24 février 2016 / 17:34 / il y a un an

Les émergents montent au créneau pour leur devise, avant le G20

par Patrick Graham et Sujata Rao

LONDRES, 24 février (Reuters) - Les efforts de plusieurs pays émergents pour stabiliser leur devise, sous pression depuis près de trois ans,sans attendre une hypothétique action concertée à l'échelle internationale sur les changes ont été salués par de grands fonds d'investissement qui y voient le catalyseur d'un retournement de tendance.

La réunion des ministres des Finances et des banquiers centraux du G20 vendredi et samedi à Shanghai, en Chine, risque de décevoir ceux qui en espèrent un grand plan concerté de relance de l'économie mondiale et d'apaisement sur les marchés financiers.

Plusieurs des pays émergents membres du G20 comme le Mexique, le Brésil, la Corée du Sud et l'Inde ont d'ores et déjà renforcé la défense de leur devise malmenée par des mesures énergiques accompagnées de mises en garde contre les spéculateurs.

Et cela sans parler de la Chine qui a encore puisé dans ses réserves le mois dernier, à hauteur de près de 100 milliards de dollars, pour tenter de stabiliser le yuan.

Le gouverneur de la banque centrale du Mexique, Augustin Carstens, a appelé le mois dernier les grandes puissances émergentes à endiguer de manière coordonnée les sorties de capitaux qu'elles subissent.

Il a depuis procédé à une hausse surprise des taux d'intérêt et à des interventions sur le marché des changes pour un montant d'environ deux milliards de dollars.

"C'était une manière de manifester notre désaccord, notre rejet manifeste de ces niveaux", a dit Carstens jeudi dernier en référence à la chute de 40% du peso depuis 2013.

La banque centrale coréenne a publié le lendemain un communiqué dénonçant l'intensification des comportements moutonniers sur le marché après des interventions pour soutenir le won d'un montant comparable.

RETOURNEMENT

Loin de considérer ces initiatives comme inutiles au regard de l'ampleur des flux de capitaux internationaux, plusieurs grandes banques et sociétés de gestion internationales y ont vu le catalyseur d'un retournement du sentiment de marché.

"Le nombre d'interventions de pays émergents crée une dynamique intéressante. A une semaine de la réunion du G20, c'est assez étrange", a dit Richard Benson, co-gérant du fond sur les devises Millenium.

"Dans un environnement de dévaluations compétitives, nous avons atteint un point où des gens n'en veulent plus."

Quelques grandes sociétés de gestion, dont la première au monde BlackRock, ont désormais une recommandation positive sur le marché de la dette émergente en monnaie locale, estimant que le mouvement vendeur amorcé en 2013 touche à sa fin.

Le responsable du marché de la dette émergente de BlackRock, Sergio Trigo Paz, dit que cela s'explique en partie par le rebond attendu sur les devises.

Pour les investisseurs américains le bond de 25% du dollar contre un panier des principales devises internationales a été un puissant facteur pour se détourner des marchés émergents, d'autant que l'appréciation du billet vert par rapport aux devises émergentes a été plus marquée encore.

Sergio Trigo Paz relève que l'euro comme le yen ont commencé à s'apprécier contre le dollar avec l'éloignement de la perspective de nouvelles hausses de taux aux Etats-Unis.

"Quand cela arrive, les gens commencent à s'aventurer sur les marchés émergents", a-t-il dit.

"Quand la performance sur un an des devises émergentes est neutre à positive, cela donne un bon signal sur la manière dont la classe d'actif des émergents va évoluer une fois que la volatilité commence à se dissiper."

Les initiatives audacieuses du Mexique lui ont valu quelques recommandations d'achat du peso de la part de grandes banques internationales.

Omni, un fonds spéculatif qui a récemment révélé avoir des positions à la baisse du yuan, estime que le Mexique, contrairement à beaucoup de pays asiatiques, peut soutenir sa devise en relevant ses taux.

En dehors du problème majeur de la dette des entreprises chinoises libellée en dollar, la montée de l'endettement des ménages dans des pays comme la Corée du Sud ou la Thaïlande est perçue comme un risque, contraignant les responsables monétaires à maintenir des taux bas.

Les spéculations sur un accord de dépréciation ordonnée du yuan sur le modèle des Accords du Plaza, qui ont mis fin en 1985 au raffermissement continu du dollar, n'ont pas fait long feu et il est attendu désormais que la réunion du G20 débouche sur un encouragement aux efforts de Pékin pour stabiliser sa devise.

Mais les investisseurs seront particulièrement attentifs à la tonalité du communiqué final.

"Il est difficile de trouver des motifs d'être très acheteur (sur les devises émergentes) avant la réunion du G20 de ce week-end, mais il y a une petite possibilité d'une forme d'action coordonnée pour les soutenir contre le dollar", prévient Peter Marber, responsable des investissements dans les émergents de Loomis Sayles, qui a lui aussi renforcé ses positions en obligations émergentes. (Marc Joanny pour le service français, édité par Véronique Tison)

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