24 novembre 2015 / 03:47 / il y a 2 ans

RPT-Les politiques américains fustigent la fusion Pfizer-Allergan

(Répétition titre)

par Kevin Drawbaugh et Emily Stephenson

WASHINGTON, 24 novembre (Reuters) - Les politiques américains ont adressé de vives critiques au projet de fusion entre les laboratoires Pfizer et Allergan annoncé lundi, estimant qu‘il s‘apparentait à de la fraude fiscale.

Pfizer a annoncé lundi vouloir se rapprocher de son compatriote Allergan, basé à Dublin, ce qui lui permettra de déplacer son siège social dans un pays, l‘Irlande, où la fiscalité des entreprises est plus avantageuse qu‘aux Etats-unis.

Hillary Clinton, la favorite dans la course à l‘investiture démocrate pour la présidentielle de 2016, a accusé Pfizer de profiter des failles de la législation fiscale pour éviter d‘acquitter sa “juste part” de l‘impôt au détriment du contribuable.

L‘ancienne chef de la diplomatie américaine a ajouté qu‘elle proposerait des mesures pour empêcher de tels montages dits d‘évitement ou d‘inversion, sans donner de précisions.

“Nous ne pouvons retarder la répression des inversions qui érodent l‘assiette de l‘impôt”, a-t-elle déclaré.

Donald Trump, donné favori pour l‘investiture dans le camp républicain, a qualifié ce mariage de “dégoûtant” dans un communiqué. “Nos politiques devraient avoir honte”, a-t-il dit.

Bien que n‘étant plus américaine sur le papier, la société Pfizer lestée d‘Allergan gardera sa direction à New York et des opérations importantes aux Etats-unis.

Plus de 50 mariages de raison de ce genre ont été contractés depuis 30 ans par de grandes sociétés telles que Medtronic , Fruit of the Loom ou Ingersoll-Rand.

Selon des calculs effectués par des parlementaires américains, les inversions, si rien n‘est fait pour les contrer, coûteront près de 20 milliards de dollars (près de 19 milliards d‘euros) au Trésor américain dans les dix prochaines années.

La Maison blanche n‘a pas voulu faire de commentaire sur le mariage des deux laboratoires. Un porte-parole a déclaré lors d‘un point de presse que le Congrès devait agir pour prévenir ce genre de transaction.

LA SEULE VÉRITABLE SOLUTION

La semaine dernière, le département du Trésor a dévoilé de nouvelles règles pour lutter contre ces montages fiscaux. Il s‘agit de sa deuxième tentative depuis septembre 2014, un moment où de nombreux mariages ont été annoncés.

Mais il s‘agit de simples ajustements de la réglementation existante et ils n‘empêcheront pas le mariage du fabricant du Viagra avec celui du Botox, estiment les spécialistes de la fiscalité.

Le sénateur Bernie Sanders, principal rival d‘Hillary Clinton dans la course à l‘investiture démocrate, a estimé que cet accord “permettrait à nouveau à une grande entreprise américaine de dissimuler ses profits à l‘étranger.”

Anticipant peut-être une levée de boucliers du côté des politiques, le patron de Pfizer, Ian Read, a adressé lundi une lettre à un certain nombre de sénateurs en vue dans laquelle il précise que le siège “opérationnel” du nouveau groupe restera à New York et qu‘il prévoit de pouvoir consentir des “investissements importants aux Etats-Unis”.

Pfizer détient 74 milliards de dollars de profits réalisés à l‘étranger qu‘il a pu, grâce à une autre disposition fiscale, ne pas rapatrier aux Etats-Unis, évitant ainsi de payer les impôts afférents.

Tom Price, un élu républicain de la Chambre des représentants, a déclaré dans un communiqué qu‘une nouvelle réglementation ne résoudrait pas le problème de l‘évitement fiscal. “La seule véritable solution pour juguler les inversions est la réforme fiscale”, a-t-il dit.

Mais il semble improbable que le Congrès s‘attelle à une grande réforme fiscale avant les élections de 2016.

“Pfizer a construit son activité en s‘appuyant sur nos incitations fiscales en matière de recherche et développement, sur notre recherche médicale soutenue au niveau fédéral, sur notre main d‘oeuvre qualifiée et nos infrastructures,” a déclaré Rosa DeLauro, une représentante démocrate.

“Nous ne pouvons continuer à permettre à Pfizer et aux autres sociétés de prétendre qu‘elles sont américaines et de récolter les avantages que ce pays a à offrir tout en affirmant être d‘une autre nationalité quand l‘avis d‘imposition arrive”, a-t-elle ajouté. (Avec Roberta Rampton, Julia Edwards et Doina Chiacu; Danielle Rouquié pour le service français, édité par Marc Angrand)

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