allier le plus grand nombre, Dilma Rousseff a proposé la semaine dernière l'organisation d'un référendum sur une éventuelle élection présidentielle anticipée si elle échappe à la procédure de destitution qui la vise. (Jean-Stéphane Brosse et Julie Carriat pour le service français, édité par Danielle Rouquié)

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